
« Eviter ou limiter le recours aux horaires atypiques lorsque c’est possible puis, lorsqu’ils sont indispensables, en évaluer précisément les risques et en réduire au maximum les effets néfastes… »
La société contemporaine ne vit plus selon un rythme commun. Dans un même foyer, les horaires professionnels peuvent ne jamais coïncider. Tandis que certains dorment, d’autres travaillent, se déplacent, font leurs achats ou se font livrer. Le travail, la famille, les loisirs et le repos occupent des plages de moins en moins nettement délimitées. Cette évolution résulte bien sûr de transformations profondes : multiplication des services continus, élargissement des horaires d’ouverture, développement du numérique et exigence d’une disponibilité presque permanente.
Jusqu’à 76 % des travailleurs concernés !
Un rapport d’expertise de l’Anses confirme l’ampleur du phénomène et souligne qu’il débouche sur une explosion des horaires de travail atypiques. Selon les critères retenus, entre 56 et 76 % des travailleurs français sont exposés à au moins une forme d’horaire atypique : « journée de plus de huit heures, semaine dépassant quarante heures, activité le week-end, prise de poste avant 8 heures, travail en soirée ou horaires fractionnés ». Et entre 18 et 31 % des actifs en cumulent même deux formes.
Or, cette mutation n’est pas anodine pour la santé. L’Anses établit que les horaires longs altèrent la qualité du sommeil et augmentent le risque de maladies cardiovasculaires et qu’ils sont des effets sur la santé métabolique et reproductive. De son côté, le travail le week-end réduit la sociabilité familiale et amicale, tandis que les prises de poste matinales favorisent la dette de sommeil. Et la fatigue qui en résulte peut diminuer la vigilance pendant le travail et lors des trajets.
Un sujet de prévention à part entière
Face à ce constat, l’Anses recommande aux employeurs de limiter le recours régulier aux horaires atypiques. Mais conscient qu’il s’agit probablement d’une évolution irréversible, il suggère aussi d’en faire un sujet de prévention à part entière. La première étape de cette démarche consiste bien sûr à recenser les horaires atypiques au sein du Document unique d’évaluation des risques professionnels (DUERP) en prenant en compte « leur fréquence, leur durée, leur prévisibilité, leurs cumuls et la nature des tâches réalisées ».
Enfin, dans un second temps, cette évaluation doit déboucher sur des mesures concrètes visant, selon l’Anses, « à éviter, autant que possible, les journées excessivement longues et les successions de postes défavorables, à stabiliser les plannings, à prévoir des pauses et des temps de récupération suffisants, ou encore à adapter la charge de travail aux périodes de moindre vigilance ».
Par ses recommandations, l’Anses rappelle ainsi le sens d’une prévention réaliste : prendre acte des évolutions de la société et des nécessités qu’elles imposent aux entreprises, tout en protégeant la santé des travailleurs. Cela signifie éviter ou limiter le recours aux horaires atypiques lorsque c’est possible puis, lorsqu’ils sont indispensables, en évaluer précisément les risques et en réduire au maximum les effets néfastes. Car si la désynchronisation des temps paraît durable, ses conséquences pour la santé des travailleurs ne sont pas une fatalité.
Pour aller plus loin : « Évaluation des effets des horaires atypiques de travail sur la santé et la vie sociale et familiale« , Anses, septembre 2026.
