« Les travaux de l’Ifop montrent ainsi que seuls 38 % des salariés peuvent être considérés comme engagés, tandis que 40 % adoptent une posture « neutre » et 22 % se déclarent carrément désengagés ».

Longtemps érigé en idéal, le « métier passion » semble aujourd’hui perdre de son attrait au point que même la presse grand public s’intéresse à ce basculement. Un récent article publié par le magazine Marie France souligne ainsi que de plus en plus d’actifs, notamment parmi les plus jeunes, se détournent des carrières exigeantes sur le plan émotionnel pour privilégier des emplois jugés plus « tranquilles », offrant stabilité, horaires maîtrisés et moindre charge mentale (1).

Nouveau rapport au travail

Cette évolution n’est pas tout à fait inédite. Des enquêtes réalisées par l’institut Ipsos sur le rapport au travail des Français montrent que si 83 % des salariés restent attachés à leur
entreprise, ils développent de plus en plus un « engagement raisonné » (2). Autrement dit, ils continuent à s’impliquer, mais en posant des limites claires. Dans le même temps, 7 salariés sur 10 estiment que le travail n’est plus leur seul objectif de vie (3). Là encore, le message est limpide : l’emploi n’est plus appelé à structurer l’ensemble de l’existence.
L’article de Marie France évoque ainsi le parcours emblématique d’une salariée ayant quitté un emploi pourtant « passionnant », mais chronophage et impliquant, pour un poste plus routinier, mais compatible avec une vie personnelle préservée. Ce type de trajectoire, de plus en plus fréquent, illustre une aspiration à dissocier travail et accomplissement personnel, au profit d’un équilibre mieux maîtrisé. Cette évolution se retrouve dans les typologies récentes de l’engagement. Les travaux de l’Ifop montrent ainsi que seuls 38 % des salariés peuvent être considérés comme engagés, tandis que 40 % adoptent une posture « neutre » et 22 % se déclarent carrément désengagés (4). Ce groupe intermédiaire, désormais majoritaire, correspond précisément à des salariés qui accomplissent leur travail consciencieusement mais sans y investir une forte dimension émotionnelle comme cela était encore souvent de mise dans des années 1990 à 2020.

Pour un pacte simple et clair

Pour les entreprises, le signal est fort. À l’heure où les difficultés de recrutement persistent et où la santé mentale s’impose comme un enjeu majeur, il devient probablement nécessaire de repenser le pacte proposé aux salariés.
Celui-ci ne peut plus reposer uniquement sur la promesse d’un travail « engageant », « passionnant » ou « porteur de sens ». Il doit avant tout garantir un cadre lisible, des exigences proportionnées et une véritable sécurité, tant organisationnelle que psychologique.
Autrement dit, face à des salariés qui aspirent à « travailler pour vivre », les entreprises ont sans doute intérêt à réhabiliter les vertus d’un contrat clair et équilibré. Car c’est peut-être dans cette simplicité retrouvée que se joue, désormais, la fidélité des collaborateurs… et, plus largement, la performance durable des organisations. n

(1) Marie France, 24 janvier 2026. (2) Ipsos x Pluxee, Baromètre de l’engagement au travail, 2026. (3) Ipsos, Enquête sur le rapport au travail, 2025-2026. (4) Ifop, Études sur l’engagement au travail, 2024-2025.