COURRIELS & RÉUNIONS – Premiers vecteurs de l’infobésité

Le courriel s’est progressivement transformé en messagerie instantanée déguisée, nourrissant une urgence permanente très préjudiciable à la qualité du travail et source de stress pour les membres de l’entreprise.

Le Référentiel 2025 de l’Observatoire de l’Infobésité et de la Collaboration Numérique (OICN) est formel : l’infobésité ne cesse de s’intensifier dans les organisations françaises. En analysant les millions de métadonnées contenues dans les outils numériques de 17000 travailleurs français, cette étude met en lumière deux grands responsables : le courriel et la réunion, dont l’usage massif structure désormais la charge cognitive des travailleurs.

Si le courriel continue de saturer les journées, la réunion explose littéralement, au point de devenir le premier facteur d’infobésité. Ensemble, ces deux pratiques captent une part croissante du temps, de l’attention et de l’énergie des collaborateurs, managers et dirigeants.

COURRIELS : un flux permanent devenu ingérable

Le « Portrait-robot de l’email » publié par l’OICN dresse un tableau saisissant : chaque semaine, les collaborateurs reçoivent, chacun, en moyenne 115 courriels et en envoient 29, quand les managers montent à 243 reçus et 61 envoyés, et les dirigeants à 390 reçus et 98 envoyés. Cela représente une charge considérable : les dirigeants consacreraient désormais plus de 11heures hebdomadaires au traitement de leurs messages !

Un système d’information interne hypertrophié

Dans toutes les strates hiérarchiques, l’essentiel du trafic de courriels est interne :

  • 78 % des courriels envoyés proviennent de l’organisation elle-même,
  • 55 % des courriels reçus par les collaborateurs viennent de l’interne.

Cette proportion atteint 59 % chez les dirigeants et 63 % chez les managers.

Autrement dit, l’infobésité est avant tout autogénérée.

Copies multiples, “emails parapluie” et hypertrophie des destinataires

La culture de la copie amplifie encore le phénomène :

  • 22 % des courriels sont envoyés en copie,
  • 2 % sont des « courriels parapluie » envoyés à plus de cinq personnes en copie pour un seul destinataire principal,
  • et 15 % comptent davantage de spectateurs (copie) que d’acteurs (destinataires principaux).

Les courriels comportent en moyenne 2,6 destinataires, mais certains messages adressés à plus de 10 personnes génèrent 20 % du volume total de courriels.

Un canal de communication qui sature le temps de travail

Le courriel pénètre désormais les espaces hors travail :

  • 14 % des courriels des collaborateurs sont envoyés hors 9 h–18 h,
  • 31 % des soirées et 46 % des week-ends des dirigeants sont reconnectés.
  • 61 % des dirigeants, 21 % des managers et 4 % des collaborateurs se reconnectent entre 50 et 150 soirs par an.
  • 23 % de collaborateurs se reconnectent de 10 à 50 soirs par an.

Une réactivité attendue qui contribue à plus de pression :

51 à 56 % des réponses sont envoyées en moins d’une heure, et près d’un collaborateur sur dix répond en moins de 5 minutes plus de 35 % du temps.

La conséquence est claire : le courriel, pensé comme un outil asynchrone, s’est progressivement transformé en messagerie instantanée déguisée, nourrissant une urgence permanente très préjudiciable à la qualité du travail et source de stress pour les membres de l’entreprise.

Retrouvez cet article dans le numéro 465 de la revue d’information et d’analyse PREVENSCOPE : «La Prévention des Risques en Entreprise ».

Réunions : une passion totalement hors de contrôle

Si le traitement des courriels prend de plus en plus de temps, la passion contemporaine pour la réunion est devenue littéralement dévorante.

Après examen des agendas électroniques des 17 000 travailleurs inclus dans l’enquête, le Référentiel 2025 de l’OICN révèle que s’ils participaient vraiment à toutes les réunions auxquelles ils ont été invités – ce qui n’est heureusement pas le cas – les collaborateurs y passeraient 10h27 par semaine, les managers 22h54, et les dirigeants 37h36 !

Une véritable “réunionite” structurelle

Les membres de l’entreprise consacrent de plus en plus de temps aux réunions.

  • Les dirigeants endurent, chaque année, 41 « journées de tunnels de réunions » comportant au moins six heures consacrées aux réunions. De leur côté, les managers en connaissent 20, et les collaborateurs 9.
  • La durée moyenne d’une réunion est de 1h34, mais une part importante s’étendent sur de larges plages horaires : 23 % des réunions durent plus de 3 heures, 16 % de 2 heures à 3 heures, 47 % d’une à 2 heures et seulement 14 % moins d’une heure.
  • 27 % du temps consacré par les collaborateurs aux réunions provient de réunions d’une durée de 3 à 8 heures.

Un système saturé où les invitations ne sont souvent même plus traitées

Preuve que le recours aux réunions outrepasse largement la capacité des invités à y participer :

  • 40 % des invitations reçoivent une réponse positive,
  • 3 % reçoivent une réponse négative,
  • mais 38 % ne reçoivent aucune réponse !

Des réunions mal ciblées et organisées

Le manque de régulation va de pair avec une prolifération de réunions probablement mal ciblées où certains participants peinent à s’impliquer :

  • 20 % des réunions de dirigeants comptent plus de 50 participants.
  • 17 % des courriels sont envoyés pendant des réunions.
  • 19 % des réunions acceptées se chevauchent.
  • 17 % des réunions sont organisées le jour même, relavant ainsi du « hacking d’agenda ».

Retrouvez cet article dans le numéro 465 de la revue d’information et d’analyse PREVENSCOPE : «La Prévention des Risques en Entreprise ».