
« Les spécificités biologiques peuvent entraîner « des effets différents sur la santé, en réaction à des risques identiques ».
Le standard du travailleur masculin » va-t-il continuer à structurer les politiques de prévention au risque d’invisibiliser certaines expositions propres aux femmes ?
La question est posée dans une tribune publiée le 8 mars dernier dans Le Monde à l’initiative du magazine Santé & Travail. Ses auteurs estiment qu’il s’agit souvent encore d’un angle mort de la santé au travail malgré l’article L4121-3 du Code du travail qui précise que l’évaluation des risques doit « tenir compte de l’impact différencié de l’exposition au risque en fonction du sexe. » Il est vrai que de nombreux risques professionnels n’affectent pas de manière identique les femmes et les hommes, notamment en raison de différences anthropométriques, physiologiques ou hormonales. Et ces écarts peuvent se traduire par des effets distincts sur la santé, notamment en matière reproductive.
Prise de conscience institutionnelle
Cette lecture différenciée des risques ne relève donc pas d’un simple débat académique. Elle s’inscrit dans une nécessité d’ailleurs reconnue par plusieurs acteurs institutionnels de la prévention. Dans l’édition de mars du magazine Travail & Sécurité de l’INRS, Florence Chappert, coordinatrice du projet « Genre, égalité, santé et conditions de travail » à l’Agence nationale d’amélioration des conditions de travail (Anact), souligne ainsi la nécessité de « rendre la prévention plus efficace en l’adaptant aux expositions réelles et différenciées des travailleuses et des travailleurs ». Elle rappelle notamment que les spécificités biologiques peuvent entraîner « des effets différents sur la santé, en réaction à des risques identiques ».
À titre d’exemple, le travail de nuit est associé à une augmentation du risque de cancer du sein chez les femmes ; celles-ci disposent en moyenne d’une force musculaire inférieure, ce qui accroît les risques liés au port de charges ; enfin, certaines expositions chimiques peuvent générer des pathologies différentes selon le sexe. Autant de spécificités qu’il convient, a minima, de bien connaître pour que la prévention des risques et le suivi médical des personnes concernées s’y adaptent.
