Octobre 2025 – Altersécurité n°215

Éditorial – Transition numérique – Il faut faire rimer IA et conditions de travail.

Dossier du mois – Intelligence artificielle et conditions de travail – Levier de progrès et facteur de risques.

Ressource du mois – Notions essentielles de la prévention des risques – INRS et PREVEN-BOX : des formations digitales sur les principaux risques professionnels.



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Transition numérique – Il faut faire rimer IA et conditions de travail

« 66 % des salariés de PME déclarent que leur entreprise les incite à suivre une formation à l’IA contre seulement 25 % des employés de grandes entreprises »

Une récente étude OpinionWay pour Cegid met en lumière la relation ambivalente des employés de bureau français à l’intelligence artificielle. En effet, si l’IA s’impose désormais dans la plupart des bureaux européens, la France se distingue à la fois par une adoption plus prudente et par un engagement notable de ses PME, en avance sur bien des grandes entreprises.

Les salariés français réservés face à l’IA

Selon l’enquête, 58 % des salariés de bureau en France déclarent avoir déjà utilisé une IA dans leur travail, contre 73 % en Espagne et 66 % en Allemagne. Près d’un quart des salariés français (23 %) s’en désintéresse totalement, proportion deux fois supérieure à celle observée au Portugal.
Ce moindre usage s’accompagne d’un rapport plus méfiant : 31 % évoquent d’abord de l’inquiétude et seuls 44 % de la curiosité, quand la confiance et l’enthousiasme dominent chez leurs voisins. Cette prudence, souligne le rapport, traduit une « méfiance culturelle» plus ancrée en France qu’ailleurs.

Les PME françaises en avance

En revanche, alors que dans les autres pays européens, le déploiement de l’IA reste très corrélé à la taille des structures, les PME françaises se montrent particulièrement dynamiques. 73 % des salariés de PME affirment que leur entreprise les encourage à utiliser l’IA alors que ce n’est, par exemple, le cas que pour 32 % des salariés du secteur public. Leur mobilisation dépasse même celle des grandes entreprises nationales. De même, 66 % des salariés de PME déclarent que leur entreprise les incite à suivre une formation à l’IA contre seulement 25 % des employés de grandes entreprises. Ces données contredisent donc l’idée reçue selon laquelle seules les grandes structures auraient les moyens d’adopter ces technologies.

Répondre au “stress technologique”

Si les PME progressent, le rapport souligne toutefois la persistance d’un pessimisme marqué. Un salarié français sur deux estime que l’IA rendra certains métiers obsolètes, et 38 % craignent une déshumanisation du travail. L’enjeu est donc d’accompagner cette transition pour éviter qu’elle ne devienne source d’anxiété. Cela suppose d’associer les salariés aux choix technologiques, de montrer les bénéfices concrets de l’IA en matière de réduction de la pénibilité, de prévention des risques ou de gestion de la charge mentale, tout en maîtrisant les nouveaux risques liés à son usage : dépendance, perte de sens, surcharge cognitive, etc.
Selon l’étude de la Cegid, l’adoption de l’IA par les salariés dépendra pour une large part de la capacité des entreprises à faire en sorte que cette révolution technologique renforce leur bien-être professionnel.

(1) “L’adoption de l’intelligence artificielle par les salariés de bureau, consultable sur
www.opinion-way.com/fr

Corée du Sud : l’IA mobilisée pour sécuriser les petits et moyens chantiers

« Le système permet l’identification précoce des facteurs de risque et facilite des interventions rapides pour prévenir les accidents »

« Le gouvernement métropolitain de Séoul a mis en place, dès 2021, un système intelligent de gestion de la sécurité pour améliorer la SST sur les petits et moyens chantiers. Cette initiative utilise l’IA, des capteurs « internet des objets » et la surveillance en temps réel pour détecter des dangers potentiels comme des risques structurels ou le non-respect des protocoles de sécurité par les travailleurs, et pour envoyer des alertes immédiates aux superviseurs. Le système permet l’identification précoce des facteurs de risque et facilite des interventions rapides pour prévenir les accidents, en particulier dans les environnements à haut risque. Il intègre aussi des données pour l’analyse des tendances, contribuant ainsi à améliorer la planification de la sécurité à long terme. En s’appuyant sur ces technologies, la ville entend également réduire les accidents et améliorer la supervision de la sécurité, en particulier sur les sites faisant généralement l’objet d’une moindre attention sur le plan réglementaire. »

