
Le risque routier professionnel demeure l’une des premières causes de mortalité au travail. À ce titre, les employeurs ont une responsabilité juridique.
Téléphoner en conduisant est devenu un geste banal. Or, comme cela a été souligné lors des récentes Journées de la sécurité routière au travail, le cerveau humain est pourtant incapable d’assurer correctement ces deux tâches en même temps. Si bien que cette habitude est désormais l’un des principaux facteurs de distraction et d’accident sur la route.
À l’occasion des Journées de la sécurité routière au travail, organisée du 18 au 22 mai 2026, la question du téléphone au volant s’est imposée comme l’un des thèmes centraux des campagnes de prévention menées auprès des entreprises et des salariés (1). Et pour cause : malgré des années de sensibilisation, l’usage du smartphone au volant continue de progresser, au point de devenir l’un des comportements à risque les plus banalisés sur les routes françaises.
Une pratique banalisée
Les chiffres publiés par la Fondation VINCI Autoroutes dans son Baromètre 2026 de la conduite responsable sont révélateurs (1). Quelque 77 % des conducteurs français déclarent utiliser leur smartphone ou programmer leur GPS au volant, tandis que 62 % téléphonent en conduisant via un système Bluetooth ou un kit mains libres. Plus inquiétant encore : 29 % reconnaissent lire ou envoyer des SMS ou des mails en roulant.
Cette banalisation est d’autant plus préoccupante que le téléphone au volant reste largement sous-estimé dans ses conséquences réelles. Beaucoup d’automobilistes continuent de penser qu’un appel « rapide », surtout avec un kit mains libres, présenterait peu de danger. Or cette idée est fausse.
Un problème cognitif
Le problème ne réside pas uniquement dans le fait de tenir un appareil en main. Le risque principal est cognitif : téléphoner mobilise une partie de l’attention du conducteur et réduit sa capacité à analyser son environnement. Les données de la Sécurité routière rappellent qu’avec ou sans kit mains libres, une personne qui téléphone en conduisant enregistre environ 30 % d’informations en moins qu’un conducteur pleinement attentif. Les conséquences sur la conduite sont très concrètes : elles débouchent en effet sur une augmentation très significative du temps de réaction et de la distance de freinage, réduction du champ de vision, difficulté à maintenir sa trajectoire. À 50 km/h, le simple fait de téléphoner fait passer la distance d’arrêt d’environ 28 à 35 mètres. Quant à la lecture d’un message, elle multiplie par 23 le risque d’accident et détourne les yeux de la route pendant plusieurs secondes.
La fausse solution du kit mains libres
Le kit mains libres Bluetooth, souvent perçu comme une solution sécurisée, entretient donc une illusion de sécurité. Certes, il évite de manipuler physiquement le téléphone, mais il ne supprime pas la distraction mentale provoquée par la conversation. Plusieurs études montrent même que le cerveau du conducteur continue à « décrocher » partiellement de la conduite lorsqu’il échange au téléphone, en particulier lors de discussions émotionnelles, complexes ou liées au travail.
Le danger est d’autant plus insidieux que cette conversation téléphonique donne au conducteur un sentiment de maîtrise. Or le cerveau humain ne sait pas réellement conduire et gérer simultanément une conversation exigeante sans dégrader sa vigilance. Et cette perte d’attention survient souvent sans que le conducteur en ait pleinement conscience.
Un risque professionnel à prévenir
Cette question concerne directement les entreprises. Une partie importante des appels passés au volant le sont par des salariés itinérants, commerciaux, techniciens, livreurs sans oublier les nombreux salariés effectuant des trajets domicile-travail sur la route.
Dans certaines organisations, l’hyperconnexion permanente entretient implicitement l’idée qu’un salarié doit rester joignable en toutes circonstances, y compris lorsqu’il conduit.
Or le risque routier professionnel demeure l’une des premières causes de mortalité au travail. À ce titre, les employeurs ont une responsabilité juridique. Le Code du travail impose en effet à l’employeur de prendre les mesures nécessaires pour assurer la sécurité et protéger la santé physique et mentale des travailleurs. Cette obligation ne se limite évidemment pas aux locaux de l’entreprise : elle englobe également les déplacements professionnels.
De plus en plus d’entreprises intègrent donc explicitement l’interdiction du téléphone au volant dans leur politique de prévention. Certaines imposent la messagerie automatique pendant les trajets, d’autres demandent aux managers de ne jamais appeler un collaborateur susceptible d’être au volant. Des « chartes de déconnexion en mobilité » permettent de formaliser ces règles.
Culture de prévention
L’enjeu est aussi culturel. Tant que répondre immédiatement à un appel professionnel restera valorisé, certains salariés continueront à prendre des risques. À l’inverse, les organisations qui assument clairement qu’aucun appel ne justifie une mise en danger contribuent à modifier durablement les comportements.
Et la prévention passe également par l’organisation du travail : limitation des sollicitations pendant les trajets, anticipation des déplacements, sensibilisation régulière des équipes, intégration du risque routier dans le DUERP. Le sujet dépasse donc largement la seule question du respect du Code de la route. Et s’il repose inévitablement sur la responsabilité individuelle, il est aussi un sujet dont doit s’emparer l’ensemble de la chaîne managériale.
Incivilités, fatigue, vitesse, drogue : les autres comportements à risque
L’usage du téléphone n’est pas le seul comportement dangereux mis en lumière par le Baromètre 2026 de la Fondation VINCI Autoroutes.
La vitesse reste massivement tolérée. 88 % des conducteurs reconnaissent dépasser de quelques km/heure les limitations. Les distances de sécurité sont également peu respectées : 66 % des conducteurs admettent ne pas les respecter systématiquement.
L’enquête pointe aussi la fatigue au volant dont les conséquences potentiellement dramatiques sont minimisées. 35 % des conducteurs déclarent “prendre le volant alors qu’ils se sentent très fatigués” et 28 % disent “avoir déjà eu l’impression de s’assoupir en conduisant”.
Autre sujet préoccupant : les comportements agressifs progressent. 62 % des automobilistes reconnaissent injurier d’autres conducteurs et 29 % collent délibérément le véhicule d’un conducteur qui les énerve.
Enfin, l’alcool et les stupéfiants demeurent des facteurs majeurs de préoccupation. Selon le Baromètre, 7 % des conducteurs reconnaissent avoir déjà pris le volant en état d’ébriété. Parmi les jeunes de moins de 24 ans, 6 % disent avoir déjà conduit après avoir consommé des drogues : cannabis, la cocaïne, de l’ecstasy, etc.
Des kits de sensibilisation au risque du téléphone au volant sont disponibles sur le site internet des Journées de la sécurité routière au travail. (2) Le baromètre 2026 est consultable sur le site internet de Vinci Autoroutes.
