Prévention des addictions – Les entreprises passent à l’action

« L’environnement professionnel peut favoriser les consommations à risques.”

“Interdiction de l’alcool lors des événements internes (pots, séminaires), non-remboursement de l’alcool sur les notes de frais, témoignages de l’association des Alcooliques anonymes, éthylotests intempestifs sur les postes à risques…” C’est, comme le relève un récent article du Monde, certains des mesures prises par les entreprises pour lutter contre les addictions de leurs salariés.

Lien avec les accidents du travail

Et l’alcool n’est pas seul concerné. Selon la mission interministérielle de lutte contre les drogues et les conduites addictives (Mildeca), en 2021,“chez les actifs occupés, 27 % des hommes et 23 % des femmes fumaient quotidiennement ; 20 % des hommes et 8 % des femmes avaient une consommation dangereuse d’alcool”.
Le mot-clef est ici “dangereuse”. C’est en effet, le danger entraîné par la consommation d’alcools et d’autres substances psychoactives qui justifie la mise en œuvre de politique de prévention portant sur des pratiques longtemps considérées comme relevant d’un choix personnel. “On s’est aperçu que certains accidents, dans nos entrepôts, avaient lieu sous l’emprise de psychotropes. Mais la thématique n’est pas évidente, puisqu’elle peut chambouler la vie d’une personne, souvent dans le déni”, témoigne Alexis Doussot, responsable santé au travail chez Lidl.

Pour une démarche globale

Toutefois, la consommation de substances psychoactives n’est pas seulement une cause des risques professionnels mais aussi un indice, voire une conséquence, de conditions de travail difficiles ou dégradées. “L’addiction, c’est la rencontre entre un produit, un individu et un environnement, souligne Valérie Saintoyant, déléguée de la Mildeca. L’environnement professionnel peut favoriser les consommations à risques.” Pour les experts, la lutte contre les addictions doit donc s’inscrire dans une politique globale d’amélioration des conditions de travail.

Pour aller plus loin https://www.inrs.fr/dms/inrs/CataloguePapier/ED/TI-ED-6500/ed6500.pdf

(1) Le Monde, 27/03/24

Prévenir les risques dans les métiers de la beauté

“Les absences consécutives à accident ou maladie sont une plaie pour notre secteur car, dans les métiers du soin et de la beauté, nos clientes créent des liens forts avec nos salariées et sont fort désappointées lorsqu’elles sont absentes. En fait, pour fidéliser sa clientèle, il faut fidéliser ses salariés !”
Jennifer, directrice d’un Institut de beauté

Salons de coiffure, instituts de beauté, salons de manucure… Associés à la beauté, à la détente et à la séduction, ces lieux de travail recèlent pourtant des risques professionnels non négligeables pour les personnes qui y travaillent. La publication d’un nouvel outil TutoPrev’ Accueil (1) dédié aux métiers de la beauté est l’occasion de rappeler que, dans ce secteur comme dans bien d’autres, santé, sécurité et conditions de travail constituent des facteurs déterminant de performance. Retour d’expérience avec Jennifer, directrice d’un institut de beauté.

“Lorsque mes clientes se rendent dans mon institut, c’est pour prendre soin d’elles, passer un moment détente, et se faire du bien. Du coup, on en viendrait presque à oublier que, comme tous les métiers, le nôtre comporte un certain nombre de risques qu’il faut bien sûr réduire le plus possible”, s’exclame Jennifer.

Prise de conscience collective

Âgée d’une petite cinquantaine d’années, cette dynamique patronne d’un institut de beauté de la région d’Aix-en-Provence tient à être exemplaire en termes de santé, sécurité et conditions de travail. “Lorsque j’ai débuté dans le métier, nous étions moins attentifs aux questions de santé et de sécurité professionnelle, mais il y a eu une vraie prise de conscience collective”, argumente-t-elle. Elle-même a eu le déclic il y a une dizaine d’années, lorsque, après avoir changé de fournisseur de produits de beauté, elle a développé une allergie cutanée carabinée… “Depuis, admet-elle, je suis beaucoup attentive aux produits, à leur manipulation et, au-delà, à la prévention de l’ensemble des risques de notre métier.”

Les risques variés des métiers de la beauté

Dans le secteur de la beauté, les fameux “risques du métier” sont en effet plus variés qu’on ne l’imagine généralement. Et leur coût est prohibitif pour les TPE-PME. Comme l’Assurance-Maladie, les accidents du travail et les maladies professionnelles causent, chaque année, la perte de quelque 220000 journées de travail dans le secteur de la coiffure et 40000 dans celui des soins esthétiques.

