Absentéisme : contrôler les abus, prévenir les causes

« L’absentéisme n’est pas une fatalité : les différences parfois spectaculaires entre entreprises d’un même secteur prouvent qu’une politique de prévention cohérente, un management de qualité et une attention portée aux conditions de travail permettent d’en réduire durablement le niveau ».

Lédition 2026 de l’étude annuelle de Malakoff Humanis confirme ce que de nombreux employeurs constatent déjà : l’absentéisme n’est plus un phénomène conjoncturel (1). Il s’est installé à un niveau durablement élevé et difficilement soutenable pour les entreprises et le système de protection sociale.
Les chiffres sont alarmants. En 2025, près d’un salarié du secteur privé sur trois a connu au moins un arrêt de travail. Le taux d’absentéisme atteint 4,3 %, soit une hausse de 25,5 % depuis 2019. Plus préoccupant encore, les arrêts longs continuent de progresser : ils représentent 9,4 % des arrêts et près des deux tiers des journées d’absence. Signe inquiétant, les cadres sont à leur tour fortement concernés, leur taux d’absentéisme ayant bondi de 35,2 % depuis 2019. Quant aux troubles psychologiques, ils constituent désormais la première cause des arrêts de longue durée, représentant 37,8 % des arrêts de plus de trente jours.

Face à cette dérive, le gouvernement a présenté, en avril dernier, un plan destiné à reprendre le contrôle de la dépense liée aux arrêts maladie : renforcement des contrôles, encadrement des prescriptions, sanctions accrues contre la fraude (2). Rien que de très normal : il est en effet inacceptable que des comportements abusifs fragilisent un système de protection sociale financé par la solidarité nationale. L’enjeu financier est considérable : plus de neuf millions d’arrêts indemnisés ont été recensés en 2024, pour une dépense d’assurance maladie de 17,9 milliards d’euros, sans compter les coûts directs et indirects supportés par les entreprises.
Pour autant, croire que la lutte contre les abus permettra, à elle seule, d’enrayer la hausse des arrêts de travail serait une erreur. Les données montrent en effet que la hausse de l’absentéisme est largement alimentée par des causes objectives : vieillissement croissant de la population active, intensification du travail, usure professionnelle, difficultés managériales et exposition accrue aux risques psychosociaux. Lire la suite

Malaises mortels au travail : former au secourisme peut sauver des vies !

« La grande majorité des accidents du travail mortels ne sont ni liés à une chute, ni à une machine, ni à un choc électrique mais à des « malaises » dépourvus de cause apparente ».

En 2024, sur les 760 décès accidentels reconnus en lien avec le travail, près de 60 % correspondent à un malaise mortel, généralement assimilé à une mort subite cardiaque.
Une étude de l’INRS permet de cerner le profil des victimes. Les hommes représentent 88 % des cas et l’âge médian est de 53 ans. Les conducteurs de poids lourds sont les plus touchés (15 %), devant les cadres et dirigeants (8 %). Enfin, 83 % des victimes exerçaient une activité habituelle au moment du malaise et 73 % étaient seules, sans être pour autant des travailleurs isolés au sens réglementaire.

Rôle déterminant des Secouristes sauveteurs du travail (SST)

L’analyse met aussi en évidence plusieurs facteurs susceptibles d’accroître le risque cardiovasculaire : les activités physiques soutenues, le travail de nuit et les horaires atypiques, l’exposition au froid ou à la chaleur, mais aussi les risques psychosociaux et la sédentarité.
Autant de facteurs sur lesquels les entreprises peuvent agir par des démarches de prévention.

Mais la prévention ne s’arrête pas à la réduction des facteurs de risque. Lorsqu’un arrêt cardiaque survient, les premières minutes sont déterminantes. C’est pourquoi l’INRS appelle les entreprises à former davantage de Sauveteurs secouristes du travail (SST). Présents au plus près des salariés, ils sont en mesure de reconnaître rapidement une urgence vitale, d’alerter les secours et de prodiguer les premiers gestes qui peuvent faire la différence avant l’arrivée des équipes médicales. Les SST sauvent des vies et constituent un maillon essentiel de la chaîne des secours.

