Taux d’absentéisme – Du signal faible à l’alerte forte

« Selon Ipsos, 43 % des arrêts de travail sont désormais liés à des motifs psychologiques. Stress chronique, épuisement professionnel, troubles anxieux ou dépressifs s’imposent ainsi comme des déterminants majeurs de l’absentéisme ».

Mauvaise nouvelle ! Trois études publiées tout récemment – le Datascope d’AXA France, l’Observatoire de la performance sociale Ipsos/Oasys I Diot-Siaci, et le baromètre Workplace Options/ Ipsos BVA – s’accordent sur un constat alarmant : l’absentéisme a atteint, en 2025, un niveau record.

Un nouvel absentéisme

Selon le Datascope, qui analyse chaque année 400 millions de données mensuelles issues de 3 millions de salariés du secteur privé, l’absentéisme a augmenté de 50 % pour atteinte le taux record de 4,8 % suite à une hausse de 5 % par rapport à 2024. L’Observatoire de la performance sociale confirme cette tendance avec un taux d’absentéisme estimé à 4,98 % en 2025, contre 4,84 % l’année précédente. Signe du caractère de plus en plus massif du phénomène : 37 % des salariés français ont bénéficié d’au moins un arrêt de travail en 2025, contre 33 % en 2024.
Or cette évolution quantitative se double d’une modification qualitative : selon Ipsos, 43 % des arrêts de travail sont désormais liés à des motifs psychologiques. Stress chronique, épuisement professionnel, troubles anxieux ou dépressifs s’imposent ainsi comme des déterminants majeurs de l’absentéisme. Cette proportion inédite traduit un basculement : les pathologies psychologiques que l’on attribuait volontiers à des situations individuelles tendent à devenir un phénomène social massif.

De profondes mutations

Pour les experts sollicités dans ces études, cette évolution s’inscrit dans un contexte plus large. Les transformations économiques, technologiques et sociales – intensification des rythmes, incertitudes professionnelles, porosité croissante entre vie privée et vie professionnelle – créent un terrain propice à l’émergence des troubles psychologiques. Le Datascope Axa souligne ainsi que « les facteurs organisationnels et managériaux jouent un rôle déterminant dans la genèse des arrêts de travail », confirmant que ces absences ne relèvent pas uniquement de vulnérabilités individuelles mais de conditions de travail structurantes.
L’indicateur de gestion qu’a toujours constitué le taux d’absentéisme est passé au rouge vif et devient le révélateur de profonds dysfonctionnements touchant à la qualité de vie au travail, aux pratiques managériales et à la capacité des organisations à préserver durablement la santé mentale de leurs salariés.

Des leviers de prévention

Dans ce contexte, la prévention des risques professionnels doit bien sûr évoluer. Comme nous l’écrivions dans l’édition de février dernier d’Altersécurité, il ne s’agit plus seulement de réduire les accidents visibles, mais d’agir sur des facteurs plus diffus et organisationnels dont les effets s’inscrivent dans la durée.
Les enseignements récents en santé au travail convergent toutefois vers une conviction partagée : la prise en compte des risques psychosociaux dans le document unique, le renforcement du rôle des managers de proximité ou encore le développement d’une véritable culture de prévention sont les leviers indispensables pour relever le défi de ce nouvel absentéisme et celui de la santé au travail.

La BPCO bientôt reconnue maladie professionnelle ?

La BPCO – bronchopneumopathie chronique obstructive – est l’une des principales maladies respiratoires dans le monde.

Elle se manifeste par un essoufflement progressif, des toux fréquentes, des infections respiratoires répétées. Habituellement, on l’associe au tabac, mais l’ANSES estime aujourd’hui que près de 15 % des cas pourraient être d’origine professionnelle, liés à l’exposition à des polluants inhalés. Dans un récent avis, l’Agence conclut à un lien causal avéré entre la BPCO et les expositions professionnelles aux « VGPF» : vapeurs, gaz, particules ou fumées. Ces polluants sont nombreux : particules minérales (silice, charbon), particules organiques (poussières végétales ou animales), fumées, gaz irritants, selon les métiers et les environnements de travail.

Les secteurs concernés couvrent un large spectre : agriculture, BTP, industrie, fonderie, textile, carrières… L’ANSES souligne que l’exposition à ces agents peut, même en l’absence de tabagisme, provoquer la BPCO ou, à tout le moins, en aggraver l’évolution.

Ce constat a des implications concrètes : la maladie, souvent silencieuse au début, reste largement sous-diagnostiquée, beaucoup de personnes découvrant la BPCO lorsque leur capacité respiratoire est déjà très diminuée. Pour faciliter la reconnaissance de ces cas, l’Agence recommande la création d’un tableau unique de maladie professionnelle dédié.

Surtout, ces résultats appellent un renforcement de la prévention. Réduire l’exposition aux VGPF passe par une évaluation rigoureuse des risques, une meilleure identification des polluants présents dans les ateliers et chantiers, et la mise en place de mesures adaptées : ventilation, captage à la source, organisation du travail, équipements de protection… Autant d’actions qui peuvent significativement limiter l’apparition ou l’aggravation de la BPCO. Car si le tabac reste un facteur majeur, la qualité de l’air au travail est, elle aussi, un déterminant essentiel de la santé respiratoire.