Les statistiques de la sinistralité permettent de cibler les risques professionnels les plus fréquents. Dans la coiffure, 40 % des accidents sont liés à l’utilisation des outils et 37 % résultent de chute, essentiellement de plainpied, tandis que les maladies professionnelles reconnues sont à 80 % des lombalgies et des troubles musculosquelettiques (TMS) et à 20 % des affections respiratoires et cutanées causées par les substances chimiques, notamment contenues dans les teintures. Selon l’Assurance-Maladie, les accidents dont sont victimes les professionnels du soin esthétiques résultent, quant à eux, à 50 % de chutes et à 40 % de manutentions manuelles. Et la durée moyenne des arrêts de travail est de 57 jours pour les accidents et 182 jours pour les maladies professionnelles !

Lutter contre l’effet ravageur de l’absentéisme

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Les principaux risques professionnels des métiers de la beauté

Les professionnels des métiers du de la beauté (coiffure, soins esthétiques, manucure) présentent un certain nombre de risques que les employeurs doivent identifier dans un document unique et prévenir en recourant à diverses actions : organisation du travail et des locaux, choix des produits et des instruments de travail, etc. Voici les principaux risques recensés par l’INRS et les moyens les plus aisés de les prévenir.


DOULEURS AUX DOS ET AUX MEMBRES SUPÉRIEURS. Les professionnels de la coiffure et des soins esthétiques sont exposés à des postures contraignantes, des gestes répétitifs et des rythmes de travail soutenus qui favorisent l’apparition de troubles musculosquelettiques et de lombalgies.

* Solutions. Équiper le salon avec du mobilier ergonomique : fauteuils, tabourets, bacs de lavage
et tables de soins réglables en hauteur. Mettre à disposition du personnel des outils (ciseaux, tondeuse, brosse, sèche-cheveux, etc.) légers, silencieux et faciles à manier. Permettre aux salariés de bouger régulièrement et de pouvoir varier leurs postures de travail.

ALLERGIES ET RISQUES CHIMIQUES. La préparation et l’application de produits cosmétiques, de diluants, de solvants et de colle exposent les différents professionnels de la beauté à des substances chimiques allergènes voire toxiques, tout particulièrement en cas d’exposition prolongée.
* Solutions. Former et informer vos salariés sur les risques liés aux produits utilisés et les modes opératoires préconisés par le fabricant tout en préférant les produits les moins toxiques lorsqu’ils existent. Créer des espaces dédiés à la manipulation de ces produits (avec hotte aspirante), Renouveler l’air ambiant pollué par de l’air frais. Mettre à disposition des salariés des matériels de protection individuelle (gants, masques, lunettes, etc.) et s’assurer qu’ils y recourent.

RISQUES BIOLOGIQUES. En cas de piqûre, coupure ou simplement de contact rapproché avec des clients porteurs d’agents pathogènes, les professionnels de la beauté risquent, tout particulièrement dans les métiers du soin esthétique, des contaminations par des agents biologiques : virus, bactéries, champignons.

* Solutions. Dans le soin esthétique, vérifier l’absence de lésions cutanées chez le patient et
autoriser les professionnels à refuser les soins s’ils en constatent. Nettoyer les postes de travail et
désinfecter soigneusement les instruments utilisés. Imposer des règles d’hygiène adaptées, éviter
les bijoux aux mains et aux poignets et les ongles longs. Lire la suite

Prévention des risques professionnels, amélioration des conditions de travail et performance globale de l’entreprise

La prévention des risques professionnels et l’amélioration des conditions de travail vont de pair et s’inscrivent tout à fait naturellement dans une même dynamique

Longtemps la question de la santé au travail a été régie par une approche centrée sur les risques. Il s’agissait avant tout, pour les entreprises, d’évaluer les risques générés par leur activité et ensuite de prendre des mesures visant à supprimer ce risque ou de le réduire lorsqu’il n’est pas possible d’en venir totalement à bout.
Cette façon de faire, centrée sur la recherche et l’élimination des risques réellement présents dans chaque entreprise, a fait ses preuves. On lui doit une part substantielle de la réduction du nombre des accidents du travail et de maladies professionnelles lors des 20 dernières années. Toutefois, elle tend aujourd’hui à être complétée par une seconde approche visant à ne pas seulement protéger la santé des collaborateurs, mais aussi à la promouvoir, ainsi que leur bien-être au travail.

