Des TICS aux RPS

“Près de 25 % du temps de travail d’une entreprise tertiaire moyenne sont consacrés au traitement d’e-mails, soit 500 équivalents temps plein dans une entreprise de 2500 salariés !”

Un récent colloque met en garde contre les risques psychosociaux associés à un usage mal maîtrisé des technologies numériques.

À l’occasion d’un colloque international récemment organisé par Eurogip, les experts ont mis en garde les entreprises contre un usage non raisonné des technologies de l’information et de la communication (TIC). Ils estiment que “les risques psychosociaux liés aux TIC constituent un thème émergent” et que “beaucoup reste à faire” pour les prévenir.

“C’est une déception, dans le sens où après des années d’informatisation dans différentes entreprises, associations, etc., j’ai senti monter une vague de doléances qui peut se résumer dans la phrase : « Je n’ai pas le temps, je suis débordé », relate Thierry Venin., directeur de l’Agence départementale du numérique des Pyrénées-Atlantiques et auteur d’une thèse sur le lien entre TIC et RPS.

Tyrannie de l’immédiateté

Pour les experts présents, ce paradoxe s’explique d’abord par le culte de la vitesse, de l’immédiateté et de la réactivité engendré par ces technologies, ainsi que par la croissance exponentielle des informations dont nous sommes littéralement bombardés, notamment dans la sphère professionnelle. “J’ai pu recouper les mesures que nous avons effectuées avec celles de groupes de recherche américains, qui font toutes apparaître une interruption moyenne toutes les 6 minutes dans les écosystèmes de travail numérique. Cela nous conduit tous à déraper vers du temps réel, et dans une espèce de ping-pong électronique du matin au soir, où l’on ne sait plus réellement pourquoi on s’est levé le matin”, explique encore Thierry Venin.

Sortir de la “technolâtrie”

Selon le journaliste Régis de Closets, “le temps long ne parvient plus aujourd’hui à exister dans le temps du travail, où les personnes subissent une sursollicitation”. Pour remédier à cette situation, il préconise de rompre avec “le discours techniciste positiviste, qui fait que l’on n’ose pas avouer les difficultés que l’on rencontre avec ces technologies, par crainte de passer pour un vieux ringard”. Il semble que ce processus soit en cours. La plupart des intervenants ont ainsi salué les initiatives prises par de nombreuses entreprises pour garantir un “droit à la déconnexion” voire instaurer un “devoir de déconnexion”, comme l’a souligné Christian Expert, VicePrésident du Conseil d’administration d’Eurogip.

Pour un usage raisonné des TIC

Comme souvent, ces mesures visent à préserver aussi bien la santé des travailleurs que celle des entreprises. En effet, il apparaît maintenant que le recours immodéré aux TIC peut conduire à de graves dysfonctionnements. En recoupant diverses études, Thierry Venin est ainsi arrivé à la conclusion que “près de 25 % du temps de travail d’une entreprise tertiaire moyenne sont consacrés au traitement d’e-mails, soit 500 équivalents temps plein dans une entreprise de 2500 salariés !”D’où une conviction désormais bien partagée :s’il n’est pas question de rejeter en bloc les technologies numériques, il convient d’en promouvoir un usage maîtrisé et raisonné.

Pour aller plus loin : “Numérique & santé-sécurité au travail en Europe”.

Actes de la conférence européenne organisée par Eurogip le 15 mars 2018 à Paris, librement téléchargeables sur www.eurogip.fr.