Réforme de la médecine du travail. Priorité à prévention !

Entrée en vigueur au 1er janvier 2017, la réforme de la médecine du travail peut faire l’objet d’une première évaluation.

Selon Le Monde, qui a mené l’enquête auprès des médecins, nombre d’entre eux se montrent satisfaits d’une réforme qui met l’accent sur la prévention à l’échelle de l’entreprise.

Lorsque la réforme avait été présentée, nombre de voix s’étaient élevées pour dénoncer la mise en place d’une “médecine du travail au rabais”. Dans la ligne de mire des contempteurs de la réforme : la disparition de la visite médicale d’embauche au profit d’une simple visite d’information et de prévention et la réduction de la fréquence des visites médicales : tous les cinq ans au lieu de tous les deux ans. Aujourd’hui, cette mesure rendue nécessaire par la constante réduction du nombre de médecins du travail recueille pourtant l’assentiment de nombreux acteurs.

Pas de nostalgie des “visites à la chaîne”

Interrogé par Le Monde, un médecin du travail ayant quelque 40 ans de métier ne manifeste aucune nostalgie en se souvenant de ces “visites à la chaîne. Une personne à voir tous les quarts d’heure, et au suivant… On n’approfondissait pas, c’étaient des entretiens vétérinaires”. Selon cette professionnelle, la réforme issue de la loi Travail de 2016 est globalement positive.

Elle lui permettrait de “faire davantage son métier de médecin”. Le temps dégagé par un moindre nombre de visites et le recours à un plus grand nombre d’infirmiers offre la possibilité de “concentrer les efforts sur les salariés ayant le plus besoin d’un suivi médical et de dégager du temps aux médecins pour qu’ils puissent s’investir davantage dans l’analyse des risques et la prévention”. Directrice du centre parisien de l’Institut national de recherche et de sécurité (INRS), Nathalie Guillemy confirme : “L’intervention des infirmiers permet de leur libérer du temps qui pourra être consacré à un accompagnement dans l’entreprise et à une approche collective de la prévention.”

De la réparation à la prévention

Cette nouvelle mission traduit un profond changement d’approche. “En caricaturant, on pourrait dire qu’à un suivi individuel succède une prévention collective. Cela s’inscrit dans un mouvement plus vaste des politiques de santé au travail qui traduisent le passage d’une logique de réparation à une volonté de prévention”, analyse François Sidos, spécialiste en méthodologie d’évaluation des risques et président du groupe Pôle Prévention. Un constat proche de celui dressé, dans les colonnes du Monde, par William Dab, professeur au Conservatoire national des arts et métiers (CNAM) qui voit dans cette réforme “le passage de la médecine du travail à la santé au travail que l’on voit poindre depuis de nombreuses années”.

Vers des médecins “manageurs de santé”

Pour de nombreux observateurs, il s’agit d’une véritable révolution. Thierry Rochefort, professeur associé à l’Institut d’administration des entreprises (IAE) de Lyon, estime même que “les médecins du travail deviennent progressivement des manageurs de santé”. Seule véritable ombre au tableau, soulignée par Le Monde : à ce jour, la pénurie de médecins du travail n’est pas résolue. Il n’est toutefois pas interdit de penser que cet enrichissement des tâches permettra, à plus ou moins brève échéance, de provoquer de nouvelles vocations de médecins du travail.

  1. Le Monde, 11/06/18.