« Adapter les horaires afin de privilégier les heures les plus fraîches, reporter les tâches les plus physiques, augmenter la fréquence des pauses, limiter le travail isolé ou encore permettre aux salariés d’ajuster leur rythme de travail… ».
Longtemps associés au BTP, à l’agriculture ou aux espaces verts, les risques professionnels liés aux fortes chaleurs concernent désormais l’ensemble du monde du travail. Avec le réchauffement climatique, les épisodes de chaleur intense se multiplient, touchent tout le territoire et affectent aussi bien les salariés des bureaux que ceux du commerce, de la logistique ou de l’aide à la personne. Pour les employeurs, la prévention devient un enjeu transversal qui dépasse largement les seuls métiers exercés en extérieur.
Pendant longtemps, la prévention des risques liés à la chaleur s’est concentrée sur quelques professions particulièrement exposées au rayonnement solaire. Cette approche n’est plus suffisante. Les températures élevées s’invitent désormais partout : dans les ateliers, les entrepôts, les cuisines professionnelles, les véhicules de livraison et même les bureaux. La chaleur devient ainsi un risque professionnel transversal, susceptible d’affecter quasiment toutes les entreprises.
Cette évolution se reflète dans les nouvelles publications de l’INRS. Aux côtés des métiers traditionnellement concernés, l’Institut consacre désormais des guides spécifiques portant sur le travail de bureau, le commerce, la restauration, le transport et la logistique ou encore les activités d’aide à la personne. Le signal est clair : la prévention des fortes chaleurs concerne aujourd’hui tous les métiers et les employeurs.
Un risque bien réel pour la santé… et la sécurité
L’enjeu est d’importance car la chaleur ne provoque pas seulement un inconfort. Elle altère les capacités physiques et cognitives : baisse de vigilance, fatigue, difficultés de concentration, déshydratation ou malaises augmentent le risque d’accident, notamment lors de la conduite, de la manutention ou de l’utilisation de machines.
Dans les cas les plus graves, elle peut entraîner un épuisement thermique ou un coup de chaleur, une urgence médicale susceptible d’engager le pronostic vital. Les efforts physiques, le travail en extérieur, les locaux mal ventilés, l’humidité, le port d’équipements de protection ou certaines pathologies chroniques renforcent encore la vulnérabilité. Les femmes enceintes, les personnes en situation de handicap ou atteintes de maladies chroniques doivent faire l’objet d’une attention particulière.
À titre indicatif, l’INRS recommande une vigilance accrue à partir de 28 °C pour un travail physique et de 30 °C pour une activité de bureau, tout en rappelant que le risque dépend aussi de nombreux autres facteurs.
Anticiper avant la prochaine canicule
Comme tout risque professionnel, la chaleur se prévient avant l’arrivée des épisodes caniculaires. La première étape consiste à intégrer ce risque dans le document unique d’évaluation des risques professionnels (DUERP), en identifiant les situations exposantes : travaux physiques, exposition au soleil, locaux insuffisamment rafraîchis ou ayant eux-mêmes des sources de chaleur, manutentions, déplacements ou travail isolé.
Cette évaluation permet ensuite de définir les mesures de prévention adaptées. Les procédures d’alerte, l’organisation des secours et l’information des salariés doivent également être préparées en amont.
Agir sur l’organisation et l’environnement de travail
La prévention repose d’abord sur l’organisation. Adapter les horaires afin de privilégier les heures les plus fraîches, reporter les tâches les plus physiques, augmenter la fréquence des pauses, limiter le travail isolé ou encore permettre aux salariés d’ajuster leur rythme de travail constituent les principaux leviers d’action. L’INRS rappelle également l’importance de la période d’acclimatation : après un retour de congés, une absence prolongée ou une embauche récente, plusieurs jours sont nécessaires pour que l’organisme s’adapte à la chaleur.