Rapport “Révolutionner la santé et la sécurité : le rôle de l’IA et de la numérisation au travail, Organisation internationale du travail, 2025

Intelligence artificielle et conditions de travail – Levier de progrès et facteur de risques

Nul ne peut encore l’ignorer : la numérisation et l’intelligence artificielle sont en train de modifier en profondeur la façon dont nous travaillons, dans tous les secteurs. Et comme les précédentes révolutions technologiques, celle-ci va bien entendu avoir de profondes conséquences sur les conditions de travail.


L’Organisation internationale du Travail (OIT) a récemment consacré un rapport à l’évaluation de l’impact de la numérisation et de l’intelligence artificielle (IA) sur la santé et la sécurité au travail. Selon les auteurs, les technologies numériques – capteurs, robotique, plateformes, réalité virtuelle ou gestion algorithmique – peuvent sauver des vies et améliorer les conditions de travail. Mais ils comportent aussi de nouveaux risques auxquels les entreprises, doivent se préparer, y compris les TPE et PME.

Des promesses concrètes pour la prévention

À rebours de tout techno-pessimisme, l’OIT y voit d’abord un levier de progrès sans équivalent : “Les systèmes et outils reposant  sur  l’IA  renforcent  la  sécurité  au  travail  en  identifiant  les  dangers,  en  surveillant  les conditions  environnementales  et  en  prédisant  les défaillances d’équipements.
Les technologies numériques permettent tout d’abord d’éloigner les salariés des environnements à haut risque : mines, chantiers, ateliers exposés à la chaleur ou aux produits chimiques. L’automatisation des tâches dites « 3D » – dégradantes, dangereuses ou dégoûtantes – réduit en effet l’exposition à de nombreux risques et facteurs de pénibilité : bras robotisés pour la soudure, drones pour le déminage ou la pulvérisation de pesticides, exosquelettes pour le travail de force. Dans le secteur hospitalier, des robots peuvent assurer la désinfection, transporter les patients ou même réaliser des prélèvements, limitant ainsi l’exposition du personnel soignant aux risques infectieux.
Autre exemple : les systèmes prédictifs de maintenance pilotés par IA préviennent les pannes d’équipement avant qu’elles ne provoquent un accident. Or, contrairement à une idée reçue, ces innovations ne se cantonnent plus à l’industrie lourde : elles gagnent la logistique, l’agriculture, les services, via des solutions de plus en plus abordables. Même dans de modestes TPE, des robots ou logiciels intelligents prennent en charge les tâches répétitives, laissant aux humains les activités plus qualifiées, décisionnelles ou créatives.

Surveillance intelligente : un nouveau champ d’action

L’OIT analyse aussi la révolution que représente la surveillance numérique intelligente. Capteurs, objets connectés, dispositifs portables, drones et vidéos analysées par l’IA permettent aujourd’hui de suivre en temps réel les conditions de travail et les risques auxquels sont exposés des salariés. Ces systèmes peuvent, par exemple, suivre en temps réel les niveaux de bruit, la qualité de l’air ou encore la fatigue des travailleurs.
Casques connectés, vêtements intelligents, gants détecteurs de substances chimiques, montres mesurant le stress ou la température corporelle : ces outils génèrent un flux continu de données sur l’exposition au risque, l’effort et la vigilance. Les entreprises pionnières, notamment dans la construction ou la logistique, y recourent déjà pour anticiper et prévenir les accidents : une alerte se déclenche en cas de posture dangereuse, de chaleur excessive ou de signes d’épuisement (voir encadré).

L’IA comme outil prédictif et collaboratif

Au-delà de la détection, l’intelligence artificielle devient un véritable outil de prévention prédictive. En croisant les données issues des capteurs, des historiques d’accidents et des profils de postes, les algorithmes identifient les combinaisons à risque et suggèrent des mesures adaptées.
L’OIT cite l’exemple d’un grand réseau de travail temporaire européen ayant développé un outil d’IA “capable d’analyser plus de 30 facteurs de risquepour prévenir les accidents parmi les intérimaires. Résultat : des formations personnalisées et une intégration plus sûre sur les sites.
Des applications similaires se développent dans le transport, la logistique ou le bâtiment : les caméras embarquées avec IA analysent la vigilance des conducteurs et émettent des alertes dès les premiers signes de somnolence ou d’inattention. Ces solutions, déjà accessibles pour des flottes modestes, illustrent la démocratisation rapide de la prévention intelligente.

