Nuisances sonores – Un risque à prévenir davantage dans (tous) les lieux de travail ?

« Le bruit n’est plus uniquement lié à des environnements industriels ou manuels : il devient une composante de nombreux espaces de travail contemporains ».

À l’occasion de la Semaine de la Santé Auditive au Travail, qui s’est tenue en novembre dernier, l’Association nationale de l’audition (ANA) a dévoilé l’édition 2025 de son baromètre annuel sur le bruit, la santé auditive et la qualité de vie au travail. Les résultats vont à l’encontre des idées reçues en soulignant que le bruit au travail concerne l’ensemble des secteurs et des métiers et en démontrant que, loin de ne représenter qu’un simple désagrément, il est un véritable risque professionnel affectant profondément la santé des travailleurs et la performance des organisations.

Dans l’imaginaire collectif, le bruit au travail est automatiquement associé à des secteurs comme le BTP ou l’industrie, au vacarme assourdissant du marteau-piqueur ou à celui du marteau-pilon… Ce n’est bien sûr pas faux : parmi les personnes qui travaillent dans les ateliers, sur des chantiers ou des chaînes de production, 66 % se déclarent gênées par le bruit. Mais elles sont, en revanche très loin d’être les seules.

Tous les secteurs concernés

Selon la dernière enquête réalisée, par l’IFOP pour l’Association nationale de l’audition (ANA), les niveaux sonores excessifs concernent aussi un grand nombre de travailleurs du commerce (53 %), des services (51 %) et de l’administration (61 %). Si bien qu’au total, plus d’un actif français sur deux (56 %) affirme être affecté par le bruit sur son lieu de travail.
Comme l’écrivent les auteurs de l’enquête, « les résultats confirment que le bruit n’est plus uniquement lié à des environnements industriels ou manuels : il devient une composante de nombreux espaces de travail contemporains. La multiplication des interactions, l’ouverture des bureaux et la densité des échanges numériques contribuent à une intensification sonore diffuse, y compris dans les métiers tertiaires ou lorsque le lieu de travail est le domicile ».

Des effets délétères sur les collectifs de travail

Ces nuisances sonores ont évidemment un impact très négatif sur le fonctionnement des équipes et la qualité du travail. Un grand nombre de travailleurs estime que le bruit auquel ils sont exposés peut provoquer « des incompréhensions avec les encadrants » (44 %), « de l’agressivité dans les échanges », « des tensions ou des conflits au sein de l’équipe » (41 %), ou encore « des comportements de repli sur soi » (38 %).
Au total, 58 % des actifs en poste estiment que le bruit et les nuisances sonores sur leur lieu de travail peuvent être à l’origine d’au moins un de ces phénomènes. Et cette proportion atteint 71 % chez les personnes qui se disent gênées par le bruit au travail.

Un enjeu de santé majeur

Les conséquences sanitaires sont également massives. Près des trois quarts des travailleurs (73 %) témoignent de l’impact négatif du bruit et des nuisances sonores sur leur santé. Pour un actif sur deux (52 %), ces répercussions sont de nature auditive. 35 % se plaignent de sifflements ou bourdonnements d’oreille et 29 % de surdités. Mais les conséquences de l’exposition au bruit ne se limitent pas à ces aspects. Chez de nombreux travailleurs le bruit provoque aussi de la fatigue, de la lassitude et de l’irritabilité (60 %), du stress (50 %), des états anxieux ou dépressifs (31 %), ainsi que des troubles du sommeil (32 %).
Et chez les travailleurs qui affirment être gênés par le bruit, la proportion est bien entendu beaucoup plus importante : 91 % déclarent des répercussions sur leur santé, dont 67 % sur leur santé auditive.

