Travail sur écran : un impact sur la santé

Fiche pratique – Travail sur écran

Les ordinateurs sont devenus des outils incontournables de notre environnement de travail et des millions de salariés utilisent l’informatique. Pourtant, travailler intensivement devant un écran de visualisation peut engendrer des troubles de la santé tels que fatigue visuelle, stress et troubles musculosquelettiques (TMS). Le nombre de cas de TMS reconnus comme maladies professionnelles s’élevait, par exemple, en 2012 à 46 537. Au moins 5% d’entre eux seraient attribuables au travail sur écran. Il est néanmoins possible de limiter ces troubles.

REGLEMENTATION

Le Code du travail, dans ses articles R. 4542-1 à R. 4542-19, fixe les règles particulières de prévention des risques liés au travail sur des postes munis d’écrans. Ces articles définissent les exigences d’ergonomie pour l’organisation temporelle du travail : le logiciel, l’affichage, le clavier, la table et les équipements de bureau. De son côté, la circulaire DRT n°91-18 du 4 novembre 1991 apporte des précisions sur les dispositions liées notamment sur les temps de pause, les conditions d’ambiance et les caractéristiques de l’équipement.

Interruptions périodiques du travail sur écran : « Après analyse des conditions de travail et évaluation des risques de tous les postes comportant un écran de visualisation, l’employeur prend les mesures appropriées pour remédier aux risques constatés » (article R. 4542-3). « L’employeur organise l’activité du travailleur de telle sorte que son temps quotidien de travail sur écran soit périodiquement interrompu par des pauses ou par des changements d’activité réduisant la charge de travail sur écran » (article R. 4542-4).

Information et formation des salariés : « L’employeur assure l’information et la formation des travailleurs sur les modalités d’utilisation de l’écran et de l’équipement de travail dans lequel cet écran est intégré. Chaque travailleur en bénéficie avant sa première affectation à un travail sur écran et chaque fois que l’organisation du poste de travail est modifiée de manière substantielle » (article R. 4542-16).

Suivi médical : « Un salarié ne peut être affecté à des travaux sur écran de visualisation que s’il a fait l’objet d’un examen préalable et approprié des yeux et de la vue par le médecin du travail. Cet examen est renouvelé à intervalles réguliers et lors des visites médicales périodiques » (article R. 4542-17). « L’employeur fait examiner par le médecin du travail tout travailleur se plaignant de troubles pouvant être dus au travail sur écran de visualisation. Si les résultats des examens médicaux le rendent nécessaire, un examen ophtalmologique est pratiqué » (article R. 4542-18). « Si les résultats de la surveillance médicales rendent nécessaire une correction et si les dispositifs de correction normaux ne peuvent être utilisés, les travailleurs sur écran de visualisation reçoivent des dispositifs de correction spéciaux en rapport avec le travail concerné. Ces dispositifs ne peuvent entraîner aucune charge financière additionnelle pour les travailleurs » (article R. 4542-19).

Normes : Une norme internationale intitulée « Exigences ergonomiques pour travail de bureau avec terminaux à écrans de visualisation » (ISO 9241) est publiée par l’Association française de normalisation (AFNOR) sous l’indice de classement X35-122. Elle concerne l’affichage, l’environnement et l’aménagement du poste, les dispositifs d’entrée et l’ergonomie du logiciel. Une norme française NF X 35-102 est dédiée à la conception ergonomique des espaces de travail en bureau, en fixant les surfaces minimales pour les salariés.

EN PRATIQUE

L’évaluation des risques dans le document unique d’évaluation des risques (DUER) doit prendre en compte le risque lié au travail sur écran pour le personnel exposé. En effet, le risque professionnel peut être défini comme la probabilité de rencontre d’une personne avec un danger (produit, substance, situation) susceptible d’entraîner des dommages plus ou moins importants pour la santé.

Ainsi, dans un cadre d’activité où le salarié travaille sur un écran, la situation de travail peut aboutir à des dommages tels que : fatigue visuelle, TMS, stress, etc.

En effet, généralement, l’opérateur s’adapte à son poste informatique et non l’inverse. Les contraintes liées à la taille de la personne ou sa position derrière le bureau ne sont pas prises en compte. Les douleurs, en particulier musculo-squelettiques, sont donc courantes chez les personnes travaillant devant un ordinateur. Il en va de même pour l’éclairage, rarement adapté à la position de l’utilisateur devant l’écran et aux contraintes liées à la luminosité de l’environnement de travail.

Il est néanmoins possible de limiter ces troubles, en intervenant directement sur l’organisation du travail, l’affichage de l’écran, l’implantation et l’aménagement du poste de travail, les dispositifs d’entrée (clavier, souris…) et les logiciels.

