Juin 2026 – Altersécurité n°223

Éditorial – Absentéisme : contrôler les abus, prévenir les cause.

Dossier du mois – Plan santé au travail 2026-2030 -Faire de la prévention un principe d’organisation de l’entreprise.

Veille du mois Comment s’inspirer du PST5 dans son entreprise ?

Ressource du mois – Malaises mortels au travail – Former au secourisme peut sauver des vies !



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Absentéisme : contrôler les abus, prévenir les causes

« L’absentéisme n’est pas une fatalité : les différences parfois spectaculaires entre entreprises d’un même secteur prouvent qu’une politique de prévention cohérente, un management de qualité et une attention portée aux conditions de travail permettent d’en réduire durablement le niveau ».

Lédition 2026 de l’étude annuelle de Malakoff Humanis confirme ce que de nombreux employeurs constatent déjà : l’absentéisme n’est plus un phénomène conjoncturel (1). Il s’est installé à un niveau durablement élevé et difficilement soutenable pour les entreprises et le système de protection sociale.
Les chiffres sont alarmants. En 2025, près d’un salarié du secteur privé sur trois a connu au moins un arrêt de travail. Le taux d’absentéisme atteint 4,3 %, soit une hausse de 25,5 % depuis 2019. Plus préoccupant encore, les arrêts longs continuent de progresser : ils représentent 9,4 % des arrêts et près des deux tiers des journées d’absence. Signe inquiétant, les cadres sont à leur tour fortement concernés, leur taux d’absentéisme ayant bondi de 35,2 % depuis 2019. Quant aux troubles psychologiques, ils constituent désormais la première cause des arrêts de longue durée, représentant 37,8 % des arrêts de plus de trente jours.

Face à cette dérive, le gouvernement a présenté, en avril dernier, un plan destiné à reprendre le contrôle de la dépense liée aux arrêts maladie : renforcement des contrôles, encadrement des prescriptions, sanctions accrues contre la fraude (2). Rien que de très normal : il est en effet inacceptable que des comportements abusifs fragilisent un système de protection sociale financé par la solidarité nationale. L’enjeu financier est considérable : plus de neuf millions d’arrêts indemnisés ont été recensés en 2024, pour une dépense d’assurance maladie de 17,9 milliards d’euros, sans compter les coûts directs et indirects supportés par les entreprises.
Pour autant, croire que la lutte contre les abus permettra, à elle seule, d’enrayer la hausse des arrêts de travail serait une erreur. Les données montrent en effet que la hausse de l’absentéisme est largement alimentée par des causes objectives : vieillissement croissant de la population active, intensification du travail, usure professionnelle, difficultés managériales et exposition accrue aux risques psychosociaux. Lire la suite

Plan santé au travail 2026-2030 – Faire de la prévention un principe d’organisation de l’entreprise

« Pour les dirigeants de TPE et de PME, ce document offre aussi une occasion de prendre du recul sur leur propre démarche de prévention. Son message central est clair : la prévention ne peut se limiter au seul respect d’obligations réglementaires. Elle doit être intégrée pleinement dans le fonctionnement de l’entreprise dans une démarche proactive ».

Publié pour la période 2026-2030, le cinquième Plan santé au travail (PST5) constitue la nouvelle feuille de route nationale en matière de prévention des risques professionnels. Dépourvu de portée réglementaire, il ne crée aucune nouvelle obligation pour les entreprises mais mérite pourtant leur attention.
En définissant les priorités qui guideront l’action des pouvoirs publics et des organismes de prévention au cours des cinq prochaines années, il éclaire les évolutions de fond de la politique française de santé au travail et offre aux employeurs de précieuses pistes pour faire évoluer leur propre démarche de prévention. Plus qu’un nouveau plan, le PST5 confirme une transformation engagée depuis plusieurs années : faire de la prévention un véritable principe d’organisation de l’entreprise.