Enfin, l’étude rappelle l’importance du suivi médical. La visite de mi-carrière, réalisée par les services de prévention et de santé au travail, constitue un moment privilégié pour évaluer le risque cardiovasculaire et informer les salariés des symptômes qui doivent les alerter.
De nombreuses victimes avaient en effet ressenti, dans les heures ou les jours précédant le malaise, des signes précurseurs qu’ils n’ont pas pris suffisamment au sérieux.
Toutes les morts subites ne peuvent être évitées, mais une entreprise qui agit sur les facteurs de risque, organise efficacement les secours et dispose d’un nombre suffisant de Sauveteurs secouristes du travail met toutes les chances de son côté pour sauver des vies.

(1) Malaises mortels au travail : analyse de la base Epicea et pistes de prévention in Références en santé au travail, n°186, juin 2026.

Le poids croissant des risques chroniques et organisationnels

« La hausse des maladies professionnelles, portée par les TMS et les affections psychiques, confirme l’importance croissante des risques chroniques et organisationnels dont les effets ne se manifestent qu’après une exposition durable ».

La Caisse nationale de l’Assurance Maladie (Cnam) a publié, en janvier dernier, sa synthèse des données de sinistralité pour l’année 2024. Les chiffres confirment une dynamique désormais bien installée : une légère décrue des accidents du travail, une stabilité des accidents de trajet et, en revanche, une hausse marquée des maladies professionnelles.

Baisse modérée des accidents

En 2024, 549614 accidents du travail ont été reconnus, soit une diminution de 1,1 % par rapport à 2023. Les activités de la santé, du nettoyage et du travail temporaire concentrent à elles seules 29 % des accidents du travail. Elles sont suivies par l’alimentation (17 %), le transport (16 %) et le BTP (14 %). Du point de vue des causes, les manutentions manuelles demeurent le premier facteur de risque, représentant environ la moitié des accidents. Les chutes de plain-pied ou de hauteur arrivent ensuite, avec près de 30 % des cas.

La mortalité professionnelle reste à un niveau élevé. En 2024, 764 accidents du travail mortels ont été reconnus. Près de six décès sur dix sont consécutifs à des malaises, tandis que 13 % résultent d’accidents routiers. Les secteurs du transport et du BTP demeurent particulièrement exposés, représentant respectivement 24 % et 20 % des décès.

Les accidents de trajet atteignent 94 654 cas en 2024, en légère hausse de 0,7 %. Ils ont entraîné 318 décès, dont 70 % sont d’origine routière. La perte de contrôle d’un moyen de transport demeure la cause principale, à l’origine de 56 % des accidents de trajet, tandis que les chutes en représentent 26 %. Les mobilités dites « douces » enregistrent une légère baisse, les accidents impliquant un vélo ou une trottinette représentant 7,6 % des cas, contre 9,2 % l’année précédente.

Hausse des maladies professionnelles

Le fait marquant de l’année 2024 est la progression des maladies professionnelles. Leur nombre atteint 50 598 cas reconnus, soit une hausse de 6,7 % par rapport à 2023 et un niveau inédit depuis dix ans.

Les troubles musculosquelettiques (TMS) restent de loin la première pathologie reconnue, avec 44 723 cas, en augmentation de 6,6 %. Les affections psychiques liées au travail s’élèvent à 1 805 cas, en hausse de 9 % sur un an. Leur nombre a plus que doublé depuis 2020. De surcroît, au-delà des seules maladies professionnelles, près de 29 000 accidents du travail reconnus en 2024 ont lien avec des affections psychiques ou des risques psychosociaux, soit plus de 5 % des accidents du travail.

Ne pas se focaliser sur les seuls accidents visibles

La hausse des maladies professionnelles, portée par les TMS et les affections psychiques, confirme l’importance croissante des risques chroniques et organisationnels dont les effets
ne se manifestent qu’après une exposition durable.

Pour les acteurs de la prévention, l’enjeu est donc de ne pas se focaliser sur la seule réduction des accidents « visibles » mais de maîtriser aussi les facteurs de risques diffus durables, dont l’impact humain et financier ne cesse de croître. Cette évolution est ainsi une incitation à agir davantage sur les facteurs de pénibilité et à prévenir les risques de façon globale avec une volonté affirmée d’améliorer la qualité de vie et les conditions de travail.

Pour aller plus loin : L’Essentiel 2024 – Santé et sécurité au travail, Assurance Maladie – Risques professionnels, janvier 2026.

