Le poids croissant des risques chroniques et organisationnels

« La hausse des maladies professionnelles, portée par les TMS et les affections psychiques, confirme l’importance croissante des risques chroniques et organisationnels dont les effets ne se manifestent qu’après une exposition durable ».

La Caisse nationale de l’Assurance Maladie (Cnam) a publié, en janvier dernier, sa synthèse des données de sinistralité pour l’année 2024. Les chiffres confirment une dynamique désormais bien installée : une légère décrue des accidents du travail, une stabilité des accidents de trajet et, en revanche, une hausse marquée des maladies professionnelles.

Baisse modérée des accidents

En 2024, 549614 accidents du travail ont été reconnus, soit une diminution de 1,1 % par rapport à 2023. Les activités de la santé, du nettoyage et du travail temporaire concentrent à elles seules 29 % des accidents du travail. Elles sont suivies par l’alimentation (17 %), le transport (16 %) et le BTP (14 %). Du point de vue des causes, les manutentions manuelles demeurent le premier facteur de risque, représentant environ la moitié des accidents. Les chutes de plain-pied ou de hauteur arrivent ensuite, avec près de 30 % des cas.

La mortalité professionnelle reste à un niveau élevé. En 2024, 764 accidents du travail mortels ont été reconnus. Près de six décès sur dix sont consécutifs à des malaises, tandis que 13 % résultent d’accidents routiers. Les secteurs du transport et du BTP demeurent particulièrement exposés, représentant respectivement 24 % et 20 % des décès.

Les accidents de trajet atteignent 94 654 cas en 2024, en légère hausse de 0,7 %. Ils ont entraîné 318 décès, dont 70 % sont d’origine routière. La perte de contrôle d’un moyen de transport demeure la cause principale, à l’origine de 56 % des accidents de trajet, tandis que les chutes en représentent 26 %. Les mobilités dites « douces » enregistrent une légère baisse, les accidents impliquant un vélo ou une trottinette représentant 7,6 % des cas, contre 9,2 % l’année précédente.

Hausse des maladies professionnelles

Le fait marquant de l’année 2024 est la progression des maladies professionnelles. Leur nombre atteint 50 598 cas reconnus, soit une hausse de 6,7 % par rapport à 2023 et un niveau inédit depuis dix ans.

Les troubles musculosquelettiques (TMS) restent de loin la première pathologie reconnue, avec 44 723 cas, en augmentation de 6,6 %. Les affections psychiques liées au travail s’élèvent à 1 805 cas, en hausse de 9 % sur un an. Leur nombre a plus que doublé depuis 2020. De surcroît, au-delà des seules maladies professionnelles, près de 29 000 accidents du travail reconnus en 2024 ont lien avec des affections psychiques ou des risques psychosociaux, soit plus de 5 % des accidents du travail.

Ne pas se focaliser sur les seuls accidents visibles

La hausse des maladies professionnelles, portée par les TMS et les affections psychiques, confirme l’importance croissante des risques chroniques et organisationnels dont les effets
ne se manifestent qu’après une exposition durable.

Pour les acteurs de la prévention, l’enjeu est donc de ne pas se focaliser sur la seule réduction des accidents « visibles » mais de maîtriser aussi les facteurs de risques diffus durables, dont l’impact humain et financier ne cesse de croître. Cette évolution est ainsi une incitation à agir davantage sur les facteurs de pénibilité et à prévenir les risques de façon globale avec une volonté affirmée d’améliorer la qualité de vie et les conditions de travail.

Pour aller plus loin : L’Essentiel 2024 – Santé et sécurité au travail, Assurance Maladie – Risques professionnels, janvier 2026.

Sédentarité au travail – Un “risque invisible” à mieux prévenir

« Il a été décrit un risque accru de développer de l’obésité, un diabète de type 2 ou des pathologies cardiovasculaires avec l’augmentation du temps d’exposition aux postures sédentaires ».