Depuis un quart de siècle, la politique française de santé au travail connaît une profonde évolution. Autrefois, elle était centrée sur la prévention des risques physiques les plus visibles : chutes de hauteur, machines, manutention manuelle, exposition aux agents chimiques, etc. Mais elle a progressivement élargi son champ d’action pour mieux prendre en compte les profondes transformations du monde du travail. Le PST5 confirme cette trajectoire en intégrant pleinement des évolutions telles que le vieillissement de la population, l’essor du numérique, le changement climatique, la santé mentale ou encore les nouvelles attentes des salariés en matière de conditions de travail.
Comme le résument les rédacteurs du plan, l’ambition est de « faire de la prévention un principe effectif d’organisation du travail ». Cette formule traduit une évolution importante : la prévention n’est plus pensée comme une succession d’obligations réglementaires ou de normes à respecter.
Elle tend à devenir un levier permanent d’organisation, de management et de performance durable des entreprises.

Une sinistralité qui évolue plus qu’elle ne recule

Cette évolution résulte aussi d’un constat : malgré les progrès enregistrés depuis plusieurs décennies des difficultés majeures persistent.
Grâce aux efforts des entreprises, à une réglementation plus protectrice, à l’amélioration des équipements de travail et à la tertiarisation progressive de l’économie, le nombre annuel d’accidents du travail a certes été divisé par deux depuis les années 1950 alors même que le nombre de salariés a doublé. Mais, en 2024, le régime général a néanmoins encore enregistré près de 550000 accidents du travail, auxquels s’ajoutent plus de 43000 accidents dans le régime agricole.
De surcroît, depuis la crise sanitaire, les maladies professionnelles poursuivent leur progression et la baisse des accidents du travail mortels semble avoir atteint un palier. En 2024, 824 salariés ont perdu la vie au travail. Pour les auteurs du plan, ces drames demeurent, dans de nombreux cas, évitables : défaut d’évaluation des risques, insuffisance de formation, manque d’information ou organisation du travail inadaptée.
Le diagnostic met également en évidence des inégalités persistantes face au risque professionnel. Ainsi, les jeunes et les nouveaux embauchés restent particulièrement vulnérables : plus de la moitié des décès de salariés de moins de 25 ans surviennent au cours de leur première année dans l’entreprise. De même, les travailleurs intérimaires, les personnes en situation de handicap et plusieurs métiers particulièrement accidentogènes demeurent également des publics prioritaires.

Faire de la prévention primaire le fil conducteur

Face à ces constats, le PST5 confirme une évolution engagée depuis plusieurs années : faire de la prévention primaire le principe directeur de la politique de santé au travail. Son objectif est simple : agir le plus en amont possible pour supprimer ou réduire les risques avant qu’ils ne provoquent un accident, une maladie professionnelle ou une situation d’usure.
Dans cette logique, le rôle central du Document unique d’évaluation des risques professionnels (DUERP) est réaffirmé. Le PST5 invite les entreprises à se l’approprier pleinement comme un véritable outil de pilotage. Un DUERP vivant ne consiste pas seulement à recenser les
risques existants. Il conduit à s’interroger régulièrement sur les évolutions de l’entreprise : acquisition d’un nouvel équipement, introduction d’un outil d’intelligence artificielle, réorganisation des équipes, épisodes de fortes chaleurs, évolution des procédés de fabrication ou vieillissement des effectifs peuvent tous conduire à réévaluer les risques et à adapter les mesures de prévention.
Le plan entend également développer une « culture partagée de la prévention ». Celle-ci ne se construit pas uniquement lors de la mise à jour du DUERP, mais au quotidien : accueil renforcé des nouveaux embauchés, implication des managers de proximité, remontée des situations dangereuses, analyse des incidents et des « presque-accidents », dialogue avec les salariés, développement des compétences en prévention… Autant de leviers qui doivent permettre d’ancrer durablement la prévention dans le fonctionnement de l’entreprise plutôt que de la limiter au respect des obligations réglementaires.

Trois priorités pour accompagner les transformations du travail

Cette nouvelle conception de la prévention irrigue l’ensemble du PST5. et débouche sur trois grandes priorités qui concernent directement les entreprises.

  1. Agir en priorité là où les accidents restent les plus graves

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Comment s’inspirer du PST5 dans son entreprise ?

Le Plan santé au travail 2026-2030 n’impose aucune nouvelle obligation aux entreprises. En revanche, il constitue une excellente grille de lecture pour faire évoluer sa démarche de prévention.

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Quelques questions peuvent utilement guider la réflexion :

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Mon DUERP reflète-t-il bien les évolutions de mon entreprise ?