Jeunes travailleurs – Des conditions de travail spécifiques

Selon une récente étude de la Dares sur les conditions de travail, les jeunes salariés de moins de 30 ans (soit 3,8 millions d’actifs et 15 % des salariés) cumulent des expositions spécifiques aux risques professionnels, au-delà des seules questions de chômage ou de précarité.

Insécurité professionnelle et contraintes physiques

Trois dimensions ressortent nettement en défaveur des jeunes : l’insécurité professionnelle, les contraintes physiques et le manque d’autonomie. L’écart le plus marqué concerne l’insécurité professionnelle : le score moyen des moins de 30 ans dépasse de 0,9 point celui des 30-49 ans. Cette insécurité renvoie notamment à des contrats plus précaires et à une plus forte incertitude sur l’avenir professionnel.

Sur le terrain de la pénibilité physique, les jeunes déclarent davantage de gestes douloureux, de stations debout prolongées, de ports de charges lourdes ou de contacts avec des produits dangereux. L’effet catégorie socioprofessionnelle est ici déterminant : le score de contraintes physiques atteint 6,2 chez les jeunes ouvriers, contre 4,0 pour les employés et seulement 0,8 pour les cadres.
Le manque d’autonomie constitue le troisième point de vigilance. Les jeunes appliquent plus strictement des consignes, disposent de marges de manœuvre réduites et subissent davantage de contrôles et de rythmes contraints par des délais très courts. Là encore, ces écarts persistent à diplôme et catégorie équivalents.

Pour une prévention précoce

À l’inverse, les jeunes apparaissent moins exposés à certains risques psychosociaux
comme les conflits de valeurs, les rapports sociaux dégradés ou l’absence de reconnaissance. Pour les auteurs, cette situation plus favorable s’explique en grande partie par leur moindre ancienneté, qui les place encore dans des trajectoires d’intégration et de mobilité.
Pour les professionnels de la prévention et les employeurs, ces résultats invitent à agir précocement sur les risques frappant plus fortement les jeunes salariés afin que la pénibilité des premières années ne compromette durablement la santé et la trajectoire professionnelle de nouvelles générations appelées à effectuer des carrières plus longues que celles de leurs aînés.

Pour aller plus loin : L’étude “Quelles sont les spécificités des conditions de travail des jeunes salariés ?”, est librement téléchargeable sur le site de la Dares : www.dares.travail-emploi.gouv.fr

Modification des règles d’imputation au compte de l’employeur des accidents de travail et des maladies professionnelles mortels pour les entreprises d’au moins 20 salariés

Cette modification est l’occasion de faire le point sur les règles applicables en matière de fixation du taux de cotisation de l’employeur confronté à un accident professionnel ou une maladie professionnelle d’un de ses salariés, qu’il ait été ou non mortel.

Les cotisations dues au titre des accidents du travail et des maladies professionnelles (AT/MP) sont exclusivement supportées par l’employeur (Code de la Sécurité sociale, art. L. 241-5). Elles sont fixées en fonction d’un taux brut collectif, individuel ou mixte, après prise en compte de différents critères.

À compter de 20 salariés commence à s’appliquer à elle un taux individuel dont la prééminence croît en fonction de son nombre de salariés.
Depuis le 17 avril 2025, en cas de décès d’un salarié résultant d’un accident de travail ou d’un maladie professionnelle dans une de ces entreprises, la date à prendre en compte pour l’imputation d’un accident de travail ou d’une maladie professionnelle a changé.

Pour déterminer le mode de calcul du taux brut individuel applicable à ces entreprises, l’article D.242-6-6 du Code de la Sécurité sociale, modifié par le décret 2025-342 du 15 avril 2025, est en effet venu remplacer l’expression « le décès de la victime » par « la reconnaissance du caractère professionnel du décès de la victime ».

Désormais, pour elles, la valeur du risque pour le calcul du taux brut individuel comprend donc la somme des termes suivants :

le produit du nombre total d’accidents du travail ou de maladies professionnelles déclarés pendant la période triennale de référence ayant donné lieu à des soins ou ayant entraîné un arrêt de travail par le coût moyen de la catégorie dans laquelle est rattaché chaque accident ou chaque maladie ; Lire la suite