
Pour les entreprises non financières, une augmentation de 10 points de la part de télétravailleurs est associée à un gain de 0,7 à 1 point de croissance de la productivité du travail.
Tantôt présenté comme un facteur de désorganisation ou, au contraire, comme un puissant levier de performance, le télétravail continue d’alimenter le débat. Une nouvelle étude de l’Insee apporte des éléments objectifs en analysant les données de 6593 entreprises françaises entre 2019 et 2022. Sa conclusion est nuancée : le télétravail est bien associé à un gain de productivité, mais celui-ci reste modéré et dépend largement de l’organisation de l’entreprise.
Depuis la crise sanitaire, le travail hybride s’est durablement installé, avec en moyenne deux jours de télétravail et trois jours en présentiel par semaine. Pour les entreprises non financières, une augmentation de 10 points de la part de télétravailleurs est associée à un gain de 0,7 à 1 point de croissance de la productivité du travail. Les auteurs qualifient cette amélioration de « modeste mais réelle ».
L’effet est toutefois beaucoup plus marqué dans les entreprises qui étaient déjà structurellement prêtes à adopter cette organisation. Celles qui disposaient, avant la crise de Covid-19, de bureaux distincts des locaux de production comptent en moyenne 36 % de télétravailleurs, contre seulement 10 % pour les autres. Pour ces sociétés, une hausse de 10 points de la part de télétravailleurs entraîne un gain de 2,7 points de croissance de la productivité. Selon l’Insee, le développement du télétravail y a permis « d’améliorer l’efficacité du processus de production », en facilitant la réorganisation du travail.
Contrairement à une idée répandue, ces gains ne proviennent que marginalement de la réduction des surfaces de bureaux ou d’investissements informatiques supplémentaires. L’étude estime que l’essentiel s’explique par d’autres facteurs : « amélioration des processus de production, meilleure coordination, management plus efficace », mais aussi amélioration des conditions de travail, grâce à la réduction des temps de trajet, à une plus grande autonomie et à un environnement de travail souvent plus calme.
Les chercheurs mettent cependant en garde contre toute généralisation. Les bénéfices du télétravail s’estompent lorsque sa pratique devient trop importante. Au-delà d’une proportion de 20 à 25 % de télétravailleurs, les gains marginaux de productivité deviennent statistiquement non significatifs, un phénomène qui pourrait résulter de coûts de coordination plus élevés. Par ailleurs, l’étude rappelle que ces résultats concernent les entreprises non financières et ne permettent pas d’évaluer les effets du télétravail sur l’ensemble de l’économie, où des externalités négatives, notamment sur l’immobilier d’entreprise, peuvent contrebalancer les gains observés à l’échelle des sociétés.
(1) Insee Analyses, n° 120, mai 2026.