Contrairement à une idée reçue, travailler assis bien calé dans un fauteuil confortable n’est pas du tout sans risque. Les données scientifiques s’accumulent et convergent : l’inactivité physique et la sédentarité constituent un « tsunami sociétal », selon les termes du cardiologue François Carré. Pour caractériser les effets de ce fléau, les Britanniques ont forgé une formule choc, « sitting is the new smoking », qui assimile la nocivité de la posture assise à celle du tabagisme. Mais comme le souligne une récente étude, les travailleurs français sont, hélas, loin d’être épargnés par ce risque invisible mais ravageur.

71% des travailleurs français estiment que leur routine professionnelle contribue à un mode de vie trop statique. C’est l’un des enseignements du « Baromètre Santé au travail 2026 », réalisé par l’institut YouGov pour Wellpass afin de sensibiliser les entreprises au danger de la sédentarité.

Un essor sans précédent de la sédentarité

Ce chiffre fait écho à une transformation profonde du travail contemporain. Non seulement, un nombre croissant d’actifs travaillent dans le tertiaire, mais de nombreux métiers autrefois réputés physiques, notamment dans l’industrie, se pratiquent désormais par la médiation d’écrans d’ordinateurs, de tablettes voire de smartphones. Si bien que les postures sédentaires sont de plus en plus courantes dans tous les secteurs professionnels.
Et lorsque les tâches sont accomplies en posture assise, elles le sont généralement très longuement. « Les professionnels dont le métier impose majoritairement ces postures sédentaires y sont confrontés, en moyenne, pendant plus de 6 heures par jour », précise Laurent Kerangueven, expert à l’INRS.
Et l’essor du télétravail n’a évidemment rien arrangé puisque, plusieurs jours par semaine, certains salariés n’ont même plus à quitter leur domicile. Seuls quelques mètres séparent leur chambre à coucher de leur poste de travail. Cette sédentarité « intégrée » à la structure du travail est ainsi devenue progressivement un risque chronique.

 Des effets délétères sur la santé

Or, l’impact négatif des postures sédentaires prolongées sur la santé des travailleurs est désormais bien documenté. « Les personnes les plus exposées aux postures sédentaires, en comparaison de celles qui l’étaient le moins, présentent une augmentation du taux de mortalité toutes causes confondues et, notamment, du taux de mortalité cardiovasculaire. Des études épidémiologiques mettent en évidence des liens entre l’exposition aux postures sédentaires et
la survenue de certaines formes de cancer. Par ailleurs, il a été décrit un risque accru de développer de l’obésité, un diabète de type 2 ou des pathologies cardiovasculaires avec l’augmentation du temps d’exposition aux postures sédentaires
», avertit l’INRS.
Et ce n’est pas tout : plusieurs études ont en effet révélé une association entre postures sédentaires et troubles musculosquelettiques (TMS), notamment des lombalgies ou encore des effets néfastes sur la santé mentale. L’étude YouGov pour Wellpass rappelle ainsi que le mouvement régule le cortisol, l’hormone du stress, si bien que l’immobilité favorise l’accumulation de stress. La fatigue mentale déclarée, dans cette étude, par plus d’un salarié sur deux en France ne peut être dissociée d’un corps insuffisamment mobilisé car « l’activité physique régulière améliore la récupération cognitive, réduit le stress et favorise la qualité du sommeil ».

Un risque professionnel, à évaluer et prévenir

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Les “pauses dynamiques”, antidote à la sédentarité

« Sur le plan physique, ces micro-interruptions favorisent la circulation sanguine, limitent les tensions musculaires et contribuent à prévenir les troubles musculo-squelettiques ».

Face à l’augmentation des postures assises prolongées, l’étude de Wellness suggère aux entreprises d’adopter et promouvoir les pauses dynamiques.

Une pause dynamique consiste à interrompre brièvement l’activité professionnelle – généralement pendant deux à cinq minutes – afin de rompre l’immobilité. Il peut s’agir de se lever, marcher quelques pas, réaliser des étirements légers, mobiliser les épaules ou le dos, changer de posture ou tenir une courte réunion debout.

