La Haute Autorité de Santé clarifie les règles de prévention des addictions en milieu professionnel

« La HAS invite les employeurs à intégrer ce risque dans le document unique d’évaluation des risques professionnels (DUERP), en tenant compte des facteurs professionnels susceptibles de favoriser les consommations… »

La Haute Autorité de Santé a publié des recommandations de bonnes pratiques consacrées à la prévention de la consommation de substances psychoactives en milieu professionnel. Un texte attendu, qui vient éclairer un sujet longtemps traité avec gêne par les entreprises, à la frontière de la santé, de la sécurité et de la vie privée des salariés.

Explosion des addictions

Ces recommandations, récemment analysées par les juristes des Éditions Tissot, sont d’autant plus bienvenues que les addictions progressent nettement dans la société française. Dans son édition de mai 2025, le magazine Prevenscope en faisait le triste constat : jamais les Français n’ont autant consommé de drogues. Plus d’un adulte sur deux a déjà expérimenté le cannabis, et la consommation de cocaïne a été multipliée par dix en trente ans. Et en entreprise, les signaux sont tout aussi préoccupants : 64 % des professionnels de santé interrogés estiment que l’alcool et le cannabis sont répandus au travail, et 5,29 % des salariés testés en 2025 se sont révélés positifs à l’alcool ou aux stupéfiants, soit plus du double qu’en 2017.
Pourtant, malgré ces chiffres, les employeurs restent souvent démunis. En effet, la consommation de substances psychoactives les met face à une difficulté majeure car elle relève à la fois de la santé et de la sécurité au travail, mais aussi de la sphère privée du salarié. Cette ambiguïté explique en partie le malaise persistant des entreprises lorsqu’il s’agit d’agir. En effet, comment prévenir ce risque sans porter atteinte aux libertés individuelles, voire violer l’intimité des salariés ?

Un risque professionnel à part entière

Les recommandations de la HAS viennent lever cette hésitation. Elles posent un principe clair : les conduites addictives doivent être considérées comme un risque professionnel à part entière. À ce titre, elles doivent être évaluées et prévenues, au même titre que les risques physiques ou psychosociaux.
Concrètement, la HAS invite les employeurs à intégrer ce risque dans le document unique d’évaluation des risques professionnels (DUERP), en tenant compte des facteurs professionnels susceptibles de favoriser les consommations : horaires atypiques, pénibilité, pression sur la performance, isolement, ou encore accessibilité aux substances sur le lieu de travail.
La HAS insiste aussi sur la prévention collective : information des salariés, formation de l’encadrement, clarification des règles internes, mais aussi capacité à repérer précocement les
situations à risque et à orienter les personnes concernées vers un accompagnement adapté, dans le strict respect du secret médical.

L’entreprise, acteur de santé publique

En filigrane, ces recommandations traduisent, une évolution de fond : l’entreprise n’est plus seulement tenue de prévenir les risques professionnels stricto sensu, c’est-à-dire ceux qui découlent directement du travail. Elle est de plus en plus considérée comme une sorte de partenaire de santé publique.

 Pour aller plus loin : “Consommation de substances psychoactives au travail : la Haute Autorité de Santé présente ses recommandations”, note d’analyse consultable sur www.editions-tissot.fr.

Faire face à l’essor des fragilités personnelles

« Parmi les salariés concernés, 64 % affirment que leurs difficultés personnelles affectent leur vie professionnelle ».

Le Baromètre 2025 des Fragilités des salariés publié par Malakoff Humanis confirme une tendance lourde : les fragilités personnelles ne sont plus des phénomènes rares, mais touchent désormais près de six salariés sur dix soit une hausse de 17 points depuis 2020 !

Des fragilités convergentes

Les cinq dernières années ont vu s’accroître tout particulièrement les difficultés liées à des souffrances psychologiques (21 % en hausse de 13 points depuis 2020), les situations d’isolement social (+ 10 points) ou d’addiction (+ 10 points), les difficultés financières (+ 9 points). Et des évolutions sociales lourdes vont encore aggraver ces fragilités, comme la hausse continue de la monoparentalité et le vieillissement de la population. Un salarié sur 5 est aujourd’hui aidant. Ils seront 1 sur 4 d’ici 2030 !