Les mesures techniques sont tout aussi importantes : limiter les apports solaires, assurer le bon fonctionnement des systèmes de ventilation ou de climatisation, créer des zones d’ombre ou des espaces de repos rafraîchis, mettre de l’eau potable fraîche à proximité des postes de travail et prévoir, si nécessaire, des ventilateurs ou des brumisateurs lors des épisodes les plus intenses.
Des réponses adaptées à chaque activité
Les principes de prévention sont communs à toutes les entreprises, mais leur mise en œuvre doit tenir compte des contraintes propres à chaque métier. C’est tout l’intérêt des nouvelles fiches sectorielles publiées par l’INRS : elles montrent comment adapter les mêmes règles à des situations de travail très différentes.
* Dans les bureaux, la chaleur ne provient pas uniquement de l’extérieur. Les surfaces vitrées, les équipements informatiques, les imprimantes ou les serveurs peuvent rapidement dégrader le confort thermique. L’INRS recommande de limiter les apports solaires, de maintenir les systèmes de ventilation ou de climatisation, d’aménager des espaces de repos rafraîchis, de réduire les sources de chaleur internes et, lorsque cela est possible, de proposer de recourir ponctuellement au télétravail, mais pas de l’imposer, certains salariés ayant des logements encore moins adaptés au travail par fortes chaleurs.
* Dans le commerce et la restauration, les salariés subissent à la fois la chaleur extérieure et celle dégagée par les fours, plaques de cuisson ou autres équipements. La prévention passe notamment par une extraction d’air performante, le rafraîchissement des locaux et des terrasses, l’adaptation des horaires de livraison, une rotation des équipes et, si nécessaire, une réduction temporaire des cadences.
* Le transport et la logistique imposent d’autres adaptations : aménagement de zones d’ombre sur les quais, véhicules climatisés, tournées organisées aux heures les plus fraîches, recours aux aides mécaniques pour limiter les manutentions et réduction des efforts physiques pendant les pics de chaleur.
* Les ateliers et les sites de production industrielle cumulent également plusieurs facteurs de risque. Aux températures extérieures s’ajoute la chaleur dégagée par les machines, les procédés industriels ou le port d’équipements de protection individuelle, qui limitent les échanges thermiques. L’INRS recommande d’identifier les postes les plus contraignants, de renforcer la ventilation et le captage de la chaleur, de programmer les tâches les plus exigeantes aux heures les plus fraîches, de réduire temporairement les cadences lorsque la situation l’impose et de limiter autant que possible le port prolongé d’EPI particulièrement pénalisants en privilégiant, lorsque cela est possible, des modèles plus respirants et une rotation des tâches.
* Les métiers de l’aide à la personne nécessitent, quant à eux, une vigilance particulière lors des interventions à domicile. Les tournées peuvent être avancées en matinée, les tâches les plus physiques reportées lorsque cela est possible et les conditions thermiques du logement vérifiées dès l’arrivée afin de limiter l’exposition du professionnel comme de la personne accompagnée. Au-delà de ces exemples, une même exigence s’impose : adapter les mesures de prévention aux réalités du terrain plutôt que d’appliquer des solutions standardisées. Lire la suite →
Vacances et repos – Un devoir négligé par trop de dirigeants !
/dans PME, Risques psychosociaux /par la rédaction et les intervenants de Point Org Sécurité ©Alors que la France entre dans la traditionnelle pause estivale, beaucoup de dirigeants de TPE et PME espèrent enfin souffler. Pour nombre d’entre eux, la coupure sera pourtant toute relative. Le dernier baromètre ARTI santé consacré aux patrons du BTP et du paysage montre que 63 % d’entre eux consultent leurs emails tous les jours pendant leurs congés, contre 57 % un an plus tôt (1). Près d’un sur deux travaille régulièrement le weekend et plus des trois quarts estiment que leur vie professionnelle empiète sur leur vie personnelle.
