Évolution des conditions de travail de 2013 à 2016

L’agence Santé publique France a publié, le 22 mai dernier, les premiers enseignements de l’enquête Conditions de travail et risques psychosociaux 2016.

Menée auprès de 21.000 salariés, cette enquête menée depuis 1978 permet une vision dynamique de thèmes tels que les horaires et l’organisation du temps de travail, l’organisation et les rythmes de travail, les pénibilités, les risques et leur prévention, les contraintes psychosociales, les relations avec le public ou encore la violence au travail. De la sorte, elle révèle les sujets qui doivent faire l’objet d’une attention particulière de la part des managers et des professionnels de la prévention des risques. Voici une synthèse de ces premiers enseignements.

➤Stabilisation du rythme de travail

“Après l’augmentation observée entre 2005 et 2013,l’exposition aux contraintes de rythme de travail s’est stabilisée à un niveau élevé : en 2016 comme en 2013, 35 % des salariés subissaient au moins trois contraintes de rythme de travail”, notent les auteurs. Les contraintes le plus souvent citées par les salariés sont : les demandes extérieures exigeant une réponse immédiate (58 %), les normes de production à satisfaire en une journée (48 %, dont 29 % en une heure), un contrôle ou un suivi informatisé (35 %), les contraintes ou la surveillance permanente exercée par la hiérarchie (31 %).

➤Diminution de la charge mentale

En revanche, l’étude met en évidence, une réduction significative de la charge mentale des travailleurs. En 2016, 44 % des salariés déclaraient “devoir penser à trop de choses à la fois”alors qu’ils étaient

49 % dans ce cas en 2013. De même, ils étaient 31 % des salariés à estimer devoir travailler sous pression en 2016 contre 36 % en 2013. “Cette baisse est particulièrement importante chez les cadres : 51 % d’entre eux étaient dans ce cas en 2013 contre 43 % en 2016”, souligne l’étude.

➤Des marges de manœuvre en recul

Peut-être est-ce la conséquence du goût immodéré de notre société pour les normes, les standards et autres référentiels ? Toujours est-il que l’autonomie des salariés, pourtant célébrée par le management contemporain, recule continuellement. “Le travail tendait à devenir plus répétitif : 43 % des salariés déclaraient en 2016 ‘répéter continuellement une même série de gestes ou d’opérations’ contre 27 % en 2005 et 41 % en 2013”. En revanche, 80 % salariés déclaraient en 2016 que leur travail leur permet “d’apprendre des choses nouvelles” contre 77 % en 2013.

➤Des horaires un peu moins contraignants

Contrairement à une idée reçue, les contraintes horaires ont connu une légère amélioration entre 2013 et 2016. “En 2016, les salariés étaient un peu moins nombreux qu’en 2013 à ne pas disposer de 48 heures de repos par semaine, à ne pas connaître leurs horaires du mois à venir ou encore à ne pas pouvoir s’arranger avec leurs collègues”.

De même, la loi du 6 août 2015 qui a élargi les possibilités d’ouverture des commerces le dimanche n’a pas provoqué une hausse des horaires atypiques. En 62 % des employés du commerce travaillaient le samedi et 45 % le dimanche, soit 2 points de moins qu’en 2013.

➤Un soutien social encore plus fort

C’est l’un des points les plus positifs de l’enquête : déjà situées à un niveau élevé, les possibilités d’entraide et de coopération se sont encore améliorées depuis 2013, davantage de salariés déclarant “être aidés par les collègues ou le supérieur hiérarchique en cas de travail délicat, ou avoir la possibilité de coopérer pour faire correctement leur travail”. De même, “le sentiment de reconnaissance s’est amélioré :les salariés étaient moins nombreux en 2016 (24 %) qu’en 2013 (29 %) à estimer que leur travail n’est pas reconnu à sa juste valeur”.

➤Baisse des tensions et de la violence morale

Preuve d’une meilleure ambiance de travail, “après une hausse de leur fréquence entre 2005 et 2013,les tensions dans les rapports avec les collègues ou le supérieur hiérarchique se sont stabilisées entre 2013 et 2016”.Plus significatif encore, les situations de violence morale sont en net reflux : “En 2016, 30 % des salariés contre 37 % en 2013 disaient avoir subi au moins un comportement hostile dans leur travail au cours des 12 derniers mois : être la cible de propos blessants, être ridiculisé en public ou ignoré, voir son travail injustement critiqué ou saboté, devoir effectuer des tâches inutiles ou dégradantes, subir des propositions à caractère sexuel, etc.”

➤Stabilité de la demande émotionnelle

Conséquence de la modification de notre tissu économique, de plus en plus de salariés déclarent être en contact avec le public : 73 % en 2016 contre 62 % en 1998. Or, comme le précisent les auteurs, “ce contact engendre souvent de l’intensité émotionnelle au travail”: 46 % de ces salariés déclaraient en 2016 côtoyer “des personnes en situation de détresse” et 54 % disaient devoir “calmer des gens”, deux résultats en légère hausse entre 2013 et 2016. Les salariés, enfin, signalaient moins souvent “devoir cacher leurs émotions”.

➤Des contraintes physiques inchangées

“En 2016, les expositions aux contraintes et risques physiques se stabilisent pour toutes les catégories socioprofessionnelles, les ouvriers restant les plus exposés à ces contraintes”, notent les auteurs. Quelque 34 % des salariés demeurent soumis à au moins trois contraintes physiques. Parmi ces contraintes, le bruit mérite une mention particulière : 18 % des salariés déclaraient en 2016 être soumis “à un bruit intense qui les gêne pour entendre une personne située à 3 mètres”.

Pour aller plus loin : BEH – Bulletin épidémiologique hebdomadaire de Santé Publique France, 22 mai 2018,librement téléchargeable sur : http://invs.santepubliquefrance.f