Pour aller plus loin :
www.anses.fr

Prévention du risque cardiaque : le DAE, une assurance sérénité pour tous

La réglementation sur les défibrillateurs automatisés externes (DAE) est à l’image de la nouvelle philosophie de la prévention en entreprise : pas d’obligation absolue de s’équiper (sauf pour certaines catégories d’entreprises, ERP notamment), mais une incitation à entrer dans une démarche de mobilisation interne permettant de prévenir le risque au quotidien.

Faciliter, inciter, donner confiance

L’obligation d’équipement concerne les installations recevant des sportifs et les établissements recevant du public. Pour les autres entreprises, les pouvoirs publics ont émis des recommandations, dans un esprit facilitateur, afin d’inciter les entrepreneurs à s’engager (et à engager leurs collaborateurs), dans une démarche préventive.
En précisant bien les seules catégories pour qui le DAE est obligatoire, on décourage la publicité mensongère et la vente forcée de DAE à des conditions prohibitives à des entreprises qui n’ont pas d’obligation en la matière.
De fait, une petite recherche sur Internet permet de constater que les acteurs spécialisés tiennent pour la plupart compte des dispositions et instructions des pouvoirs publics. Un discours de vérité, pédagogique et transparent, s’accompagne d’une offre tarifaire raisonnable, comme chez Electrocœur, qui propose une location tout compris (Installation + initiation + maintenance) à 2 euros H.T. par mois.

Les règles à respecter

Le DAE est un dispositif médical, et à ce titre il est donc encadré par quelques règles de bon sens : Lire la suite

Harcèlement moral et maladie professionnelle : attention aux mauvaises conditions de travail !

« Si de mauvaises conditions de travail sont insuffisantes pour caractériser le harcèlement moral, elles peuvent néanmoins justifier la reconnaissance d’une maladie professionnelle, ce qui peut représenter un coût non négligeable pour l’entreprise. »

La dégradation des conditions de travail et les pressions imposées par l’employeur peuvent entraîner des conséquences sur l’état de santé des salariés. Lorsque par la suite un cas de dépression éclate dans l’entreprise, et même si le harcèlement moral n’est pas constaté, cette dépression peut être reconnue comme maladie professionnelle. En voici l’illustration.

Le harcèlement moral étant désormais identifié comme risque professionnel, il est logique de considérer que ses conséquences préjudiciables sur l’état de santé du salarié qui en est victime soient prises en charge au titre de la législation sur les maladies professionnelles. Mais qu’en est-il si l’employeur est relaxé du chef de harcèlement moral ? La décision de la caisse primaire d’assurance maladie (CPAM) de prendre en charge la maladie professionnelle peut-elle lui être inopposable ?

Un cas, en cours depuis 2008 mais dont la procédure vient de prendre fin en 2021, apporte quelques éléments de réponse (1).

Une salariée en dépression

Madame X, salariée de l’entreprise Y spécialisée dans l’activité de collecte des déchets en Île-de-France, était quotidiennement confrontée à des conditions de travail difficiles et a fini par développer une dépression réactionnelle. Considérant que cette dépression était la résultante de faits de harcèlement moral qu’elle subissait au travail, la salariée décide de déposer une plainte contre son employeur et deux de ses supérieurs hiérarchiques. Parallèlement, le 7 avril 2008 puis le 21 octobre de la même année, elle déclare sa pathologie à la Sécurité sociale afin d’obtenir la reconnaissance en maladie professionnelle de sa dépression. Lire la suite

Les risques humains – 1ère source de préoccupation des patrons de PME et ETI

“Parmi les PME, les risques les plus redoutés sont les accidents du travail (66 %), les arrêts maladie ou maladies professionnelles (62 %), devant les difficultés de recrutement (56 %) et la démission de collaborateurs clés (43 %).”

Interrogés par l’assureur QBE sur les principaux risques qui menacent leur entreprise, 79 % des dirigeants de petites et moyennes entreprises (PME) et d’entreprises de taille intermédiaire (ETI) citent les “risques humains” regroupant les accidents du travail, les arrêts maladies et les maladies professionnelles, ainsi que les difficultés de recrutement ou démission de collaborateurs clés.

Parmi les PME, les risques les plus redoutés sont les accidents du travail (66 %) et les arrêts maladie ou maladies professionnelles (62 %). Contrairement à une idée reçue, ces risques liés aux conditions de travail préoccupent bien davantage les dirigeants d’entreprise que les risques matériels (55 %) ou que les risques du marché (48 %). Et cette donnée est d’autant plus significative que les patrons interrogés placent la gestion des risques en tête des “éléments stratégiques pour la compétitivité des entreprises”, juste après la stratégie commerciale.

Ces résultats vont donc à l’encontre du lieu commun selon lequel les patrons de PME considéreraient avant tout les obligations qui leur incombent en matière de santé et de sécurité comme des contraintes. Ils révèlent que pour un nombre croissant de dirigeants de PME, la prévention des risques est, au contraire, un facteur déterminant du bon fonctionnement de l’entreprise.

Les patrons expriment donc une claire volonté de faire. Reste maintenant à leur en donner les moyens. Lire la suite