Accumulation de contraintes
L’enquête confirme qu’une fatigue durable s’installe. Plus d’un dirigeant sur deux se déclare assez ou très fatigué. 56 % souffrent de douleurs musculaires, 54 % ressentent une fatigue importante et 35 % évoquent des troubles émotionnels. Surtout, 87 % jugent leur activité mentalement exigeante, davantage encore que physiquement.
Cette situation résulte d’une accumulation de contraintes. Si la charge de travail demeure leur première source de stress, les dirigeants souffrent aussi du poids des responsabilités, de l’ampleur des formalités administratives et du manque de visibilité sur l’avenir, dont l’importance continue de progresser.
Le moral s’en ressent. Seuls 38 % des répondants se disent optimistes pour l’avenir de leur entreprise, tandis que la motivation et la confiance reculent. Cette fatigue touche également les conjoints, eux aussi fortement impliqués dans la vie de l’entreprise.
52 heures de travail par semaine
Ces résultats rejoignent les observations formulées depuis de nombreuses années par Olivier Torrès, fondateur de l’Observatoire Amarok de la santé des dirigeants (2). Les entrepreneurs entretiennent avec leur activité un rapport intense et presque sacrificiel. Ils travaillent en moyenne 52 heures par semaine, repoussent souvent leurs propres préoccupations de santé et continuent, par tempérament autant que par nécessité, à placer leur travail au centre de leur existence.
Cette implication fait la force des entrepreneurs. Mais elle ne devrait pas les conduire à oublier que les démarches de prévention, d’amélioration des conditions de travail et de préservation de la santé les concernent aussi. Car, comme le souligne Olivier Torrès, « la santé du dirigeant constitue l’un des premiers actifs de son entreprise ».
Alors, à ceux de nos lecteurs qui s’apprêtent à fermer leur atelier, leur bureau ou leur chantier pour quelques jours, nous souhaitons de parvenir, autant que possible, à décrocher vraiment. Ce n’est pas toujours facile lorsque l’on porte seul tant de responsabilités. Mais cette parenthèse est sans doute l’un des meilleurs investissements que l’on puisse consentir pour soi-même… et pour son entreprise.
(1) 12e baromètre ARTIsanté de l’IRIS-ST consultable sur www.iris-st.org.
(2) Voir notamment l’entretien accordé à Prevenscope n° 451 de juillet 2023.
Travail par fortes chaleurs – Tous les métiers désormais concernés
/dans Bonnes pratiques, Mutations du travail /par la rédaction et les intervenants de Point Org Sécurité ©Longtemps associés au BTP, à l’agriculture ou aux espaces verts, les risques professionnels liés aux fortes chaleurs concernent désormais l’ensemble du monde du travail. Avec le réchauffement climatique, les épisodes de chaleur intense se multiplient, touchent tout le territoire et affectent aussi bien les salariés des bureaux que ceux du commerce, de la logistique ou de l’aide à la personne. Pour les employeurs, la prévention devient un enjeu transversal qui dépasse largement les seuls métiers exercés en extérieur.
Pendant longtemps, la prévention des risques liés à la chaleur s’est concentrée sur quelques professions particulièrement exposées au rayonnement solaire. Cette approche n’est plus suffisante. Les températures élevées s’invitent désormais partout : dans les ateliers, les entrepôts, les cuisines professionnelles, les véhicules de livraison et même les bureaux. La chaleur devient ainsi un risque professionnel transversal, susceptible d’affecter quasiment toutes les entreprises.
Cette évolution se reflète dans les nouvelles publications de l’INRS. Aux côtés des métiers traditionnellement concernés, l’Institut consacre désormais des guides spécifiques portant sur le travail de bureau, le commerce, la restauration, le transport et la logistique ou encore les activités d’aide à la personne. Le signal est clair : la prévention des fortes chaleurs concerne aujourd’hui tous les métiers et les employeurs.
