« L’un des avantages de notre profession est de pouvoir accumuler, au fil de nos missions, un grand nombre d’expériences, d’exemples et d’anecdotes très concrètes qui parlent à nos clients. Je me vois un peu comme quelqu’un qui transmet des bonnes pratiques et des astuces qui contribuent à mieux prévenir les risques professionnels. »

Une récente étude de la Direction de l’Animation de la recherche, des Études et des Statistiques (DARES) du Ministère du travail s’est penchée sur la façon dont les TPE des secteurs du bâtiment, de la coiffure et de la restauration gèrent les questions de santé et sécurité au travail. Parmi d’autres observations cette enquête de terrain a permis d’identifier les raisons qui poussent certaines entreprises à s’investir davantage dans la prévention des risques.

1 – Les visites de contrôle des corps d’inspection et la volonté de bien faire Les facteurs qui poussent les TPE à s’engager dans la prévention des risques professionnels

« Parmi les éléments qui déclenchent la mise en œuvre de pratiques de prévention au sein des TPE, les visites officielles de l’inspection du travail ou des services d’hygiènes vétérinaires figurent en bonne place », notent les auteurs de l’étude de la Dares. Il ne faudrait cependant pas en déduire que les entreprises concernées n’agiraient que sous la seule contrainte par « peur du gendarme ». La crainte d’être sanctionnée est évidemment présente. L’étude cite le cas d’une entreprise du BTP qui s’investit de façon exemplaire dans la prévention des risques en raison de « la crainte de faire l’objet d’une visite inopinée de l’inspection du travail et de ne pas être “dans les clous” au plan réglementaire ».
Mais cette motivation cohabite avec la volonté, souvent affirmée par les patrons de saisir la visite des corps d’inspection comme une occasion de progresser. « Une partie des dirigeants d’entreprise utilisent la visite d’inspection qui leur est faite comme l’occasion de suivre les conseils donnés en matière non seulement de prévention mais plus encore d’optimisation de l’organisation du travail », relève l’étude.

Respecter les règles et obtenir des conseils

Les auteurs évoquent ainsi le cas d’un restaurant ayant décidé d’investir dans la réfection de la cuisine pour améliorer l’ergonomie et réduire les douleurs dorsales du chef âgé, suite à la visite de l’inspection vétérinaire. Le gérant admet volontiers que l’inspecteur lui a permis « d’avoir un autre regard » et d’obtenir des conseils. « Je suis tombé sur quelqu’un de bien, et quand on a fait le tour il a dit “voilà, ily a ça et ça qui ne va pas, j’ai vu que dans certaines maisons on faisait comme ça, ça se passait bien”, enfin voilà il donnait des conseils donc c’était bien », explique-t-il. En l’occurrence, le plan de travail a été relevé de 10 cm de façon à éviter au cuisinier d’être en permanence penché : une modification minime mais qui change tout au quotidien ! Intervenante en prévention des risques professionnels (IPRP) au sein du Groupe Pôle Prévention, Laura Gissy confirme que la peur du contrôle ne fait pas tout et que ses clients sont en attente de conseils : « À mon sens, le point clef est de montrer aux patrons de TPE-PME que l’on n’est pas là pour leur faire la leçon et que l’on ne prétend pas leur apprendre leur métier ! Il faut qu’ils sentent que nous sommes des partenaires et des alliés capables de leur apporter quelque chose d’utile. Or c’est heureusement le cas ! »


Autre point clé : être capable de proposer des solutions pratiques et accessibles : « L’un des avantages de notre profession est de pouvoir accumuler, au fil de nos missions, un grand nombre d’expériences, d’exemples et d’anecdotes très concrètes qui parlent à nos clients. Je me vois un peu comme quelqu’un qui transmet des bonnes pratiques et des astuces qui contribuent à mieux prévenir les risques professionnels. »
Conclusion : si les dirigeants de TPE sont, bien évidemment soucieux de respecter la réglementation, ils sont surtout désireux de mettre en œuvre des mesures concrètes, pragmatiques ayant un impact réel sur la réduction des risques professionnels.

2 – L’expérience directe d’un accident du travail vecteur de culture de prévention

Comme tous les risques, les risques professionnels font l’objet d’un certain déni. Nous agissons fréquemment comme si les accidents ou les maladies n’arrivaient qu’aux autres. Lorsqu’un accident survient dans une entreprise, ce mécanisme psychologique n’est évidemment plus possible et le dirigeant comme les salariés sont alors conduits à réévaluer à la hausse l’importance de la prévention des risques professionnels.