L’objectif n’est ni sportif ni intensif : il s’agit avant tout de relancer le mouvement et d’éviter le maintien prolongé d’une posture statique.

Les bénéfices sont multiples. Sur le plan physique, ces micro-interruptions favorisent la circulation sanguine, limitent les tensions musculaires et contribuent à prévenir les troubles musculo-squelettiques. Elles participent également à la réduction du risque cardiovasculaire associé à la sédentarité prolongée. Sur le plan cognitif, elles améliorent la vigilance, la concentration et la récupération mentale. En rompant la monotonie posturale, elles réduisent la fatigue et soutiennent la performance sur la durée.

Contrairement à une idée reçue, la pratique d’un sport en dehors du travail ne compense pas les effets d’une immobilité prolongée en journée. Les pauses dynamiques relèvent pleinement de la prévention des risques professionnels.

Leur mise en place ne doit toutefois pas se limiter à une recommandation ponctuelle. Elle s’inscrit dans une politique globale de prévention, intégrée à l’organisation du travail et soutenue par le management. Encourager les réunions debout, instaurer des rappels réguliers de mobilité, aménager des espaces favorisant l’alternance des postures ou valoriser ces pratiques dans la culture d’entreprise sont autant de signaux forts.

Promouvoir les pauses dynamiques, c’est reconnaître que la santé physique et la performance durable reposent aussi sur la capacité collective à réintroduire le mouvement dans le quotidien professionnel.

Jeunes travailleurs – Des conditions de travail spécifiques

Selon une récente étude de la Dares sur les conditions de travail, les jeunes salariés de moins de 30 ans (soit 3,8 millions d’actifs et 15 % des salariés) cumulent des expositions spécifiques aux risques professionnels, au-delà des seules questions de chômage ou de précarité.

Insécurité professionnelle et contraintes physiques

Trois dimensions ressortent nettement en défaveur des jeunes : l’insécurité professionnelle, les contraintes physiques et le manque d’autonomie. L’écart le plus marqué concerne l’insécurité professionnelle : le score moyen des moins de 30 ans dépasse de 0,9 point celui des 30-49 ans. Cette insécurité renvoie notamment à des contrats plus précaires et à une plus forte incertitude sur l’avenir professionnel.

Sur le terrain de la pénibilité physique, les jeunes déclarent davantage de gestes douloureux, de stations debout prolongées, de ports de charges lourdes ou de contacts avec des produits dangereux. L’effet catégorie socioprofessionnelle est ici déterminant : le score de contraintes physiques atteint 6,2 chez les jeunes ouvriers, contre 4,0 pour les employés et seulement 0,8 pour les cadres.
Le manque d’autonomie constitue le troisième point de vigilance. Les jeunes appliquent plus strictement des consignes, disposent de marges de manœuvre réduites et subissent davantage de contrôles et de rythmes contraints par des délais très courts. Là encore, ces écarts persistent à diplôme et catégorie équivalents.

Pour une prévention précoce

À l’inverse, les jeunes apparaissent moins exposés à certains risques psychosociaux
comme les conflits de valeurs, les rapports sociaux dégradés ou l’absence de reconnaissance. Pour les auteurs, cette situation plus favorable s’explique en grande partie par leur moindre ancienneté, qui les place encore dans des trajectoires d’intégration et de mobilité.
Pour les professionnels de la prévention et les employeurs, ces résultats invitent à agir précocement sur les risques frappant plus fortement les jeunes salariés afin que la pénibilité des premières années ne compromette durablement la santé et la trajectoire professionnelle de nouvelles générations appelées à effectuer des carrières plus longues que celles de leurs aînés.

Pour aller plus loin : L’étude “Quelles sont les spécificités des conditions de travail des jeunes salariés ?”, est librement téléchargeable sur le site de la Dares : www.dares.travail-emploi.gouv.fr