Un risque bien réel pour la santé… et la sécurité
L’enjeu est d’importance car la chaleur ne provoque pas seulement un inconfort. Elle altère les capacités physiques et cognitives : baisse de vigilance, fatigue, difficultés de concentration, déshydratation ou malaises augmentent le risque d’accident, notamment lors de la conduite, de la manutention ou de l’utilisation de machines.
Dans les cas les plus graves, elle peut entraîner un épuisement thermique ou un coup de chaleur, une urgence médicale susceptible d’engager le pronostic vital. Les efforts physiques, le travail en extérieur, les locaux mal ventilés, l’humidité, le port d’équipements de protection ou certaines pathologies chroniques renforcent encore la vulnérabilité. Les femmes enceintes, les personnes en situation de handicap ou atteintes de maladies chroniques doivent faire l’objet d’une attention particulière.
À titre indicatif, l’INRS recommande une vigilance accrue à partir de 28 °C pour un travail physique et de 30 °C pour une activité de bureau, tout en rappelant que le risque dépend aussi de nombreux autres facteurs.
Anticiper avant la prochaine canicule
Comme tout risque professionnel, la chaleur se prévient avant l’arrivée des épisodes caniculaires. La première étape consiste à intégrer ce risque dans le document unique d’évaluation des risques professionnels (DUERP), en identifiant les situations exposantes : travaux physiques, exposition au soleil, locaux insuffisamment rafraîchis ou ayant eux-mêmes des sources de chaleur, manutentions, déplacements ou travail isolé.
Cette évaluation permet ensuite de définir les mesures de prévention adaptées. Les procédures d’alerte, l’organisation des secours et l’information des salariés doivent également être préparées en amont.
Agir sur l’organisation et l’environnement de travail
La prévention repose d’abord sur l’organisation. Adapter les horaires afin de privilégier les heures les plus fraîches, reporter les tâches les plus physiques, augmenter la fréquence des pauses, limiter le travail isolé ou encore permettre aux salariés d’ajuster leur rythme de travail constituent les principaux leviers d’action. L’INRS rappelle également l’importance de la période d’acclimatation : après un retour de congés, une absence prolongée ou une embauche récente, plusieurs jours sont nécessaires pour que l’organisme s’adapte à la chaleur.
Les mesures techniques sont tout aussi importantes : limiter les apports solaires, assurer le bon fonctionnement des systèmes de ventilation ou de climatisation, créer des zones d’ombre ou des espaces de repos rafraîchis, mettre de l’eau potable fraîche à proximité des postes de travail et prévoir, si nécessaire, des ventilateurs ou des brumisateurs lors des épisodes les plus intenses.
Des réponses adaptées à chaque activité
Les principes de prévention sont communs à toutes les entreprises, mais leur mise en œuvre doit tenir compte des contraintes propres à chaque métier. C’est tout l’intérêt des nouvelles fiches sectorielles publiées par l’INRS : elles montrent comment adapter les mêmes règles à des situations de travail très différentes.
* Dans les bureaux, la chaleur ne provient pas uniquement de l’extérieur. Les surfaces vitrées, les équipements informatiques, les imprimantes ou les serveurs peuvent rapidement dégrader le confort thermique. L’INRS recommande de limiter les apports solaires, de maintenir les systèmes de ventilation ou de climatisation, d’aménager des espaces de repos rafraîchis, de réduire les sources de chaleur internes et, lorsque cela est possible, de proposer de recourir ponctuellement au télétravail, mais pas de l’imposer, certains salariés ayant des logements encore moins adaptés au travail par fortes chaleurs.
* Dans le commerce et la restauration, les salariés subissent à la fois la chaleur extérieure et celle dégagée par les fours, plaques de cuisson ou autres équipements. La prévention passe notamment par une extraction d’air performante, le rafraîchissement des locaux et des terrasses, l’adaptation des horaires de livraison, une rotation des équipes et, si nécessaire, une réduction temporaire des cadences.
