Travail par fortes chaleurs – Tous les métiers désormais concernés

« Adapter les horaires afin de privilégier les heures les plus fraîches, reporter les tâches les plus physiques, augmenter la fréquence des pauses, limiter le travail isolé ou encore permettre aux salariés d’ajuster leur rythme de travail… ».
Longtemps associés au BTP, à l’agriculture ou aux espaces verts, les risques professionnels liés aux fortes chaleurs concernent désormais l’ensemble du monde du travail. Avec le réchauffement climatique, les épisodes de chaleur intense se multiplient, touchent tout le territoire et affectent aussi bien les salariés des bureaux que ceux du commerce, de la logistique ou de l’aide à la personne. Pour les employeurs, la prévention devient un enjeu transversal qui dépasse largement les seuls métiers exercés en extérieur.
Pendant longtemps, la prévention des risques liés à la chaleur s’est concentrée sur quelques professions particulièrement exposées au rayonnement solaire. Cette approche n’est plus suffisante. Les températures élevées s’invitent désormais partout : dans les ateliers, les entrepôts, les cuisines professionnelles, les véhicules de livraison et même les bureaux. La chaleur devient ainsi un risque professionnel transversal, susceptible d’affecter quasiment toutes les entreprises.
Cette évolution se reflète dans les nouvelles publications de l’INRS. Aux côtés des métiers traditionnellement concernés, l’Institut consacre désormais des guides spécifiques portant sur le travail de bureau, le commerce, la restauration, le transport et la logistique ou encore les activités d’aide à la personne. Le signal est clair : la prévention des fortes chaleurs concerne aujourd’hui tous les métiers et les employeurs.
Un risque bien réel pour la santé… et la sécurité
L’enjeu est d’importance car la chaleur ne provoque pas seulement un inconfort. Elle altère les capacités physiques et cognitives : baisse de vigilance, fatigue, difficultés de concentration, déshydratation ou malaises augmentent le risque d’accident, notamment lors de la conduite, de la manutention ou de l’utilisation de machines.
Dans les cas les plus graves, elle peut entraîner un épuisement thermique ou un coup de chaleur, une urgence médicale susceptible d’engager le pronostic vital. Les efforts physiques, le travail en extérieur, les locaux mal ventilés, l’humidité, le port d’équipements de protection ou certaines pathologies chroniques renforcent encore la vulnérabilité. Les femmes enceintes, les personnes en situation de handicap ou atteintes de maladies chroniques doivent faire l’objet d’une attention particulière.
À titre indicatif, l’INRS recommande une vigilance accrue à partir de 28 °C pour un travail physique et de 30 °C pour une activité de bureau, tout en rappelant que le risque dépend aussi de nombreux autres facteurs.
Anticiper avant la prochaine canicule
Comme tout risque professionnel, la chaleur se prévient avant l’arrivée des épisodes caniculaires. La première étape consiste à intégrer ce risque dans le document unique d’évaluation des risques professionnels (DUERP), en identifiant les situations exposantes : travaux physiques, exposition au soleil, locaux insuffisamment rafraîchis ou ayant eux-mêmes des sources de chaleur, manutentions, déplacements ou travail isolé.
Cette évaluation permet ensuite de définir les mesures de prévention adaptées. Les procédures d’alerte, l’organisation des secours et l’information des salariés doivent également être préparées en amont.
Agir sur l’organisation et l’environnement de travail
La prévention repose d’abord sur l’organisation. Adapter les horaires afin de privilégier les heures les plus fraîches, reporter les tâches les plus physiques, augmenter la fréquence des pauses, limiter le travail isolé ou encore permettre aux salariés d’ajuster leur rythme de travail constituent les principaux leviers d’action. L’INRS rappelle également l’importance de la période d’acclimatation : après un retour de congés, une absence prolongée ou une embauche récente, plusieurs jours sont nécessaires pour que l’organisme s’adapte à la chaleur.
Les mesures techniques sont tout aussi importantes : limiter les apports solaires, assurer le bon fonctionnement des systèmes de ventilation ou de climatisation, créer des zones d’ombre ou des espaces de repos rafraîchis, mettre de l’eau potable fraîche à proximité des postes de travail et prévoir, si nécessaire, des ventilateurs ou des brumisateurs lors des épisodes les plus intenses.
Des réponses adaptées à chaque activité
Les principes de prévention sont communs à toutes les entreprises, mais leur mise en œuvre doit tenir compte des contraintes propres à chaque métier. C’est tout l’intérêt des nouvelles fiches sectorielles publiées par l’INRS : elles montrent comment adapter les mêmes règles à des situations de travail très différentes.
* Dans les bureaux, la chaleur ne provient pas uniquement de l’extérieur. Les surfaces vitrées, les équipements informatiques, les imprimantes ou les serveurs peuvent rapidement dégrader le confort thermique. L’INRS recommande de limiter les apports solaires, de maintenir les systèmes de ventilation ou de climatisation, d’aménager des espaces de repos rafraîchis, de réduire les sources de chaleur internes et, lorsque cela est possible, de proposer de recourir ponctuellement au télétravail, mais pas de l’imposer, certains salariés ayant des logements encore moins adaptés au travail par fortes chaleurs.
* Dans le commerce et la restauration, les salariés subissent à la fois la chaleur extérieure et celle dégagée par les fours, plaques de cuisson ou autres équipements. La prévention passe notamment par une extraction d’air performante, le rafraîchissement des locaux et des terrasses, l’adaptation des horaires de livraison, une rotation des équipes et, si nécessaire, une réduction temporaire des cadences.
* Le transport et la logistique imposent d’autres adaptations : aménagement de zones d’ombre sur les quais, véhicules climatisés, tournées organisées aux heures les plus fraîches, recours aux aides mécaniques pour limiter les manutentions et réduction des efforts physiques pendant les pics de chaleur.
* Les ateliers et les sites de production industrielle cumulent également plusieurs facteurs de risque. Aux températures extérieures s’ajoute la chaleur dégagée par les machines, les procédés industriels ou le port d’équipements de protection individuelle, qui limitent les échanges thermiques. L’INRS recommande d’identifier les postes les plus contraignants, de renforcer la ventilation et le captage de la chaleur, de programmer les tâches les plus exigeantes aux heures les plus fraîches, de réduire temporairement les cadences lorsque la situation l’impose et de limiter autant que possible le port prolongé d’EPI particulièrement pénalisants en privilégiant, lorsque cela est possible, des modèles plus respirants et une rotation des tâches.
* Les métiers de l’aide à la personne nécessitent, quant à eux, une vigilance particulière lors des interventions à domicile. Les tournées peuvent être avancées en matinée, les tâches les plus physiques reportées lorsque cela est possible et les conditions thermiques du logement vérifiées dès l’arrivée afin de limiter l’exposition du professionnel comme de la personne accompagnée. Au-delà de ces exemples, une même exigence s’impose : adapter les mesures de prévention aux réalités du terrain plutôt que d’appliquer des solutions standardisées. Lire la suite →