Renforcer la prévention

Face à cet enjeu, les auteurs de l’enquête déplorent des actions de prévention encore trop timide. Ainsi, seuls 51 % des travailleurs déclarent que « leur employeur leur a proposé au moins une solution face aux nuisances sonores ». Ce chiffre mérite toutefois être décrypté. En effet, loin d’être véritablement alarmant, il confirme plutôt que l’immense majorité des entreprises exerçant dans des activités exposées à de fort niveau sonore mettent en œuvre des solutions au profit de leurs salariés.
Pour ne prendre qu’un exemple, les entreprises du BTP ou de l’industrie connaissent parfaitement les dangers du bruit et leurs obligations en la matière. Elles savent que, selon le Code du travail fixent des seuils d’exposition au bruit des travailleurs et n’ignorent pas qu’elles doivent agir sur les conditions et l’organisation du travail (choix des équipements, etc.), ainsi que former les salariés sur les risques et leur fournir des Protecteurs individuels contre le bruit (PICB) à partir de 80 décibels (dB) d’exposition. Lire la suite

Faire face à l’essor des fragilités personnelles

« Parmi les salariés concernés, 64 % affirment que leurs difficultés personnelles affectent leur vie professionnelle ».

Le Baromètre 2025 des Fragilités des salariés publié par Malakoff Humanis confirme une tendance lourde : les fragilités personnelles ne sont plus des phénomènes rares, mais touchent désormais près de six salariés sur dix soit une hausse de 17 points depuis 2020 !

Des fragilités convergentes

Les cinq dernières années ont vu s’accroître tout particulièrement les difficultés liées à des souffrances psychologiques (21 % en hausse de 13 points depuis 2020), les situations d’isolement social (+ 10 points) ou d’addiction (+ 10 points), les difficultés financières (+ 9 points). Et des évolutions sociales lourdes vont encore aggraver ces fragilités, comme la hausse continue de la monoparentalité et le vieillissement de la population. Un salarié sur 5 est aujourd’hui aidant. Ils seront 1 sur 4 d’ici 2030 !

Pour Malakoff Humanis, face à l’explosion de ces difficultés, la célèbre formule selon laquelle « les problèmes personnels doivent rester à la porte de l’entreprise » ne tient plus car ces situations de fragilité bouleversent tous les aspects de la vie des personnes concernées et, notamment, leur travail. « Les fragilités se présentent rarement seules : elles s’additionnent et se renforcent mutuellement, qu’elles soient professionnelles ou personnelles », analyse Éric Bardin, manager de la Démarche accompagnement chez Malakoff Humanis.

L’enquête confirme cette convergence, entre fragilités personnelles et professionnelles. Parmi les salariés concernés, 64 % affirment que leurs difficultés personnelles affectent leur vie professionnelle. Pour ne prendre qu’un exemple, un salarié contraint de s’occuper d’un proche atteint d’une maladie grave aura d’autant plus de difficultés à concilier vie professionnelle et personnelle, ce qui l’expose davantage aux risques psychologiques… Si bien que 40 % des salariés déclarent être confrontés à plusieurs fragilités.

Les dirigeants n’ignorent pas du tout cette imbrication des difficultés et pointent les effets des fragilités sur l’engagement des salariés (52 %), la performance de l’entreprise (43 %), le climat et la cohésion sociale (41 %) et l’absentéisme (38 %). Preuve que les dirigeants ne détournent pas les yeux, 77 % d’entre eux se disent préoccupés par le phénomène et 67 % souhaitent être accompagnés pour mieux le comprendre et contribuer à le résoudre.

Comme le souligne Anne-Sophie Godon-Rensonnet, directrice de l’accompagnement social et la prévention en entreprises chez Malakoff Humanis, la tâche n’est cependant pas aisée : « Les entreprises se posent la question de la juste posture. Comment accompagner sans être intrusive ? Comment agir sans sortir de son rôle ? ». Cela n’a rien d’évident car nombre de salariés taisent les problèmes personnels auxquels ils font face, rendant plus difficile l’élaboration de solutions permettant de les épauler.

Rôle central de la prévention

Mais pour de nombreux experts en ressources humaines, le phénomène est devenu si massif que le traitement « au cas par cas » ne suffit plus. « Il ne s’agit pas seulement de répondre à une situation unique, mais d’agir sur un ensemble de facteurs entremêlés. Cela implique de ne plus penser les fragilités comme des cas bien définis. Tout l’enjeu est d’apprendre à gérer un ensemble de situations interconnectées, comme l’aidance et les difficultés à concilier l’équilibre entre pro et perso » explique Éric Bardin.

Une chose est sûre : toutes les politiques de l’entreprise devront être mobilisées et coordonnées pour faire face à ce phénomène et les démarches de prévention des risques y joueront un rôle central, comme d’ailleurs dans toutes actions visant à préserver et renforcer la qualité de vie et les conditions de travail.