* Le transport et la logistique imposent d’autres adaptations : aménagement de zones d’ombre sur les quais, véhicules climatisés, tournées organisées aux heures les plus fraîches, recours aux aides mécaniques pour limiter les manutentions et réduction des efforts physiques pendant les pics de chaleur.
* Les ateliers et les sites de production industrielle cumulent également plusieurs facteurs de risque. Aux températures extérieures s’ajoute la chaleur dégagée par les machines, les procédés industriels ou le port d’équipements de protection individuelle, qui limitent les échanges thermiques. L’INRS recommande d’identifier les postes les plus contraignants, de renforcer la ventilation et le captage de la chaleur, de programmer les tâches les plus exigeantes aux heures les plus fraîches, de réduire temporairement les cadences lorsque la situation l’impose et de limiter autant que possible le port prolongé d’EPI particulièrement pénalisants en privilégiant, lorsque cela est possible, des modèles plus respirants et une rotation des tâches.
* Les métiers de l’aide à la personne nécessitent, quant à eux, une vigilance particulière lors des interventions à domicile. Les tournées peuvent être avancées en matinée, les tâches les plus physiques reportées lorsque cela est possible et les conditions thermiques du logement vérifiées dès l’arrivée afin de limiter l’exposition du professionnel comme de la personne accompagnée. Au-delà de ces exemples, une même exigence s’impose : adapter les mesures de prévention aux réalités du terrain plutôt que d’appliquer des solutions standardisées. Lire la suite →
Télétravail : la performance est avant tout une question d’organisation
/dans Bonnes pratiques, Mutations du travail /par la rédaction et les intervenants de Point Org Sécurité ©Tantôt présenté comme un facteur de désorganisation ou, au contraire, comme un puissant levier de performance, le télétravail continue d’alimenter le débat. Une nouvelle étude de l’Insee apporte des éléments objectifs en analysant les données de 6593 entreprises françaises entre 2019 et 2022. Sa conclusion est nuancée : le télétravail est bien associé à un gain de productivité, mais celui-ci reste modéré et dépend largement de l’organisation de l’entreprise.
Depuis la crise sanitaire, le travail hybride s’est durablement installé, avec en moyenne deux jours de télétravail et trois jours en présentiel par semaine. Pour les entreprises non financières, une augmentation de 10 points de la part de télétravailleurs est associée à un gain de 0,7 à 1 point de croissance de la productivité du travail. Les auteurs qualifient cette amélioration de « modeste mais réelle ».
L’effet est toutefois beaucoup plus marqué dans les entreprises qui étaient déjà structurellement prêtes à adopter cette organisation. Celles qui disposaient, avant la crise de Covid-19, de bureaux distincts des locaux de production comptent en moyenne 36 % de télétravailleurs, contre seulement 10 % pour les autres. Pour ces sociétés, une hausse de 10 points de la part de télétravailleurs entraîne un gain de 2,7 points de croissance de la productivité. Selon l’Insee, le développement du télétravail y a permis « d’améliorer l’efficacité du processus de production », en facilitant la réorganisation du travail.
Contrairement à une idée répandue, ces gains ne proviennent que marginalement de la réduction des surfaces de bureaux ou d’investissements informatiques supplémentaires. L’étude estime que l’essentiel s’explique par d’autres facteurs : « amélioration des processus de production, meilleure coordination, management plus efficace », mais aussi amélioration des conditions de travail, grâce à la réduction des temps de trajet, à une plus grande autonomie et à un environnement de travail souvent plus calme.
Les chercheurs mettent cependant en garde contre toute généralisation. Les bénéfices du télétravail s’estompent lorsque sa pratique devient trop importante. Au-delà d’une proportion de 20 à 25 % de télétravailleurs, les gains marginaux de productivité deviennent statistiquement non significatifs, un phénomène qui pourrait résulter de coûts de coordination plus élevés. Par ailleurs, l’étude rappelle que ces résultats concernent les entreprises non financières et ne permettent pas d’évaluer les effets du télétravail sur l’ensemble de l’économie, où des externalités négatives, notamment sur l’immobilier d’entreprise, peuvent contrebalancer les gains observés à l’échelle des sociétés.
