“Les mesures anti-canicules peuvent être contradictoires avec les mesures barrière destinées à maîtriser l’épidémie de Covid-19. Sur les lieux de travail, des arbitrages devront être réalisés par les employeurs.”

Si les entreprises sont généralement bien rodées à la prévention des risques liés aux fortes chaleurs d’été, cette année elles devront également compter avec les risques de contaminations induits par la pandémie de Covid-19. Si bien que de nombreuses mesures de protection contre la chaleur doivent impérativement être adaptées à ce nouveau contexte. Voici une mise à jour des actions à entreprendre pour concilier la prévention des risques liés aux fortes chaleurs avec les précautions requises pour éviter la propagation du virus.

1.Évaluer les risques liés à la chaleur en intégrant le paramètre Covid-19

“Les risques professionnels induits par les conditions climatiques et leur prévention doivent être pris en compte dans votre document unique et l’organisation du travail doit être adaptée en conséquence”, rappelle l’INRS. Traditionnellement, cette évaluation repose sur la prise en compte de trois facteurs de risques :

Les facteurs climatiques. La météo est bien sûr le premier élément à prendre en compte. La chaleur peut constituer un risque pour la santé des travailleurs au-delà de 30 °C pour une activité de bureau et de 28 °C pour un travail physique.

Les facteurs à la nature du travail accompli. L’exécution de tâches physiques pénibles, l’accentuation de l’exposition à la chaleur par un travail extérieur, en plein soleil, à proximité de sources de chaleur ou dans une ambiance humide constituent, par exemple, des facteurs aggravants.

Les facteurs liés aux personnes. Certaines caractéristiques individuelles peuvent majorer les risques. Les effets de la chaleur sont plus importants sur les personnes âgées de plus de 55 ans, les femmes enceintes et les individus atteints d’obésité. Enfin, la chaleur est d’autant plus difficile à supporter lors des huit à douze premiers jours d’exposition à celle-ci.

ADAPTATION COVID-19

À ces facteurs de risques traditionnels, il conviendra d’adjoindre ceux qui peuvent résulter des mesures prises pour lutter contre les risques de contamination à la Covid­19. Ainsi, pour ne prendre qu’un exemple, le port du masque, nécessaire à certains postes de travail, rend bien plus difficile l’adaptation de l’organisme à la chaleur. Ce facteur devra donc être intégré dans l’évaluation des risques et pris en compte dans les mesures de prévention comme il l’était précédemment pour les autres équipements de protection individuelle (EPI) mal adaptés à la chaleur.

2. Adapter l’organisation du travail aux fortes chaleurs

Les risques liés à la chaleur peuvent être considérablement réduits par une adaptation de l’organisation du travail. Parmi les mesures recommandées par l’INRS, la plupart sont parfaitement compatibles avec le contexte sanitaire :

  • Limiter si possible le temps d’exposition des salariés au soleil ou prévoir une rotation des tâches, lorsque des postes moins exposés en donnent la possibilité.
  • Aménager les horaires de travail, afin de bénéficier au mieux des heures les moins chaudes de la journée.
  • Augmenter la fréquence des pauses et, en extérieur, adapter leur durée à la température.
  • Modifier  voire  mécaniser  certaines  tâches, lorsque c’est possible.
  • Permettre aux salariés d’adapter leur rythme de travail et notamment de prendre des pauses de leur propre initiative s’ils en ressentent la nécessité physique.
  • Limiter ou reporter autant que possible le travail physique pour éviter la production de chaleur par l’organisme.

Prendre en compte la période d’acclimatation au minimum de 7 jours d’exposition régulière à la chaleur. Être d’autant plus vigilant si le salarié revient de vacances, d’un congé de maladie ou encore s’il intervient en tant qu’intérimaire ou nouvel embauché.

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Seule la mesure consistant à “éviter le travail isolé et privilégier le travail d’équipe, permettant une surveillance mutuelle des salariés” pose problème. En effet, il conviendra de s’assurer que cet aménagement du travail ne contrevient pas à l’indispensable maintien de la distanciation physique entre les travailleurs et qu’elle n’aboutit pas à renforcer exagérément le nombre de personnes présentes dans un lieu clos et exigu.

3. Aménager les postes de travail pour limiter la chaleur et ses effets

C’est incontestablement le chapitre le plus problématique. En effet, la plupart des mesures traditionnellement recommandées par l’INRS pour aménager les postes de travail par temps de forte chaleur sont remises en cause par la nécessité de limiter le risque de contamination par la Covid­19. C’est notamment le cas du recours à la climatisation, aux ventilateurs et de la mise à disposition d’eau fraîche.

