« Pour les dirigeants de TPE et de PME, ce document offre aussi une occasion de prendre du recul sur leur propre démarche de prévention. Son message central est clair : la prévention ne peut se limiter au seul respect d’obligations réglementaires. Elle doit être intégrée pleinement dans le fonctionnement de l’entreprise dans une démarche proactive ».
Publié pour la période 2026-2030, le cinquième Plan santé au travail (PST5) constitue la nouvelle feuille de route nationale en matière de prévention des risques professionnels. Dépourvu de portée réglementaire, il ne crée aucune nouvelle obligation pour les entreprises mais mérite pourtant leur attention.
En définissant les priorités qui guideront l’action des pouvoirs publics et des organismes de prévention au cours des cinq prochaines années, il éclaire les évolutions de fond de la politique française de santé au travail et offre aux employeurs de précieuses pistes pour faire évoluer leur propre démarche de prévention. Plus qu’un nouveau plan, le PST5 confirme une transformation engagée depuis plusieurs années : faire de la prévention un véritable principe d’organisation de l’entreprise.
Depuis un quart de siècle, la politique française de santé au travail connaît une profonde évolution. Autrefois, elle était centrée sur la prévention des risques physiques les plus visibles : chutes de hauteur, machines, manutention manuelle, exposition aux agents chimiques, etc. Mais elle a progressivement élargi son champ d’action pour mieux prendre en compte les profondes transformations du monde du travail. Le PST5 confirme cette trajectoire en intégrant pleinement des évolutions telles que le vieillissement de la population, l’essor du numérique, le changement climatique, la santé mentale ou encore les nouvelles attentes des salariés en matière de conditions de travail.
Comme le résument les rédacteurs du plan, l’ambition est de « faire de la prévention un principe effectif d’organisation du travail ». Cette formule traduit une évolution importante : la prévention n’est plus pensée comme une succession d’obligations réglementaires ou de normes à respecter.
Elle tend à devenir un levier permanent d’organisation, de management et de performance durable des entreprises.
Une sinistralité qui évolue plus qu’elle ne recule
Cette évolution résulte aussi d’un constat : malgré les progrès enregistrés depuis plusieurs décennies des difficultés majeures persistent.
Grâce aux efforts des entreprises, à une réglementation plus protectrice, à l’amélioration des équipements de travail et à la tertiarisation progressive de l’économie, le nombre annuel d’accidents du travail a certes été divisé par deux depuis les années 1950 alors même que le nombre de salariés a doublé. Mais, en 2024, le régime général a néanmoins encore enregistré près de 550000 accidents du travail, auxquels s’ajoutent plus de 43000 accidents dans le régime agricole.
De surcroît, depuis la crise sanitaire, les maladies professionnelles poursuivent leur progression et la baisse des accidents du travail mortels semble avoir atteint un palier. En 2024, 824 salariés ont perdu la vie au travail. Pour les auteurs du plan, ces drames demeurent, dans de nombreux cas, évitables : défaut d’évaluation des risques, insuffisance de formation, manque d’information ou organisation du travail inadaptée.
Le diagnostic met également en évidence des inégalités persistantes face au risque professionnel. Ainsi, les jeunes et les nouveaux embauchés restent particulièrement vulnérables : plus de la moitié des décès de salariés de moins de 25 ans surviennent au cours de leur première année dans l’entreprise. De même, les travailleurs intérimaires, les personnes en situation de handicap et plusieurs métiers particulièrement accidentogènes demeurent également des publics prioritaires.
Faire de la prévention primaire le fil conducteur
Face à ces constats, le PST5 confirme une évolution engagée depuis plusieurs années : faire de la prévention primaire le principe directeur de la politique de santé au travail. Son objectif est simple : agir le plus en amont possible pour supprimer ou réduire les risques avant qu’ils ne provoquent un accident, une maladie professionnelle ou une situation d’usure.
Dans cette logique, le rôle central du Document unique d’évaluation des risques professionnels (DUERP) est réaffirmé. Le PST5 invite les entreprises à se l’approprier pleinement comme un véritable outil de pilotage. Un DUERP vivant ne consiste pas seulement à recenser les
risques existants. Il conduit à s’interroger régulièrement sur les évolutions de l’entreprise : acquisition d’un nouvel équipement, introduction d’un outil d’intelligence artificielle, réorganisation des équipes, épisodes de fortes chaleurs, évolution des procédés de fabrication ou vieillissement des effectifs peuvent tous conduire à réévaluer les risques et à adapter les mesures de prévention.
Le plan entend également développer une « culture partagée de la prévention ». Celle-ci ne se construit pas uniquement lors de la mise à jour du DUERP, mais au quotidien : accueil renforcé des nouveaux embauchés, implication des managers de proximité, remontée des situations dangereuses, analyse des incidents et des « presque-accidents », dialogue avec les salariés, développement des compétences en prévention… Autant de leviers qui doivent permettre d’ancrer durablement la prévention dans le fonctionnement de l’entreprise plutôt que de la limiter au respect des obligations réglementaires.
Trois priorités pour accompagner les transformations du travail
Cette nouvelle conception de la prévention irrigue l’ensemble du PST5. et débouche sur trois grandes priorités qui concernent directement les entreprises.
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Agir en priorité là où les accidents restent les plus graves
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