Changement de regard sur la prévention des risques

« Les accidents survenus à l’occasion du travail, de même que les corps indubitablement abîmés ou usés par le travail, font fonction d’épouvantail pour les collègues encore préservés et induisent une plus grande attention aux pratiques de prévention », écrivent les auteurs de l’étude. Ils citent deux exemples concrets. Le premier est celui d’un salon de coiffure ayant installé un système d’aération très performant de façon à évacuer les substances chimiques diffusées par les laques aérosol et autres produits cosmétiques. Cet investissement important trouve sa source dans l’histoire du gérant qui se souvient que sa première patronne avait contracté un cancer des poumons provoqué par ces mêmes aérosols. Le second est celui d’un restaurant ayant installé des carrelages antidérapants dans la cuisine après qu’une employée, alors de service à la plonge, se soit cassé le coude après une glissade.
Fait intéressant : les mesures de prévention prises ne visent pas seulement à éviter une réédition du même accident mais l’ensemble des accidents possibles. Ainsi, le restaurant évoqué a également généralisé le recours aux gants en latex permettant de protéger les cuisiniers du risque de coupure et acquis des trousses de premiers secours. Pour les auteurs de l’étude, cela prouve que la survenue d’accidents ou de maladies en lien avec le travail contribue à développer une véritable « culture de la prévention ». Il n’est toutefois pas sûr qu’il n’y ait pas d’autre voie pour sensibiliser aux risques professionnels que la survenue d’un accident car l’attention portée au risque peut faire l’objet d’un apprentissage formel, notamment lors des formations professionnelles dispensées aux nouvelles générations de travailleurs

Facteur générationnel

Loïc Del Col, intervenant en prévention des risques professionnels (IPRP) bon connaisseur du secteur du BTP estime que « le facteur générationnel est déterminant pour juger du rapport aux risques professionnels ». Au fil de ses interventions pour le Groupe Pôle Prévention, il a observé que « les patrons qui se sont installés à leur compte depuis parfois trente ans ou plus, ont été très peu sensibilisés aux risques à leurs débuts, qu’ils ont été habitués à surmonter le danger avec les moyens du bord » alors « qu’on sent que les nouvelles générations ont bénéficié de sensibilisations à la sécurité au fil de leurs formations professionnelles ». La remarque est porteuse d’espoir. Elle laisse en effet penser qu’une authentique culture de prévention peut tout à fait s’acquérir sans que ne survienne un drame.

3 – La volonté d’améliorer la qualité du travail et la performance globale de l’entreprise

Les actions de prévention souffrent encore du préjugé selon lequel elles seraient nécessairement coûteuses et contraignantes, donc préjudiciables à la compétitivité de l’entreprise. Dans les TPE, généralement plus fragile financièrement, que les grandes firmes, cette idée peut conduire certains dirigeants, mais aussi leurs employés, à considérer que la prévention des risques est un « luxe » qu’ils ne peuvent s’offrir.

La prévention, facteur de compétitivité

Heureusement, comme le prouve l’enquête de la Dares, de nombreuses entreprises comprennent que les actions de prévention peuvent, au contraire, concourir directement à une amélioration de leur performance. Les auteurs notent ainsi que “la recherche de gain de productivité passe, pour certains dirigeants de TPE, par des investissements dans des équipements ergonomiques synonymes d’économie de gestes et de mouvements favorables à la santé”.
Les exemples sont nombreux. Dans une entreprise de maçonnerie, l’achat de pistolets pour attacher les treillis permet de ménager les ouvriers tout en faisant gagner du temps sur le chantier. Dans un bar, le placement des réfrigérateurs en hauteur permet d’éviter aux salariés de se casser le dos mais aussi de servir les clients plus rapidement. Les auteurs soulignent aussi que, dans les secteurs comme le BTP ou la restauration, l’amélioration des conditions de travail permet aux entreprises les plus vertueuses de mieux surmonter les difficultés de recrutement en fidélisant les salariés en poste et en étant plus attractifs pour d’éventuelles nouvelles recrues. Intervenant en prévention des risques professionnels exerçant au sein du Groupe Pôle Prévention, Benjamin Hily, confirme : « Les entrepreneurs que j’épaule ont compris que la prévention des risques et la Qualité de vie au travail (QVT) sont des avantages concurrentiels car, à salaire équivalent, les ouvriers n’hésitent pas à faire jouer la concurrence pour bénéficier des meilleures conditions de travail. »