« La surexposition des salariés de l’économie verte se vérifie pour trois facteurs de risque : les vibrations, le bruit et les agents chimiques CMR »

Depuis une trentaine d’années, diverses politiques publiques ont favorisé une forte croissance des emplois relevant de l’économie verte qui, désormais, représentent déjà quelque 15 % des emplois en France. Dans le discours public, cette dynamique est triplement vertueuse car ces métiers sont non seulement censés protéger l’environnement et permettre une croissance économique durable mais aussi proposer de meilleures conditions de travail aux salariés. Une étude récemment publiée par la Dares (1) tend toutefois à relativiser ce dernier point en démontrant que les salariés de l’économie verte sont, aujourd’hui, davantage exposés à la pénibilité que ceux exerçant dans les autres secteurs de l’économie.

Les emplois de l’économie verte offrent- ils, comme on l’espérait, de meilleures conditions de travail que les autres emplois ? Pour répondre à cette question, trois chercheurs de l’Université Claude Bernard Lyon 1 missionnés par la Dares du Ministère du Travail se sont plongés dans les données recueillies par l’enquête Sumer dressant, depuis 1994, l’état des lieux de l’exposition des salariés aux principaux risques professionnels et facteurs de pénibilité.

Davantage de pénibilité dans l’économie verte

Or, après avoir comparé l’exposition à trois types de facteurs : les contraintes physiques marquées (manutention de charges lourdes, postures pénibles, vibrations…), un environnement physique agressif (agents chimiques dangereux, températures extrêmes, bruit…) et les rythmes de travail atypiques (travail de nuit…), ils ont hélas mis en évidence que l’essor de l’économie verte n’était pas un vecteur global d’amélioration des conditions de travail. En effet, tandis que, en 2017, 61,3 % des salariés de France métropolitaine étaient exposés à un ou plusieurs facteurs de pénibilité, cela concernait 66,93 % des salariés de l’économie verte. Dans le détail, cette surexposition des salariés de l’économie verte par rapport aux autres salariés se vérifie pour les contraintes physiques (57,12 % contre 47,39 %) et l’environnement physique agressif (32,05 % contre 15,22 %) mais pas pour les rythmes de travail atypiques (14,93 % contre 22,57 %). Les écarts les plus importants portent sur l’exposition aux agents chimiques CMR (cancérogènes, mutagènes ou toxiques pour la reproduction) qui affectent plus de trois fois plus les salariés de l’économie verte (23,35 % contre 7,50 %) et l’exposition aux vibrations mécaniques (20,51 % contre 5,20 %).

Le rôle déterminant du type de métier pratiqué

Les auteurs soulignent toutefois que cette disparité s’explique avant tout par le fait que l’économie verte compte davantage d’emplois dans des professions exposées à la pénibilité physique. Si bien que, lorsque l’on compare des profils de travailleurs équivalents, présentant les mêmes caractéristiques individuelles (genre, âge, ancienneté…) et d’emploi (métiers et catégories socioprofessionnelles, type de contrat…), la surexposition des salariés de l’économie verte ne se vérifie finalement que pour trois facteurs de risque : les vibrations, le bruit et les agents chimiques CMR. L’étude démontre cependant que, sur la période 2010-2017, les salariés de l’économie verte ont moins bénéficié des améliorations constatées au niveau national. Ainsi la proportion de salariés exposés à au moins un facteur de pénibilité a baissé de seulement 1,7 % dans l’économie verte tandis qu’elle baissait de 5,3 % en dehors de celle-ci.

Pour les auteurs, il ne s’agit évidemment pas d’accabler les employeurs de l’économie verte mais de les aider à identifier les gisements de progrès les plus importants en matière de santé et de sécurité au travail.