Nouvelle organisation du travail – Le rôle crucial de la prévention des risques

Dans l’urgence de la crise sanitaire, de nombreuses entreprises ont expé­rimenté de nouvelles façons de travailler pour maintenir leur activité tout en assu­rant la sécurité de leurs salariés. Au-delà même des prescriptions du protocole sanitaire, elles ont fait preuve d’une belle créativité en tournant le dos aux routines les mieux établies.

Nouvelles pratiques et nouveaux risques

Comme le souligne une récente étude du ministère du Travail (voir dossier pp. 2 et 3), “les pratiques ont évolué et les formes d’organisation du travail ont été modifiées pour s’adapter au contexte”. Toutefois, il est certain que nombre de ces innova­tions sont appelées à perdurer après la crise. Pour ne prendre qu’un exemple, le télétravail occupera évidemment demain, dans les entreprises, une place bien plus importante que celle qui était la sienne auparavant. Et de la sorte, c’est l’organisa­tion globale des entreprises qui va néces­sairement évoluer.

Afin de réussir ces transformations, la prise en compte des enjeux de santé et de sécurité sera incontournable. En effet, comme le précise le Code du travail, “lors de toute décision d’aménagement important modifiant les conditions de santé, d’hygiène et de sécurité ou les conditions de travail dans l’entreprise”, le document unique d’évalua­tion des risques professionnels (DUER) doit être mis à jour. Lire la suite

Le télétravail peut être un levier de performance et de qualité de vie au travail.

Entretien avec Carole Gouiran et Lucie Czap


Carole Gouiran et Lucie Czap sont respectivement psychologue du travail et ergonome. Au sein du cabinet Impact Prévention, elles accompagnent de nombreuses PME dans le déploiement du télétravail, notamment sous la forme de sensibilisations délivrées aux salariés et managers concernés.

Fortes de cette expérience, elles estiment que le télétravail peut contribuer à l’engagement et à l’épanouissement des salariés mais mettent toutefois en garde : le télétravail obéit à des règles de fonctionnement spécifiques à bien connaître pour en tirer le meilleur au service de l’entreprise et de ses membres.

À l’occasion de la crise sanitaire, les en­treprises ont recouru massivement au té­létravail. Peut-on tirer des enseignements de cette expérience en termes de qualité de vie au travail ?

Lucie Czap : Oui, car, pour la première fois, le télétravail a été pratiqué de façon mas­sive. On estime ainsi que, lors du premier confinement, 39 % des salariés du secteur privé ont pratiqué le télétravail et que la moitié d’entre eux l’expérimentait pour la première fois. Alors que, pour l’immense majorité de salariés, le télétravail ne repré­sentait jusque-là qu’une pratique marginale ou même un simple objet de désir, il est soudain devenu une réalité tangible, vécue au quotidien. Cette vaste expérimentation a bien évidemment fait évoluer la façon dont les employeurs et les travailleurs envisagent le télétravail.

Auparavant, on ne voulait voir que les bienfaits incontestables qu’il apporte : la réduction du temps passé dans les transports, l’accroissement de la flexibi­lité et de l’autonomie, la meilleure concilia­tion entre vie professionnelle et vie privée, voire une solution au désir d’installation hors des grandes métropoles… Désormais on comprend que, comme tout mode d’or­ganisation, le télétravail comporte aussi des risques qu’il s’agit de prévenir et de maîtri­ser. Lire la suite

Qualité de vie au travail : 4 raisons pour lesquelles les TPE-PME devraient l’adopter

Depuis une dizaine d’années, le concept de “qualité de vie au travail” (QVT) a fait son entrée dans le monde des entreprises. Il repose sur une vérité très ancienne mais longtemps négligée : prêter attention aux besoins humains des salariés est, pour l’entreprise, un levier de performance qui ne le cède en rien aux facteurs techniques ou financiers. C’est dire s’il représente un atout naturel pour les TPE-PME.