Transition numérique – Il faut faire rimer IA et conditions de travail

« 66 % des salariés de PME déclarent que leur entreprise les incite à suivre une formation à l’IA contre seulement 25 % des employés de grandes entreprises »

Une récente étude OpinionWay pour Cegid met en lumière la relation ambivalente des employés de bureau français à l’intelligence artificielle. En effet, si l’IA s’impose désormais dans la plupart des bureaux européens, la France se distingue à la fois par une adoption plus prudente et par un engagement notable de ses PME, en avance sur bien des grandes entreprises.

Les salariés français réservés face à l’IA

Selon l’enquête, 58 % des salariés de bureau en France déclarent avoir déjà utilisé une IA dans leur travail, contre 73 % en Espagne et 66 % en Allemagne. Près d’un quart des salariés français (23 %) s’en désintéresse totalement, proportion deux fois supérieure à celle observée au Portugal.
Ce moindre usage s’accompagne d’un rapport plus méfiant : 31 % évoquent d’abord de l’inquiétude et seuls 44 % de la curiosité, quand la confiance et l’enthousiasme dominent chez leurs voisins. Cette prudence, souligne le rapport, traduit une « méfiance culturelle» plus ancrée en France qu’ailleurs.

Les PME françaises en avance

En revanche, alors que dans les autres pays européens, le déploiement de l’IA reste très corrélé à la taille des structures, les PME françaises se montrent particulièrement dynamiques. 73 % des salariés de PME affirment que leur entreprise les encourage à utiliser l’IA alors que ce n’est, par exemple, le cas que pour 32 % des salariés du secteur public. Leur mobilisation dépasse même celle des grandes entreprises nationales. De même, 66 % des salariés de PME déclarent que leur entreprise les incite à suivre une formation à l’IA contre seulement 25 % des employés de grandes entreprises. Ces données contredisent donc l’idée reçue selon laquelle seules les grandes structures auraient les moyens d’adopter ces technologies.

Répondre au “stress technologique”

Si les PME progressent, le rapport souligne toutefois la persistance d’un pessimisme marqué. Un salarié français sur deux estime que l’IA rendra certains métiers obsolètes, et 38 % craignent une déshumanisation du travail. L’enjeu est donc d’accompagner cette transition pour éviter qu’elle ne devienne source d’anxiété. Cela suppose d’associer les salariés aux choix technologiques, de montrer les bénéfices concrets de l’IA en matière de réduction de la pénibilité, de prévention des risques ou de gestion de la charge mentale, tout en maîtrisant les nouveaux risques liés à son usage : dépendance, perte de sens, surcharge cognitive, etc.
Selon l’étude de la Cegid, l’adoption de l’IA par les salariés dépendra pour une large part de la capacité des entreprises à faire en sorte que cette révolution technologique renforce leur bien-être professionnel.

(1) “L’adoption de l’intelligence artificielle par les salariés de bureau, consultable sur
www.opinion-way.com/fr

Hyperconnexion et infobésité – De nouveaux maux pour les entreprises

Le numérique devait libérer du temps et fluidifier les échanges. Dans bien des organisations, c’est l’inverse : surcharge d’informations, réunions à rallonge, disponibilité 24 heures sur 24 et 7 jours sur 7…

Le Référentiel 2025 de l’Observatoire de l’infobésité et de la collaboration numérique (OICN) met des chiffres sur ce malaise et confirme l’urgence d’agir pour la santé des salariés et la performance des entreprises (1).

LOICN a analysé les usages numériques (courriels réunions, tchat, groupes, fichiers) de 17000 personnes dans des organisations publiques et privées. L’échantillon permet d’objectiver ce que beaucoup vivent déjà : trop de messages, trop de réunions, trop d’interruptions. Les managers et dirigeants de grands groupes sont en première ligne, mais les salariés de TPEPME ne sont pas épargnés.

Un coût caché qui plombe la performance

Chaque semaine, un collaborateur gère en moyenne 157 courriels, un manager 243, un dirigeant 390. Le temps minimal de traitement atteint respectivement 3h22, 7h06 et 11h24. Pour un patron, c’est presque une journée entière absorbée par la seule messagerie.