Introduction de nouveaux équipements ou logiciels, recours à l’intelligence artificielle, évolution des procédés, réorganisation des équipes, vieillissement des effectifs ou exposition aux fortes chaleurs… Autant de changements qui peuvent justifier une actualisation de l’évaluation des risques.

Mes actions de prévention agissent-elles suffisamment en amont ?

Le PST5 rappelle que la priorité doit être donnée à la prévention primaire : supprimer ou réduire les risques avant qu’ils ne produisent leurs effets, plutôt que gérer uniquement leurs conséquences.

Certains publics méritent-ils une attention particulière ?

L’accueil des nouveaux embauchés, l’accompagnement des jeunes salariés, la prévention de l’usure professionnelle, la santé des femmes ou le maintien dans l’emploi peuvent constituer des axes de progrès dans de nombreuses entreprises.

Les nouveaux risques sont-ils pris en compte ?

Santé mentale, changement climatique, évolution des organisations du travail, transformations numériques… Le PST5 invite les entreprises à intégrer ces enjeux dans leur réflexion, même lorsqu’ils ne sont pas encore à l’origine d’accidents ou de difficultés identifiées.

Une véritable culture de prévention est-elle installée dans l’entreprise ?

Au-delà du respect des obligations réglementaires, le PST5 encourage les entreprises à développer une véritable culture de prévention, partagée par la direction, l’encadrement et les salariés. L’objectif est de faire de la prévention un réflexe collectif et un véritable outil de management et de pilotage de l’entreprise.

Malaises mortels au travail : former au secourisme peut sauver des vies !

« La grande majorité des accidents du travail mortels ne sont ni liés à une chute, ni à une machine, ni à un choc électrique mais à des « malaises » dépourvus de cause apparente ».

En 2024, sur les 760 décès accidentels reconnus en lien avec le travail, près de 60 % correspondent à un malaise mortel, généralement assimilé à une mort subite cardiaque.
Une étude de l’INRS permet de cerner le profil des victimes. Les hommes représentent 88 % des cas et l’âge médian est de 53 ans. Les conducteurs de poids lourds sont les plus touchés (15 %), devant les cadres et dirigeants (8 %). Enfin, 83 % des victimes exerçaient une activité habituelle au moment du malaise et 73 % étaient seules, sans être pour autant des travailleurs isolés au sens réglementaire.

Rôle déterminant des Secouristes sauveteurs du travail (SST)

L’analyse met aussi en évidence plusieurs facteurs susceptibles d’accroître le risque cardiovasculaire : les activités physiques soutenues, le travail de nuit et les horaires atypiques, l’exposition au froid ou à la chaleur, mais aussi les risques psychosociaux et la sédentarité.
Autant de facteurs sur lesquels les entreprises peuvent agir par des démarches de prévention.

Mais la prévention ne s’arrête pas à la réduction des facteurs de risque. Lorsqu’un arrêt cardiaque survient, les premières minutes sont déterminantes. C’est pourquoi l’INRS appelle les entreprises à former davantage de Sauveteurs secouristes du travail (SST). Présents au plus près des salariés, ils sont en mesure de reconnaître rapidement une urgence vitale, d’alerter les secours et de prodiguer les premiers gestes qui peuvent faire la différence avant l’arrivée des équipes médicales. Les SST sauvent des vies et constituent un maillon essentiel de la chaîne des secours.

Enfin, l’étude rappelle l’importance du suivi médical. La visite de mi-carrière, réalisée par les services de prévention et de santé au travail, constitue un moment privilégié pour évaluer le risque cardiovasculaire et informer les salariés des symptômes qui doivent les alerter.
De nombreuses victimes avaient en effet ressenti, dans les heures ou les jours précédant le malaise, des signes précurseurs qu’ils n’ont pas pris suffisamment au sérieux.
Toutes les morts subites ne peuvent être évitées, mais une entreprise qui agit sur les facteurs de risque, organise efficacement les secours et dispose d’un nombre suffisant de Sauveteurs secouristes du travail met toutes les chances de son côté pour sauver des vies.

(1) Malaises mortels au travail : analyse de la base Epicea et pistes de prévention in Références en santé au travail, n°186, juin 2026.