Nouvelle vision de la prévention

L’essor de la notion de Qualité de vie au travail (QVT) et la quête du “bonheur au travail” traduisent une prise en compte de cette vision ambitieuse de la santé dans le domaine professionnel.
Cette évolution n’est pas neutre. “Elle modifie les représentations du rôle de l’employeur et de la nature des responsabilités qui lui incombent […]. Il est attendu de lui qu’il offre un environnement de travail qui non seulement préserve le travailleur des risques de son activité mais soit propice au développement de sa santé”, soulignent Emmanuelle Wurtz, avocate à la chambre sociale de la Cour de cassation, et Hervé Lanouzière, directeur de l’Institut national du travail, de l’emploi et de la formation professionnelle (Intefp), dans un récent ouvrage consacré à la santé au travail (1).

Volonté partagée de bien faire

Cette petite révolution est toutefois déjà à l’œuvre sur le terrain, notamment dans les TPE-PME que l’on dit pourtant souvent en retard par rapport aux plus grosses structures sur ces questions. Les initiatives prises, en la matière, par Jennifer, directrice d’un institut de beauté du midi de la France, que nous avons rencontrée pour préparer notre dossier sur la prévention des risques en témoignent. Pour cette patronne de TPE, la prévention des risques professionnels et l’amélioration des conditions de travail vont de pair et s’inscrivent tout à fait naturellement dans une même dynamique. de progrès global. Son témoignage est précieux car, comme elle l’explique très bien, “l’amélioration de la qualité de vie au travail des salariés entraîne une amélioration de l’ambiance au travail et de la qualité de service offerte aux clients. Et en retour, la satisfaction des clients vient nourrir le bonheur au travail des salariés. C’est vraiment un cercle vertueux”. De la sorte, elle démontre, en quelques mots simples et directs, une évidence trop souvent oubliée : l’amélioration des conditions de travail s’inscrit dans la volonté partagée des dirigeants et de leurs collaborateurs de bien faire leur travail.

(1) La Santé au travail. Droit et pratique, par Emmanuelle Wurtz et Hervé Lanouzière, Éditions Economica, juin 2023.

Passeport de prévention : report de l’ouverture de la déclaration des formations par les employeurs et les organismes de formation en 2025

Accessible depuis mai 2023 pour les travailleurs et les demandeurs d’emploi dans une version bêta, le Passeport de prévention sera mis à disposition des employeurs et des organismes de formation à partir de 2025 et non plus en 2024, comme initialement prévu.

Ce report de l’ouverture grand public permettra d’affiner plus précisément les besoins et attentes des futurs utilisateurs et de déployer des fonctionnalités y répondant.


Le Passeport de prévention : un outil pour la prévention des risques professionnels

Le Code du travail fixe les obligations des employeurs en matière de prévention des risques professionnels : parmi celles-ci, la formation à la sécurité.

Alors que la prévention des risques professionnels représente un enjeu majeur pour les acteurs du monde du travail (chaque jour, deux personnes meurent au travail et plus de 100 sont blessées gravement*), la formation en santé et sécurité au travail permet de réduire de manière significative les accidents du travail. C’est dans ce contexte que la loi du 2 août 2021 pour renforcer la prévention en santé au travail a créé le Passeport de prévention dans un nouvel article L. 4141-5 du Code du travail.

Cet outil est conçu pour faciliter la traçabilité du parcours de formation en santé et sécurité des travailleurs, et ainsi aider les employeurs à remplir leurs obligations. Le Passeport de prévention leur permettra notamment de :

  • Regrouper en un seul lieu sécurisé toutes les données concernant les formations et les justificatifs de réussite en santé et sécurité au travail ;
  • Faciliter le partage d’information de façon numérique entre employeurs, travailleurs et organismes de formation ;
  • Anticiper les péremptions et les mises à jour des formations, pour maintenir le niveau de compétences des travailleurs à jour, tout en évitant les formations redondantes.

Quelle nouvelle obligation pour les employeurs et les organismes de formation ?

L’article L. 4141-5 du Code du travail prévoit l’obligation pour les employeurs de déclarer les données relatives aux formations délivrées à leurs travailleurs en matière de santé et sécurité au travail (certifications, titres, diplômes, certificats, habilitations et attestations). Lorsque la formation a été confiée par l’employeur à un organisme de formation, c’est ce dernier qui doit effectuer la déclaration dans le Passeport de prévention. Lire la suite