Pour Malakoff Humanis, face à l’explosion de ces difficultés, la célèbre formule selon laquelle « les problèmes personnels doivent rester à la porte de l’entreprise » ne tient plus car ces situations de fragilité bouleversent tous les aspects de la vie des personnes concernées et, notamment, leur travail. « Les fragilités se présentent rarement seules : elles s’additionnent et se renforcent mutuellement, qu’elles soient professionnelles ou personnelles », analyse Éric Bardin, manager de la Démarche accompagnement chez Malakoff Humanis.

L’enquête confirme cette convergence, entre fragilités personnelles et professionnelles. Parmi les salariés concernés, 64 % affirment que leurs difficultés personnelles affectent leur vie professionnelle. Pour ne prendre qu’un exemple, un salarié contraint de s’occuper d’un proche atteint d’une maladie grave aura d’autant plus de difficultés à concilier vie professionnelle et personnelle, ce qui l’expose davantage aux risques psychologiques… Si bien que 40 % des salariés déclarent être confrontés à plusieurs fragilités.

Les dirigeants n’ignorent pas du tout cette imbrication des difficultés et pointent les effets des fragilités sur l’engagement des salariés (52 %), la performance de l’entreprise (43 %), le climat et la cohésion sociale (41 %) et l’absentéisme (38 %). Preuve que les dirigeants ne détournent pas les yeux, 77 % d’entre eux se disent préoccupés par le phénomène et 67 % souhaitent être accompagnés pour mieux le comprendre et contribuer à le résoudre.

Comme le souligne Anne-Sophie Godon-Rensonnet, directrice de l’accompagnement social et la prévention en entreprises chez Malakoff Humanis, la tâche n’est cependant pas aisée : « Les entreprises se posent la question de la juste posture. Comment accompagner sans être intrusive ? Comment agir sans sortir de son rôle ? ». Cela n’a rien d’évident car nombre de salariés taisent les problèmes personnels auxquels ils font face, rendant plus difficile l’élaboration de solutions permettant de les épauler.

Rôle central de la prévention

Mais pour de nombreux experts en ressources humaines, le phénomène est devenu si massif que le traitement « au cas par cas » ne suffit plus. « Il ne s’agit pas seulement de répondre à une situation unique, mais d’agir sur un ensemble de facteurs entremêlés. Cela implique de ne plus penser les fragilités comme des cas bien définis. Tout l’enjeu est d’apprendre à gérer un ensemble de situations interconnectées, comme l’aidance et les difficultés à concilier l’équilibre entre pro et perso » explique Éric Bardin.

Une chose est sûre : toutes les politiques de l’entreprise devront être mobilisées et coordonnées pour faire face à ce phénomène et les démarches de prévention des risques y joueront un rôle central, comme d’ailleurs dans toutes actions visant à préserver et renforcer la qualité de vie et les conditions de travail.

Formez vos équipes aux risques d’addiction grâce au e-learning !

Pour répondre à leurs obligations légales en matière de prévention des addictions, les chefs d’entreprise disposent d’un outil simple et efficace

Le module Préven-Box – Addictions, proposé sous forme de formation 100 % digitale. Accessible en ligne à tout moment depuis un ordinateur ou un smartphone, il permet aux salariés d’acquérir les bases nécessaires pour comprendre et prévenir les pratiques addictives au travail. Le parcours aborde les causes possibles de ces comportements, aide à identifier les facteurs de risque et explique de manière concrète comment réagir face à une situation d’addiction en milieu professionnel. Chaque salarié suit la formation à son rythme et valide ses acquis grâce à un test final. La réussite de ce test donne lieu à la remise d’une attestation de formation, que l’employeur peut intégrer au Document unique d’évaluation des risques professionnels ou au Passeport Prévention du salarié. Pour les TPE et PME, cette formule présente de nombreux avantages : elle est simple à mettre en œuvre, financièrement accessible et déjà largement éprouvée, puisque plusieurs dizaines de milliers de salariés ont suivi une formation Préven-Box à ce jour.

Pour en savoir plus sur les Preven-box 

Drogue et alcool au travail : Des effets ravageurs sur la performance et la sécurité au travail

L’usage de substances psychoactives – qu’il s’agisse d’alcool, de tabac ou de cannabis – ne relève pas seulement de la sphère privée. Il a des conséquences directes sur le maintien dans l’emploi et sur la sécurité au travail.

