« Dans un monde marqué par une forte imprévisibilité, une solide culture de la prévention est le meilleur atout face aux crises et aux risques. »

La crise sanitaire qui sévit depuis un peu plus d’un an maintenant n’est pas encore terminée, mais nous disposons déjà du recul nécessaire pour effectuer un premier bilan d’étape sur la façon dont elle a été gérée par les entreprises.

Lors d’une enquête réalisée au sein d’entreprises françaises, le sociologue des organisations François Dupuy a identifié “un vrai consensus pour reconnaître que les patrons avaient fait le nécessaire pour assurer la sécurité des salariés” (1).

De la sorte, ce fin connaisseur du fonctionnement des entreprises salue l’agilité dont elles ont fait preuve. Il ajoute que, face à la pandémie, mieux valait ne pas adopter “une stratégie d’accentuation et de renforcement de l’appareil réglementaire” mais plutôt “une stratégie d’atténuation consistant à accepter autant de dérogations aux règles que nécessaire à la bonne marche des unités”.

Dans un dossier de la Harvard Business Review consacré à “la gestion des risques à l’ère du Covid”, trois professeurs de Harvard et d’Oxford développent une idée proche : “Dans l’entreprise la fonction de gestion des risques a généralement pour mission d’élaborer des protocoles et des processus pour anticiper, évaluer et réduire les menaces. Mais cela ne suffit pas toujours car même avec le meilleur système de gestion des risques, une entreprise ne peut se préparer à tout”, écrivent-ils (2).

Bien entendu, ni les uns ni les autres ne nient l’utilité des règles et des procédures. Mais ils soulignent qu’elles sont surtout efficaces pour “la gestion des risques de routine”. Si bien que lorsque survient, comme souvent dans la vie d’une entreprise, un risque inédit, il devient nécessaire de faire primer la créativité sur la conformité et même d’élaborer dans l’urgence de nouvelles réponses plus adéquates.

Mais justement, cette capacité à improviser ne… s’improvise pas ! En matière de sécurité comme en matière musicale, l’art de l’improvisation exige en effet de bien connaître ses gammes et ses classiques.

Toujours dans la Harvard Business Review, deux professeurs de management du Boston College et de l’Université Northeastern conseillent “d’investir dans le renforcement des compétences” car “les improvisations sont plus efficaces lorsqu’elles reposent sur les connaissances et la formation”(3).

Rien n’est plus vrai : dans un monde marqué par une forte imprévisibilité, une solide culture de la prévention est le meilleur atout face aux crises et aux risques.

François Sidos – Président du Groupe Pôle Prévention

(1) Travail & Sécurité, n° 825, avril 2021.

(2), (3) Harvard Business Review, avril-mai 2021