Ces tâches de coordination et de “rattrapage” sont rarement inscrites dans les fiches de poste, mais pèsent lourd sur la santé mentale et la qualité du travail.
À cela s’ajoute l’explosion des messages internes : près de 80 % des courriels envoyés par les managers restent dans le périmètre de l’entreprise, ce qui entretient des boucles sans fin.
Les courriels ne sont, de surcroît, que la partie visible du problème. La réunion est également un redoutable “aspirateur à temps”. Les dirigeants y consacrent, en moyenne, 36heures et20 minutes par semaine. Au total, il ne leur reste que 24 % de leur temps pour produire en concentration. Pendant ces réunions, le travail multitâche et la dispersion mentale, s’installent : 27 % des courriels des dirigeants sont envoyés alors même qu’ils participent à une réunion. L’allongement et l’empilement des réunions, facilitées par la visio, alimentent la fatigue cognitive.

Chaque semaine, un collaborateur gère en moyenne 157 courriels, un manager 243, un dirigeant 390. Le temps minimal de traitement atteint respectivement 3h22, 7h06 et 11h24. Pour un patron, c’est presque une journée entière absorbée par la seule messagerie.

L’hyperconnexion contre le repos et l’attention

Qu’il s’agisse de répondre “vite fait” après dîner ou d’écrémer sa boîte le dimanche, la frontière entre vie professionnelle et vie personnelle s’estompe : lors de 46 % de leurs week-ends, les dirigeants sont connectés et un manager typique se reconnecte entre 50 et 150 soirs par an, tandis que 9 % des collaborateurs envoient des courriels le soir et 4 % le week-end.
Dix ans après l’inscription du droit à la déconnexion, la norme implicite reste la disponibilité permanente. Résultat : 13 % des collaborateurs expédient plus du tiers de leurs réponses en moins de cinq minutes. Or, c’est un marqueur d’hyperréactivité et d’interruptions constantes. Ces microcoupures répétées accroissent la charge mentale et réduisent le temps de travail profond, pourtant clé pour la qualité et le sens du travail.

Des effets néfastes sur la santé

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10 idées simples pour en finir avec l’infobésité en entreprise

L’infobésité n’est pas une fatalité et l’OICN propose aux entreprises des actions très simples à mettre en œuvre pour s’en prémunir.

1.Charte des canaux. Privilégier le courriel pour la communication asynchrone en précisant le délai de réponse, le tchat pour les échanges courts, les appels téléphoniques pour les urgences. Proscrire les doublons.

2. Maîtriser l’urgence. L’urgence doit rester l’exception. Écrire « URGENCE avant 15 h » quand c’en est une.

3. Plages de concentration. Pour tout poste nécessitant des moments de concentration, bloquer 2×90 minutes par jour en mode « ne pas déranger » activé, visibles dans l’agenda. Lors de ces plages horaires, couper les notifications et les messageries.

4. Réunions sous contrôle. Donner aux réunions un objectif explicite (Information, réflexion ou décision), un ordre du jour. Limiter autant que possible sa durée à 45-60 min et le nombre de participant. Permettre, sous condition, le refus de participer. Séquencer les longues réunions.

5. Contrat d’attention. Proscrire les écrans pendant les réunions et prévoir des pauses permettant leur consultation lors des réunions longues.

6. Rituels de fin de journée. Effectuer une dernière vérification des courriels et autres messages numériques à heure fixe (connue des collègues) puis activer le mode « ne pas déranger » de son téléphone. Indiquer sa politique de réponse en signature.

7. Mieux cibler les courriels. Différencier les destinataires « pour action » ou « pour info », ne pas systématiquement utiliser la fonction « répondre à tous » et éviter les listes d’envoi massives.

8. Tchat utile, pas envahissant. Utiliser le tchat pour les échanges brefs ou la transmission rapide de documents pas pour stocker les décisions. Définir des plages de disponibilité et d’indisponibilité.

9. Congés numériques réels. S’autoriser une vraie coupure lors des congés en annonçant que vous ne prendrez connaissance des messages numériques de toutes natures qu’à votre retour.

10. Exemplarité managériale. Les dirigeants donnent l’exemple : pas de courriels nocturnes/dominicaux, objectifs clairs, réunions plus courtes, refus des réunions inutiles.

Source : Référentiel 2025 de l’OICN, téléchargeable sur www.infobesite.org