(1) Insee Analyses, n° 120, mai 2026.
Absentéisme : contrôler les abus, prévenir les causes
/dans Mutations du travail, Prévention des risques, Qualité de vie au travail, Revues & publications, Statistiques ATMP /par la rédaction et les intervenants de Point Org Sécurité ©L’édition 2026 de l’étude annuelle de Malakoff Humanis confirme ce que de nombreux employeurs constatent déjà : l’absentéisme n’est plus un phénomène conjoncturel (1). Il s’est installé à un niveau durablement élevé et difficilement soutenable pour les entreprises et le système de protection sociale.
Les chiffres sont alarmants. En 2025, près d’un salarié du secteur privé sur trois a connu au moins un arrêt de travail. Le taux d’absentéisme atteint 4,3 %, soit une hausse de 25,5 % depuis 2019. Plus préoccupant encore, les arrêts longs continuent de progresser : ils représentent 9,4 % des arrêts et près des deux tiers des journées d’absence. Signe inquiétant, les cadres sont à leur tour fortement concernés, leur taux d’absentéisme ayant bondi de 35,2 % depuis 2019. Quant aux troubles psychologiques, ils constituent désormais la première cause des arrêts de longue durée, représentant 37,8 % des arrêts de plus de trente jours.
Face à cette dérive, le gouvernement a présenté, en avril dernier, un plan destiné à reprendre le contrôle de la dépense liée aux arrêts maladie : renforcement des contrôles, encadrement des prescriptions, sanctions accrues contre la fraude (2). Rien que de très normal : il est en effet inacceptable que des comportements abusifs fragilisent un système de protection sociale financé par la solidarité nationale. L’enjeu financier est considérable : plus de neuf millions d’arrêts indemnisés ont été recensés en 2024, pour une dépense d’assurance maladie de 17,9 milliards d’euros, sans compter les coûts directs et indirects supportés par les entreprises.
Pour autant, croire que la lutte contre les abus permettra, à elle seule, d’enrayer la hausse des arrêts de travail serait une erreur. Les données montrent en effet que la hausse de l’absentéisme est largement alimentée par des causes objectives : vieillissement croissant de la population active, intensification du travail, usure professionnelle, difficultés managériales et exposition accrue aux risques psychosociaux. Lire la suite →
Plan santé au travail 2026-2030 – Faire de la prévention un principe d’organisation de l’entreprise
/dans Lois, normes & décrets, Revues & publications /par la rédaction et les intervenants de Point Org Sécurité ©Publié pour la période 2026-2030, le cinquième Plan santé au travail (PST5) constitue la nouvelle feuille de route nationale en matière de prévention des risques professionnels. Dépourvu de portée réglementaire, il ne crée aucune nouvelle obligation pour les entreprises mais mérite pourtant leur attention.
En définissant les priorités qui guideront l’action des pouvoirs publics et des organismes de prévention au cours des cinq prochaines années, il éclaire les évolutions de fond de la politique française de santé au travail et offre aux employeurs de précieuses pistes pour faire évoluer leur propre démarche de prévention. Plus qu’un nouveau plan, le PST5 confirme une transformation engagée depuis plusieurs années : faire de la prévention un véritable principe d’organisation de l’entreprise.
Depuis un quart de siècle, la politique française de santé au travail connaît une profonde évolution. Autrefois, elle était centrée sur la prévention des risques physiques les plus visibles : chutes de hauteur, machines, manutention manuelle, exposition aux agents chimiques, etc. Mais elle a progressivement élargi son champ d’action pour mieux prendre en compte les profondes transformations du monde du travail. Le PST5 confirme cette trajectoire en intégrant pleinement des évolutions telles que le vieillissement de la population, l’essor du numérique, le changement climatique, la santé mentale ou encore les nouvelles attentes des salariés en matière de conditions de travail.
