« Parmi les aspects pouvant altérer la satisfaction au travail, la pénibilité est l’un des principaux éléments à prendre en compte « 

En Europe comme en France, le travail, et la place qu’il occupe dans la société et dans nos vies, continue de faire débat. Après les bouleversements induits par la crise sanitaire, le phénomène de « grande démission » ou, à tout le moins, les difficultés de recrutement éprouvées dans de nombreuses professions et le conflit social autour de la réforme des retraites entretiennent le sentiment partagé qu’il est nécessaire de « repenser le travail ».
C’est justement l’exercice auquel s’est essayée la revue de prospective Futuribles en faisant, dans sa dernière livraison, une synthèse des nombreuses études françaises, européennes et internationales portant, ces derniers mois, sur les transformations du travail et de notre rapport au travail. Dans ce foisonnement de données, quelques lignes de force se dégagent.
La principale est le rôle très important joué, dans la perception du travail, parce que Jennifer Clarté et Marc Malenfer appellent « le repoussoir de la pénibilité ».


Comme le soulignent ces responsables de la veille et la prospective à l’Institut national de recherche et de sécurité (INRS) « parmi les aspects pouvant altérer la satisfaction au travail, la pénibilité est l’un des principaux éléments à prendre en compte ».
Or, en la matière, des progrès peuvent être faits dans notre pays. S’agissant des rythmes de travail, « 36,2 personnes interrogées par l’Institut Montaigne rapportent une augmentation de leur charge de travail durant les cinq dernières années […] et 25 % la jugent excessive ».
Mais la situation française est encore plus préoccupante en matière de contraintes physiques. L’enquête de l’Institut Montaigne établit en effet que « 50 % des actifs français jugent leur travail pénible avec, sans surprise, une surreprésentation de certains secteurs (agriculture, nettoyage, santé humaine et action sociale…). »
Preuve que ce n’est nullement une fatalité, l’enquête européenne sur les conditions de travail (Eurfound) démontre que la part des salariés français exposés « toujours ou souvent » à des postures douloureuses, au port de charges lourdes ou à des mouvements répétitifs de la main ou du bras est systématiquement supérieure à la moyenne constatée dans l’Europe à 27.
Résoudre une telle situation est vital pour les entreprises françaises car, comme le notent les experts de l’INRS, de nombreuses enquêtes montrent que « les travailleurs français ne souhaitent plus s’orienter vers des métiers aux conditions de travail difficiles ».
Ces données soulignent que s’il est sûrement nécessaire de « repenser le travail » et de s’interroger sur le moyen de mieux concilier vie professionnelle et vie privée, cela ne doit pas conduire à faire passer au second plan l’indispensable prévention des risques physiques. Pour renforcer l’attractivité de son entreprise et l’engagement de ses salariés, il faut avant tout venir à bout du « repoussoir de la pénibilité ».

“Repenser l’avenir du travail », dossier paru in Futuribles n° 456, septembre-octobre 2023.