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Climatisation. Alors que celle-ci était vivement encouragée, l’INRS recommande désormais de “privilégier l’aération des locaux de travail” car “les apports d’air neuf (provenant de l’extérieur) permettent la dilution des virus éventuellement présents dans les locaux et doivent donc être privilégiés. Ces apports sont effectués par la ventilation mécanique, si possible sans recyclage d’air, ou par l’ouverture des fenêtres pendant les heures les moins chaudes de la journée, voire la nuit. ”La climatisation n’est toutefois pas entièrement proscrite. On peut en effet y recourir lorsqu’elle est “indispensable pour assurer des conditions de travail acceptables”. Dans ce cas, l’INRS apporte les précisions suivantes : “Les débits de soufflages doivent être limités de façon à ce que les vitesses d’air au niveau des personnes restent faibles. Les vitesses d’air peuvent être considérées comme faibles lorsque les personnes présentes dans un local ne ressentent pas de courant d’air, ce qui correspond à une vitesse d’environ 0,4 m/s. Enfin, “l’entretien des installations de ventilation et de climatisation doit être assuré régulièrement conformément aux prescriptions de leurs fournisseurs”.

Ventilateurs. Ils ne posent pas moins problème que la climatisation. En effet, “ils produisent des vitesses d’air élevées qui peuvent transporter des contaminants sur des distances importantes. Il convient donc d’éviter leur utilisation autant qu’il est possible dans les locaux occupés par plus d’une personne. Dans tous les cas, l’utilisation de ventilateurs de grande taille, par exemple situés au plafond, est à proscrire, ceux-ci produisant des flux d’air importants et difficiles à maîtriser. Si l’utilisation de ventilateurs individuels s’avère malgré tout indispensable pour maintenir des conditions de travail acceptables en cas de fortes chaleurs, une réduction de la vitesse de l’air et une implantation limitant la dispersion de l’air sur plusieurs personnes sont recommandées.”

Mise à disposition d’eau fraîche. Cette mesure reste tout à fait d’actualité mais selon des modalités renouvelées. En effet, alors que l’eau pouvait être mise à disposition via un robinet d’eau potable ou de fontaines à eau réfrigérée, ces moyens représentent des vecteurs de contamination. L’employeur veillera donc à mettre à disposition de ses salariés de l’eau minérale en bouteilles individuelles scellées.

4.Informer et sensibiliser les salariés sur les bons réflexes à adopter

Lors de périodes de fortes chaleurs, les employeurs doivent aussi informer les salariés sur les risques qu’elles impliquent et sur les comportements individuels qui permettent de s’en prémunir. S’agissant de ceux-ci, l’INRS insiste sur la nécessité d’inciter les salariés à :

  • porter des vêtements amples, de couleur claire favorisant l’évaporation de la sueur,
  • se protéger la tête et les yeux contre le soleil en cas de travail en extérieur,
  • boire régulièrement de l’eau sans attendre la sensation de soif,
  • éviter les repas copieux, les boissons alcoolisées ou riches en caféine,
  • éteindre le matériel électrique non utilisé (imprimante, lampe…) de façon à éliminer toute source de chaleur supplémentaire.

L’INRS incite également à former les salariés à la reconnaissance des signes précurseurs des “coups de chaleur” et aux premiers gestes à accomplir lorsqu’un collègue en est victime.

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Il convient aussi d’informer les salariés sur les changements apportés cette année aux mesures habituellement prises par l’organisation pour se protéger contre la chaleur et des arbitrages de façon à prendre en compte le risque de contamination par la Covid­A19. Il s’agit notamment de bien informer l’ensemble des salariés des règles nouvelles relatives à l’utilisation de la climatisation, des ventilateurs, etc.

“Coup de chaleur” : les réflexes qui sauvent !

Maux de tête, étourdissements, fatigue, peau sèche et chaude, désorientation, agitation, perte de conscience… Ce sont les symptômes d’un coup de chaleur pouvant entraîner le décès de celui qui en est victime. Si vous les constatez chez un collègue, la conduite à tenir consiste à :

  • Alerter les secours : Samu (15) ou Pompiers (18).
  • Amener la victime dans un endroit frais et bien aéré.
  • Déshabiller la victime ou desserrer ses vêtements.

Arroser la victime ou placer des linges humides sur la plus grande surface corporelle possible, en incluant la tête et la nuque, pour faire baisser sa température corporelle.

Si la victime est consciente, lui faire boire de l’eau fraîche.

Si la victime est inconsciente, la mettre en position latérale de sécurité.

ADAPTATION COVID-19

Si la victime est consciente, il convient de l’inciter à réaliser elle-même les gestes nécessaires de façon à maintenir la distanciation sociale requise. Dans le cas contraire, il faut que la personne lui portant secours s’équipe d’un masque et de gants.