De nouveaux risques à maîtriser

Mais cette révolution numérique n’est pas sans contreparties. L’OIT appelle à “gérer  avec  soin  les  risquesémergents  liés aux technologies numériques:

  • défaillances techniques ou comportements imprévisibles de robots, problèmes ergonomiques liés à des exosquelettes mal adaptés ;
  • risques psychosociaux dus à la surveillance continue, à l’intensification du travail ou au sentiment de perte d’autonomie ;
  • inégalités accrues entre salariés qualifiés et non qualifiés, ou selon le genre, du fait de dispositifs conçus sans prise en compte des différences morphologiques.

Le rapport souligne aussi le risque de “stress technologique”, conséquence directe de la vitesse d’évolution des outils : obligation d’apprendre en continu, crainte de la panne ou du remplacement, surcharge cognitive liée à la supervision de systèmes automatisés.
Enfin, l’OIT rappelle que l’effacement des frontières entre vie privée et vie professionnelle, notamment avec le télétravail et la connectivité permanente, fait peser de nouvelles tensions sur l’équilibre psychologique des salariés. Lire la suite

PREVEN-BOX : des formations digitales sur les principaux risques professionnels

Pôle Prévention propose neuf modules 100 % digitaux, conçus pour renforcer la culture de prévention des collaborateurs :

  • Risques routiers – Combattre la première cause de décès au travail. Le module permet la sensibilisation des employés grâce à une approche concrète du risque routier en milieu professionnel et des préconisations de prévention.
  • Équipements de Protection Individuelle (EPI) – Adopter le premier geste de prévention au quotidien. Le module propose des mises en situation nécessitant l’usage des différents EPI et un tutoriel pratique consacré à leur utilisation.
  • Manutentions manuelles – Prévenir les troubles musculosquelettiques (TMS), principale maladie professionnelle. Le module rappelle les gestes et postures à adopter pour éviter la survenue de TMS liés au port de charge.
  • Addictions – Comprendre et prévenir les pratiques addictives au travail. Le module décrypte les causes des addictions et apprend à identifier les facteurs de risque. Il explique aussi comment réagir face à une addiction en milieu professionnel.
  • Équipement de manutentions mécaniques – Repérer les risques associés à l’utilisation des équipements. Le module permet d’acquérir les réflexes utiles à la maîtrise du matériel et de ses accessoires. Il précise aussi le cadre réglementaire et les responsabilités de chacun.
  • Travail sur écran – Identifier et prévenir les risques liés au travail sur écran. Ce module permet de prendre conscience des risques du travail sur écran et de les identifier. Grâce à des mises en situation concrètes, le module permet d’analyser ses situations de travail sur écran et d’adopter des réflexes facilement activables.
  • Risques chimiques – Se protéger d’une exposition, souvent sous-estimée aux agents chimiques dangereux. Ce module permet prendre conscience de son exposition en repérant les situations dangereuses et en sachant décrypter étiquettes, FDS et les pictogrammes pour organiser son activité en toute sécurité.
  • Consignes d’urgence – Adopter les réactions adéquates en tant que 1er témoin. Ce module permet de faire le premier P.A.S. (Protéger, Alerter, Secourir) afin de préserver sa santé, sa sécurité et celles des autres en cas d’incendie, d’évacuation ou d’accident. Nous sommes tous concernés : employeur/employé, accidenté et témoin.
  • Bruit – Jouer à Décibels pour devenir incollable sur le bruit ! Grâce à son plateau de jeu et à la richesse des activités proposées, ce module permet de prendre conscience de son exposition pour passer à l’action. Au programme : interview, cas pratiques, repères sur les protecteurs auditifs…

Chaque module est suivi d’un test et délivre une attestation. Accessible 24h/24 sur ordinateur, tablette ou smartphone, cette solution flexible et peu onéreuse est particulièrement bien adaptée aux dirigeants et salariés de TPE/PME.

Pour aller plus loin : www.pole-prevention.com

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