Plusieurs études convergent : ces consommations fragilisent l’insertion professionnelle, favorisent les arrêts de travail et accroissent le risque d’accidents, parfois graves.

Chez les actifs, la consommation régulière accroît de façon significative le risque de perdre son emploi à court terme, indépendamment de l’âge, du sexe ou de l’état de santé. Les jeunes sont particulièrement vulnérables : l’usage hebdomadaire de cannabis ou une consommation d’alcool jugée « à risque » réduit leurs chances d’accéder à un premier poste. Une porte d’entrée vers l’exclusion professionnelle qui ne doit pas être sous-estimée.
Pour ceux déjà en activité, les effets se traduisent rapidement en absentéisme. Le cannabis est associé à une hausse de près de 60 % des arrêts de courte durée (jusqu’à une semaine) et d’environ 30 % pour les arrêts de durée moyenne (8 à 28 jours). Quant à l’alcool, ses effets sont encore plus préoccupants : une consommation hebdomadaire excessive multiplie par deux le risque d’accidents du travail graves. Ce risque grimpe encore – + 50 % – pour ceux qui connaissent un épisode d’alcoolisation ponctuelle importante au moins une fois par semaine.

Au-delà des enjeux de santé publique, ces données rappellent que prévenir et accompagner les usages de substances psychoactives relève donc autant de la responsabilité sociale de l’employeur que de la préservation du capital humain et de la performance collective.

Retrouvez cet article dans le numéro 462 de la revue d’information et d’analyse PREVENSCOPE : «La Prévention des Risques en Entreprise »

Explosion de la consommation de drogue – Les entreprises en première ligne

L’explosion du trafic et de la consommation de drogues illicites comme le cannabis, l’ecstasy ou encore la cocaïne devient un problème majeur de santé publique que les entreprises ne peuvent ignorer, de nombreux consommateurs de stupéfiants étant par ailleurs des travailleurs…

“La France est submergée par le narco trafic”, alerte un récent rapport du Sénat consacré à l’impact du narcotrafic en France (1). “Des zones rurales et des villes moyennes sont désormais touchées et plus aucun territoire, plus aucune catégorie sociale ne sont épargnés”, s’alarment les sénateurs. Ils auraient pu également ajouter que plus aucune entreprise n’est plus épargnée car, simultanément, l’Observatoire français des drogues et des tendances addictives (OFDT) relève, de son côté, que les Français n’ont jamais autant consommé de drogue (2).

Cannabis et drogues stimulantes

Sans surprise, la substance la plus consommée reste le cannabis. Alors qu’en 1992, seuls 12,7 % des Français avaient déjà expérimenté cette drogue, c’est le cas de plus de la moitié d’entre eux, le taux atteignant même 60 % chez les 25-44 ans !
En revanche, la proportion de consommateurs réguliers est restée stable à environ 11 % de la population (mais 22,9 % des 18-24 ans), ce qui est cependant considérable, tout comme le nombre de grands fumeurs (consommant au moins 10 joints par mois) qui représentent aujourd’hui 3,4 % de la population.
Le principal sujet de préoccupation concerne l’explosion de la consommation des drogues dites “stimulantes” comme la cocaïne et la MDMA, communément appelée “Ecstasy”. Entre 1992 et 2023, l’usage de cocaïne a été multiplié par dix, passant de 0,3 % à 2,7 %. Près d’un adulte sur dix (9,4 %) en a consommé au moins une fois au cours de sa vie, constate l’OFDT. Et depuis sa première mesure en 2000, l’usage de MDMA a également connu une augmentation exponentielle passant de 0,2 % à 1,8 % de consommateurs.

Toutes les entreprises concernées

Avec de tels niveaux de consommation, nul doute que les entreprises sont nécessairement concernées, tant il est très probable qu’elles compteront, un jour ou l’autre, dans leurs effectifs des salariés qui consomment épisodiquement ou régulièrement de la drogue. Une enquête réalisée en 2022 par l’INRS auprès de 1 245 médecins, infirmiers et psychologues exerçant au sein de services de santé au travail avait ainsi établi que quelque 7 % des salariés français avaient des problèmes d’addiction au cannabis (3).
Qu’elles le veuillent ou non, les entreprises sont donc amenées à considérer la consommation de drogue comme un risque professionnel à part entière et même à devenir des acteurs majeurs de la prévention des conduites addictives. Lire la suite