Comme le résument les rédacteurs du plan, l’ambition est de « faire de la prévention un principe effectif d’organisation du travail ». Cette formule traduit une évolution importante : la prévention n’est plus pensée comme une succession d’obligations réglementaires ou de normes à respecter.
Elle tend à devenir un levier permanent d’organisation, de management et de performance durable des entreprises.
Une sinistralité qui évolue plus qu’elle ne recule
Cette évolution résulte aussi d’un constat : malgré les progrès enregistrés depuis plusieurs décennies des difficultés majeures persistent.
Grâce aux efforts des entreprises, à une réglementation plus protectrice, à l’amélioration des équipements de travail et à la tertiarisation progressive de l’économie, le nombre annuel d’accidents du travail a certes été divisé par deux depuis les années 1950 alors même que le nombre de salariés a doublé. Mais, en 2024, le régime général a néanmoins encore enregistré près de 550000 accidents du travail, auxquels s’ajoutent plus de 43000 accidents dans le régime agricole.
De surcroît, depuis la crise sanitaire, les maladies professionnelles poursuivent leur progression et la baisse des accidents du travail mortels semble avoir atteint un palier. En 2024, 824 salariés ont perdu la vie au travail. Pour les auteurs du plan, ces drames demeurent, dans de nombreux cas, évitables : défaut d’évaluation des risques, insuffisance de formation, manque d’information ou organisation du travail inadaptée.
Le diagnostic met également en évidence des inégalités persistantes face au risque professionnel. Ainsi, les jeunes et les nouveaux embauchés restent particulièrement vulnérables : plus de la moitié des décès de salariés de moins de 25 ans surviennent au cours de leur première année dans l’entreprise. De même, les travailleurs intérimaires, les personnes en situation de handicap et plusieurs métiers particulièrement accidentogènes demeurent également des publics prioritaires.
Faire de la prévention primaire le fil conducteur
Face à ces constats, le PST5 confirme une évolution engagée depuis plusieurs années : faire de la prévention primaire le principe directeur de la politique de santé au travail. Son objectif est simple : agir le plus en amont possible pour supprimer ou réduire les risques avant qu’ils ne provoquent un accident, une maladie professionnelle ou une situation d’usure.
Dans cette logique, le rôle central du Document unique d’évaluation des risques professionnels (DUERP) est réaffirmé. Le PST5 invite les entreprises à se l’approprier pleinement comme un véritable outil de pilotage. Un DUERP vivant ne consiste pas seulement à recenser les
risques existants. Il conduit à s’interroger régulièrement sur les évolutions de l’entreprise : acquisition d’un nouvel équipement, introduction d’un outil d’intelligence artificielle, réorganisation des équipes, épisodes de fortes chaleurs, évolution des procédés de fabrication ou vieillissement des effectifs peuvent tous conduire à réévaluer les risques et à adapter les mesures de prévention.
Le plan entend également développer une « culture partagée de la prévention ». Celle-ci ne se construit pas uniquement lors de la mise à jour du DUERP, mais au quotidien : accueil renforcé des nouveaux embauchés, implication des managers de proximité, remontée des situations dangereuses, analyse des incidents et des « presque-accidents », dialogue avec les salariés, développement des compétences en prévention… Autant de leviers qui doivent permettre d’ancrer durablement la prévention dans le fonctionnement de l’entreprise plutôt que de la limiter au respect des obligations réglementaires.
Trois priorités pour accompagner les transformations du travail
Cette nouvelle conception de la prévention irrigue l’ensemble du PST5. et débouche sur trois grandes priorités qui concernent directement les entreprises.
Agir en priorité là où les accidents restent les plus graves
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