Risques psychosociaux – Des spécificités française à prendre en compte
Article paru dans Altersécurité 104 de janvier 2015
Les résultats d’une étude européenne publiée par la Dares permettent de mieux cerner les risques psychosociaux au travail dans 34 pays dont les 27 pays membres de l’Union européenne.
Réalisée en 2010 auprès de 29.000 salariés dont 3.000 en France, elle révèle des traits communs à tous les pays, mais aussi des spécificités françaises qui sont autant de pistes à creuser pour mieux prévenir ces risques.
Une intensité du travail dans la moyenne européenne
L’intensité de travail est équivalente en France à la moyenne de l’Union européenne. « Près des trois quarts des salariés respectent des normes de qualité précises, plus de la moitié réalisent des tâches complexes et plus d’un tiers travaillent dans des délais très courts. » Enfin, 39 % de nos compatriotes déplorent devoir interrompre des tâches en cours d’exécution pour en effectuer une autre non prévue : une proportion supérieure à la moyenne européenne qui s’établit à 31 %. De même, « en France, 38 % des salariés déclarent travailler selon des délais très stricts et très courts et 11 % manquer de temps pour réaliser leur travail ».
☛ Des difficultés à concilier vie professionnelle et vie familiale
Selon l’enquête, notre pays se distingue par une séparation plus nette entre le temps professionnel et le temps extra-profesionnel. Mais, à rebours d’une idée reçue, cela n’a pas que des avantages. Selon la Dares, cela pourrait en effet expliquer que 21 % de nos compatriotes déclarent que « leurs horaires de travail s’accordent mal avec leurs engagements sociaux ou familiaux contre 6 % des salariés danois, 9 % des Néerlandais et 13 % des Britanniques ». Ainsi, 45 % des salariés français affirment « avoir des difficultés à prendre une ou deux heures sur leur temps de travail afin de traiter des problèmes personnels ou familiaux », contre 15 % des Suédois.
☛ Des exigences émotionnelles plus élevées
Près de six salariés français sur dix sont en contact direct avec le public (clients, patients, élèves, etc.). Peut-être cela explique-t-il que, comme le note la Dares, « la proportion de salariés faisant face à des exigences émotionnelles est plus élevée en France, comparée à l’ensemble de l’Union. 35 % affirment que leur travail requiert toujours ou la plupart du temps de cacher leurs sentiments (contre 25 % dans l’UE 27) ».
☛ Moins d’autonomie et d’occasion d’apprendre au travail
Selon l’étude, l’autonomie des salariés « est plus faible en France du point de vue de la capacité d’influencer les décisions qui sont importantes pour son travail  » : 51 % des salariés déclarent cette possibilité en France contre 61 % pour l’ensemble de l’UE et 84 % dans les pays scandinaves ». Toutefois, ils sont « aussi nombreux que dans le reste de l’UE à garder leur autonomie pour mettre leurs propres idées en pratique (75 %), faire une pause lorsqu’ils le souhaitent (66 %) ou changer l’ordre d’exécution des tâches (65 %) ». Enfin, en France, 68 % des salariés affirment que leur travail « implique d’apprendre des choses nouvelles », contre 90 % en Finlande, au Danemark ou en Suède.
☛ Un plus fort déficit de reconnaissance
Les salariés français déclarent plus souvent que « leur supérieur hiérarchique ne leur fournit pas de commentaires sur leur travail (34 % contre 24 % pour la moyenne de l’Union) ». Et 20 % estiment que « l’organisation pour laquelle ils travaillent ne les motive pas à donner leur meilleure performance » contre 6 à 7 % au Portugal, au Danemark et à Chypre.
Les facteurs de risques psychosociaux au travail
Un collège d’expertise pluridisciplinaire sur le suivi statistique des risques psychosociaux au travail a été constitué en 2008 par l’Insee à la demande du ministre en charge du travail. À l’issue de plusieurs mois de travail, ces experts ont distingué six facteurs de risques :
1. Les exigences du travail, qui regroupent les risques en lien avec le travail sous pression, les contraintes de rythme, la difficulté à concilier la vie professionnelle et la vie familiale, l’exigence de compétences élevées.
2. Les exigences émotionnelles, liées par exemple à la nécessité de devoir cacher ou maîtriser ses émotions face à la clientèle ou à un public en difficulté.
3. L’autonomie et les marges de manoeuvre qui désignent la possibilité d’être acteur dans son travail, de participer aux décisions, d’utiliser ses compétences et de s’épanouir dans son travail.
4. les rapports sociaux, les relations de travail qui couvrent les relations avec les collègues, la hiérarchie ; est questionnée aussi la reconnaissance du travail (reconnaissance symbolique, rémunération, promotion…).
5. les conflits de valeurs qui désignent une situation où l’on demande à une personne d’agir en contradiction avec ses valeurs professionnelles ou personnelles.
6. l’insécurité économique qui inclut le risque de perdre son emploi et les changements non maîtrisés de la tâche ou des conditions de travail.
Source : Dares Analyses n°100, décembre 2014.