  • 1 La QVT est particulièrement adaptée aux entreprises à taille humaine

Selon un préjugé tenace, les démarches de QVT seraient peu ou prou réservées aux grandes entreprises qui seules auraient les moyens, financiers et humains, de les mettre en œuvre. Or, rien n’est plus faux car la QVT vise justement à mettre en valeur les atouts que possèdent les entreprises à taille humaine par rapport aux grosses structures nées dans le sillage de la révolution industrielle.
Comme le rappelle l’Agence nationale pour l’amélioration des conditions de travail (Anact) dans un récent article (1), “on trouve les fondements du concept de qualité de vie au travail (QVT) dans les années cinquante, chez Eric Lansdown Trist, du Tavistock Institute de Londres, dans le cadre de ses recherches révélant les limites du taylorisme : monotonie, déqualification, sentiment d’aliénation, impacts négatifs sur la productivité…” Lire la suite

La sécurité n’est pas qu’une affaire de conformité

“Une stratégie d’accentuation et de renforcement de l’appareil réglementaire” ont vu apparaître, en leur sein, “des phénomènes de ‘désobéissance organisationnelle’, tant il devenait impossible de faire face aux difficultés quotidiennes en appliquant de nouvelles normes”

“Il y a eu un vrai consensus […] pour reconnaître que les patrons avaient fait le nécessaire pour assurer la sécurité des salariés.” C’est le premier enseignement que le sociologue des organisations François Dupuy retire de l’étude qu’il a récemment co-réalisée pour mesurer l’impact de la crise sanitaire sur le fonctionnement des entreprises (1). De la sorte, il confirme que l’attention portée à la santé et à la sécurité de ses collaborateurs est un facteur clé de résilience parce qu’elle crée de la confiance et de la cohésion.

Ses découvertes ne s’arrêtent pas là. En analysant les différents types de réponses élaborées par les entreprises, François Dupuy a aussi remarqué que celles qui ont réagi par “une stratégie d’accentuation et de renforcement de l’appareil réglementaire” ont vu apparaître, en leur sein, “des phénomènes de ‘désobéissance organisationnelle’, tant il devenait impossible de faire face aux difficultés quotidiennes en appliquant de nouvelles normes”. Conformément à l’adage, trop de règles tue la règle ! Si bien que le succès reposait plutôt sur l’intervention efficace de “l’encadrement de proximité, qui avait deux missions: assurer la continuité de l’activité et veiller sur l’état de santé physique ou mentale des personnes fragiles”. Lire la suite

Employeurs et salariés… Conseils simples pour réussir la mise en place du télétravail

Le télétravail représentait autrefois un projet s’intégrant dans une libre réflexion de long terme sur l’organisation du travail. Sous l’effet de la crise sanitaire, il tend à devenir une injonction gouvernementale à laquelle les entreprises doivent se conformer toutes affaires cessantes.

Réussir la mise en place du télétravail implique toutefois de prévenir les risques spécifiques qu’il comporte.

Simples et pratiques, les conseils ci-dessous visent à aider les employeurs et les salariés dans cette démarche permettant de tirer le meilleur parti du télétravail de temps de crise.

Recommandations aux  employeurs :

1 – Mettre à jour son Document unique.

Comme chacun a pu le constater lors du confinement de mars 2020, le passage au télétravail représente un bouleversement profond des habitudes de travail. Le télétravail nécessite donc une mise à jour du document unique d’évaluation des risques professionnels de l’entreprise. En effet, selon l’article R4121-2 du Code du travail, cette mise à jour est requise “lors de toute décision d’aménagement important modifiant les conditions de santé et de sécurité ou les conditions de travail”. Pour Emmanuel Pochet, directeur de Point Org Sécurité, cette démarche n’est pas de pure forme car “le déploiement du télétravail modifie les risques auxquels sont exposés les salariés. Certains risques, comme les accidents de trajet, vont évidemment décroître drastiquement, tandis que d’autres, comme ceux liés à l’utilisation d’écrans, vont augmenter.” Lire la suite