REPÈRES MÉTHODOLOGIQUES

Dans le cadre du travail sur écran, certains critères doivent être pris en compte pour limiter les risques d’apparition de TMS :

> Poste de travail

Les pieds doivent être en contact à plat, avec le sol (utiliser un repose-pieds dans le cas contraire). Le dos doit être droit ou légèrement penché en arrière et soutenu par le dossier. Quant aux bras, l’ouverture au niveau des coudes doit former un angle droit ou légèrement obtus.

Le choix du fauteuil doit être fait en fonction des critères suivants :

  • dossier et assise réglables,
  • accoudoirs réglables en hauteur ou, par défaut, courbés vers l’avant,
  • profondeur de l’assise permettant au salarié d’appuyer le bas de son dos sans que le bord avant du fauteuil n’exerce de pression derrière les genoux,
  • rembourrage ferme offrant un bon appui,
  • tissu de revêtement poreux permettant une circulation de l’air.

Si le salarié surveille des écrans haut placés, un appuie-nuque est nécessaire.

Concernant le plan de travail, le choix d’un mobilier permettant d’alterner entre travail assis et travail debout doit être aussi privilégié.

> Ecran

Le haut du moniteur doit se situer au niveau des yeux. Toutefois, dans le cas où le salarié porte des verres progressifs, l’écran doit être à moitié encastré dans la table, dans la mesure du possible.

Pour les salariés qui travaillent sur un micro-ordinateur portable, il existe des systèmes de rehausseurs permettant de placer le haut de l’écran à hauteur des yeux, du type plan incliné sur lequel est posé le clavier. Un clavier standard doit alors être connecté au portable pour préserver des conditions optimales de frappe.

Lorsque le salarié travaille simultanément sur deux écrans, il convient de placer face à lui celui qu’il consulte ou utilise le plus souvent. Si tel n’est pas le cas, les deux écrans sont placés symétriquement par rapport au salarié. Dans tous les cas, les écrans doivent être accolés et leur polarité d’affichage devra être identique.

Il est également préférable de placer les écrans perpendiculairement aux fenêtres. Si, malgré tout, les salariés ont le soleil dans les yeux ou sur leur écran au cours de la journée, il faut équiper les fenêtres de rideaux ou de stores. Privilégier ceux à lamelles horizontales qui permettent de renvoyer plus ou moins de lumière vers le plafond. En outre, tout luminaire placé au-dessus du poste de travail doit être éteint.

Pour le travail sur écran, l’environnement est important. Un lieu de travail trop froid ou trop chaud, mal éclairé ou bruyant est une source potentielle d’inconfort, de stress, de fatigue générale, de fatigue oculaire, de maux de tête et d’autres affections similaires. Le poste administratif est toujours sous-estimé alors qu’il représente une part importante des actifs.

NOS CONSEILS

Suite à la réalisation et à la transcription de l’évaluation des risques professionnels dans le DUER, le programme d’action de prévention doit être rédigé. L’employeur peut demander à un salarié du service HSE, à la médecine du travail ou à un ergonome d’effectuer des études de postes. Une fois les études réalisées, des actions pourront être mises en place comme le réajustement d’un plan de travail ou le repositionnement d’un ordinateur (cf. reflets lumineux). Lors de la réorganisation d’un poste de travail, il faut impliquer le salarié puisqu’il est le mieux placé pour connaître ses contraintes physiques et le travail qu’il effectue au quotidien.

Travailler toute la journée sur un écran n’est pas recommandé. Si cela s’avère impossible, il est alors impératif de respecter un régime de pauses, qui doit être fonction de l’intensité du travail, ou de mettre en place une alternance des tâches entre le travail sur écran et le travail de bureau. Il est conseillé de prévoir 5 minutes de pause toutes les heures a minima, si la tâche est intensive, ou un quart d’heure toutes les 2 heures si la tâche l’est moins. Les pauses doivent servir à bouger et à changer momentanément de cadre de travail. Pour la vision, quitter l’écran des yeux pour regarder au loin de temps en temps (environ toutes les 20 minutes) constitue une pause visuelle qui permet de relâcher l’accommodation.

Enfin, mettre en place une période d’essai pour tester l’aménagement du poste de travail permettra de corriger plus rapidement les problèmes éventuels rencontrés par le titulaire du poste. En améliorant le confort, la qualité de vie au travail et le bien-être des collaborateurs, l’employeur vise une plus grande efficacité et une amélioration de la santé et de la sécurité au travail. Il découlera de cette démarche de prévention des bénéfices économiques et sociaux pour les entreprises et les travailleurs.

OUTILS ET DOCUMENTS

INRS – Brochure ED 922 : « Mieux vivre avec votre écran »

INRS – Brochure ED 924 : « Écrans de visualisation : santé et ergonomie »

Point Org Sécurité en partenariat avec Pôle Prévention et la revue PRE