Chariots élévateurs, pelles, chargeuses, compacteurs, tracteurs équipés d’un chargeur frontal… L’inspection du travail a prévenu que, depuis septembre 2026, elle mène une nouvelle campagne nationale sur l’utilisation de ces équipements.
Les entreprises ont intérêt à vérifier dès maintenant leurs documents, leurs engins et, surtout, que les mesures de prévention sont réellement appliquées sur le terrain.
La campagne lancée par l’Inspection du travail n’a rien d’un contrôle de routine. Les équipements mobiles et de levage sont en effet fréquemment impliqués dans les accidents graves ou mortels signalés par les agents de l’inspection du travail. La Direction générale du travail cite notamment le décès récent d’un stagiaire de 15 ans, victime du renversement d’un chariot automoteur qu’il conduisait sans formation préalable.
L’opération concernera tous les secteurs professionnels, de l’agriculture aux chantiers du BTP, mais aussi les entreprises de transport et de logistique. Elle portera sur les pelles et mini-pelles, les chargeuses et mini-chargeuses, les compacteurs, les chariots de levage à conducteur porté ainsi que les tracteurs munis d’un chargeur frontal. Les contrôles auront lieu de septembre à novembre 2026 ; les contre-visites et les suites données aux inspections pourront se poursuivre jusqu’en janvier 2027. Enfin, une attention renforcée sera accordée aux intérimaires et aux jeunes travailleurs.
Gare à l’absence de document unique et de mesures de prévention !
Les inspecteurs seront particulièrement attentifs au document unique d’évaluation des risques (DUERP) des entreprises contrôlées. Lors de la campagne précédente, menée en 2023-2024, ce document, pourtant obligatoire, étant absent ou non conformes dans plus de la moitié des entreprises visitées. Pour l’inspection du travail, disposer d’un document ne suffit pas : encore faut-il qu’il rende compte des situations auxquelles les salariés sont effectivement exposés.
L’employeur doit examiner les opérations réalisées avec chaque famille d’engins, mais aussi leur environnement : croisements avec les piétons, manœuvres et marches arrière, état et pente des sols, visibilité, stabilité des charges, etc. Les conditions particulières d’utilisation par des salariés débutants, intérimaires ou jeunes doivent également être prises en compte. Et de cette analyse doivent découler des mesures concrètes : choix d’un équipement adapté, organisation des circulations, balisage, règles de manœuvre, formation et encadrement.
Vérifications périodiques : regarder au-delà de la date
Les vérifications générales périodiques (VGP) constitueront un autre point central. Lors de la campagne précédente, 23 % des équipements contrôlés n’avaient pas fait l’objet d’une VGP. Le problème ne s’arrêtait pas aux contrôles manquants : 84 % des vérifications de chariots automoteurs étaient jugées incomplètes. Pour ces mêmes chariots, les observations du vérificateur n’avaient été prises en compte que partiellement dans 70 % des cas.
L’employeur doit donc dresser l’inventaire des appareils et accessoires utilisés, y compris ceux qui sont loués, puis vérifier pour chacun la périodicité applicable et la disponibilité du dernier rapport. Selon l’arrêté du 1er mars 2004, la vérification des appareils de levage est en principe annuelle, mais elle est notamment semestrielle pour les chariots élévateurs et d’autres appareils mobiles visés par le texte. Les accessoires de levage, tels que les élingues, sont soumis à une vérification annuelle. La nature de l’équipement et son usage déterminent les contrôles à réaliser : une échéance inscrite dans un tableau de suivi ne prouve pas, à elle seule, que la vérification a été complète.
Il faut surtout lire les rapports et traiter les anomalies signalées. Une observation laissée sans suite, ou une réparation impossible à retracer, révèle que la vérification n’a pas rempli sa fonction. L’entreprise doit pouvoir établir ce qui a été corrigé, quand et par qui, et s’assurer qu’un équipement dangereux n’est pas remis à la disposition des salariés. Les vérifications périodiques ne remplacent pas non plus les contrôles exigés lors de la mise ou de la remise en service, ni l’examen d’adéquation qui permet de s’assurer qu’un appareil de levage convient à l’opération prévue.
Circulation et conduite : les autres points de contrôle
Les agents examineront également la circulation des engins. En 2023-2024, les mesures de prévention n’étaient pas pleinement adaptées dans 64 % des situations contrôlées. Séparer les flux lorsque c’est possible, matérialiser les cheminements, sécuriser les zones de manœuvre et tenir compte de la visibilité sont autant de mesures permettant de réduire considérablement les risques d’accident.
La compétence des conducteurs sera aussi vérifiée. Pour les équipements concernés, l’employeur doit pouvoir justifier de leur formation, de l’attestation médicale requise, de leur connaissance des lieux et des consignes, puis de l’autorisation de conduite qu’il leur a délivrée. Dans le cas d’un intérimaire, cette autorisation relève de l’entreprise utilisatrice, après vérification des conditions nécessaires à sa délivrance. Quant à l’affectation de jeunes travailleurs à la conduite d’engins, elle obéit à des règles particulières qu’il convient d’examiner avant toute prise de poste.
Pour aller plus loin : “Campagne 2026 de l’inspection du travail. Les risques liés à l’utilisation des équipements de travail mobiles et de levage », Ministère du travail, septembre 2026.