Flex-offices : un choix à mûrement réfléchir
» L’homme un besoin physiologique de marquer un territoire, de fixer des repères »
Les employeurs qui envisagent de succomber à la mode des flex-offices, cet aménagement de l’espace de travail dans lequel les salariés ne disposent plus d’un bureau attitré devraient y réfléchir à deux fois. C’est du moins la conviction de Laurent Assouly, ethnologue et salarié du fabricant de meuble de bureau Howe, qui, dans la dernière livraison du magazine Travail & Sécurité pointe les risques et inconvénients qui peuvent en résulter pour les entreprises et leurs salariés.
Fort d’une expérience de 20 ans dans l’aménagement des espaces tertiaires, Laurent Assouly estime que ces espaces au design souvent contemporain et soigné ne tiennent pas toujours leurs promesses.
Inflation des mails et déclin de la communication
Ainsi, les “perspectives d’amélioration de la socialisation, de la communication orale et, par voie de conséquence, de la productivité” ne sont pas toujours au rendez-vous car, dans des bureaux ouverts, la crainte de déranger ses collègues conduit les salariés à privilégier les mails, même pour s’adresser aux personnes qui se trouvent dans la même pièce.
Un constat corroboré par une étude menée par deux chercheurs de Harvard ayant mesuré que, lors du passage d’un bureau fermé à un bureau ouvert, “les mails augmentaient, de 22 % à 50 % selon l’entreprise ”tandis que “dans le même temps, les interactions en faceà-face chutaient de près de 70%”
Une source de stress et de fatigue
De façon plus fondamentale, Laurent Assouly estime que ce type d’espace de travail va à l’encontre de la nature humaine. “Ce que ces groupes n’ont pas intégré, souligne-t-il, c’est qu’il y a chez l’homme un besoin physiologique de marquer un territoire, de fixer des repères. On l’observe dès l’université, lorsque les étudiants vont s’asseoir à la même place dans un amphithéâtre. C’est un comportement de l’ordre de la sécurisation : dans un environnement connu, on est rassuré et on peut se concentrer davantage sur sa tâche”. D’où une série d’effets pervers qui créent du stress et de la fatigue pour les salariés et une perte d’efficacité pour l’entreprise.
Prendre le temps de la réflexion
Excepté pour le cas spécifique des équipes projets vouées à travailler ensemble le temps d’une mission, il invite les entreprises à prendre le temps de la réflexion : “À l’heure où l’on entend beaucoup parler de stress au travail, de burn-out, il me semble plus que nécessaire d’engager la réflexion sur les différents types d’aménagement des bureaux, ce pour quoi ils peuvent être adaptés et les mesures à prendre pour accompagner leur mise en place.”
En d’autres termes, il s’agit de procéder à une évaluation des risques préalablement à la prise de décision.
Pour aller plus loin : Travail & Sécurité, n° 806, juin 2019, librement téléchargeable sur www.travail-et-securite.fr
