32,3 % des salariés subissent au moins trois contraintes de rythme telles que, par exemple, “la cadence d’une machine, les demandes exigeant une réponse immédiate ou un contrôle informatisé”

Une récente étude du ministère du Travail décrit l’exposition des salariés du privé aux risques professionnels depuis 20 ans. Les données recueillies démontrent que les efforts accomplis par les entreprises en matière de prévention portent leur fruit. En dévoilant de grandes tendances, cette étude incite aussi à redoubler vigilance face à des risques en croissance tels que les risques biologiques ou les risques psychosociaux. Voici un panorama de ses principaux enseignements.

Stabilisation des contraintes horaires

Depuis la baisse intervenue suite aux lois Aubry, les durées longues de travail sont restées stables : 17,7 des salariés – mais 44 % des cadres – affirment travailler plus de 40 heures par semaine. De même, malgré l’assouplissement réglementaire intervenu en 2015, le travail dominical ou les jours fériés progresse peu : il concerne 33,6 % des salariés contre 30,2 % en 2003.

Hausse des déplacements routiers

Plus d’un quart (26 %) des salariés doit conduire sur la voie publique dans le cadre de leur travail, contre 22,9 % 20 ans plus tôt. Cependant, l’étude souligne que “cette part diminue de 11 points chez les cadres, probablement en lien avec un remplacement de la mobilité physique par l’utilisation des technologies de communication.”

Exposition aux produits chimiques : évolution contrastée selon les secteurs

L’exposition aux produits chimiques reste globalement stable : elle concerne 32,2 % des salariés en 2017 contre 33,8 % en 1994. Toutefois, des baisses significatives sont enregistrées dans l’industrie (-6 points) et surtout dans l’agriculture (-15 points), probablement en raison “d’une prise de conscience des conséquences de l’utilisation des pesticides pour la santé des agriculteurs”. En revanche, “dans le secteur des services, le pourcentage de salariés exposés augmente, de 25 % en 1994 à 29 % en 2017 ; le développement important de professions comme agents de nettoyage et aides à domicile, aides ménagères, travailleuses familiales peut expliquer cette évolution”.

Augmentation des nuisances sonores

Près d’un tiers (32 %) des salariés est exposé à des nuisances sonores ponctuelles ou régulières contre 27,4 % en 1994. Les ouvriers qualifiés sont les plus exposés en 2017 (68 % contre 48 % en 1994).

Plus grande conscience du risque biologique

Quelque 19 % des salariés sont concernés par le risque biologique soit près de deux fois plus qu’en 1994. Toutefois, pour les experts de la Dares, “cette augmentation s’explique en partie par un meilleur repérage des risques biologiques par les professionnels de santé, mais aussi par la professionnalisation des métiers – par exemple dans les services à la personne ou dans l’agriculture – qui confère une plus grande sensibilisation des salariés à ces risques”.

Fort niveau d’intensité du travail

32,3 % des salariés subissent au moins trois contraintes de rythme telles que, par exemple, “la cadence d’une machine, les demandes exigeant une réponse immédiate ou un contrôle informatisé”.

Ils étaient 28,3 % dans ce cas en 1994.Signe de l’impact de la technologie sur l’organisation des entreprises, le suivi des salariés par la hiérarchie recule (de 28,4 % de salariés concernés en 1994 à 24,9 % en 2017) tandis que le suivi informatisé passe de 14,5 % à 32,1 %.

Enfin, signe de la difficulté des entreprises à faire face à un environnement instable, 57,8 %  des  salariés  affirment “devoir fréquemment interrompre une tâche pour en faire une autre non prévue”, contre 46,2 % vingt ans auparavant.

Recul de l’autonomie

“Facteur essentiel des risques psychosociaux”, le manque d’autonomie connaît une aggravation significative : “En 2017, 42 % des salariés ne peuvent pas faire varier  les  délais  fixés,  contre  35 %  en 2003. Les catégories socioprofessionnelles les plus exposées connaissent la plus forte hausse : employés  administratifs  (+10 points), ouvriers non qualifiés (+9 points) et qualifiés (+8 points).”

Forte réduction des comportements hostiles

Preuve d’une amélioration des pratiques managériales, 15 % des salariés déclarent “subir des comportements hostiles sur leur lieu de travail” contre 22 % en 2010.  Cette évolution concerne aussi bien les “comportements méprisants” (-5 points) que le “déni de reconnaissance” (-4  points).  Elle  se  vérifie  dans  toutes les catégories socioprofessionnelles et secteurs d’activité.

Diminution de la manutention manuelle

Si 35 % des salariés sont encore exposés à la manutention manuelle de charge, ils ne sont plus que 4,7 % à l’être pendant 20 heures ou plus par semaine contre 7 % en 1994.Comme le précise la Dares, cette évolution positive s’explique par le recours à des solutions techniques permettant de soulager les travailleurs : “Les aides mécanisées de plus en plus adaptées aux tâches à réaliser, contribuent largement à cette diminution.”

Recul du travail répétitif

Seuls 16,1 % des salariés sont encore exposés à la répétition d’un même geste ou d’une série de gestes à cadence élevée. Selon la Dares, ce recul “peut être rattaché aux évolutions technologiques et organisationnelles, ainsi que par un contexte réglementaire prenant en compte ce facteur de risque professionnel”