“les personnes de 50 à 59 ans qui ont été durablement exposées à des pénibilités physiques sont moins souvent en bonne santé et également moins souvent en emploi après 50 ans, notamment quand elles ont cumulé plusieurs facteurs de pénibilité”.

“Les seniors devenus inactifs avant d’avoir liquidé leur retraite indiquent que les principaux motifs d’arrêt d’activité ont été un licenciement (37 %) ou des problèmes de santé rendant le travail difficile (35 %)”, souligne une récente note d’un collectif d’agents de la Dares du Ministère du Travail(1). Bien que sa diffusion ait à l’évidence été motivée par une opposition à l’actuelle réforme des retraites, cette donnée a le mérite de souligner une réalité trop souvent oubliée : l’avenir de notre système de retraites est grandement tributaire des questions de santé et de sécurité au travail.

Le défi du vieillissement de la population active

En effet, comme chacun le sait, l’actuelle réforme des retraites est grandement motivée par deux considérations démographiques. La première tient à l’avancée en âge des générations nombreuses issues du baby-boom, dont les retraites devront être payées par les actifs des générations suivantes, beaucoup moins nombreuses, pour lesquelles cela risque donc de représenter un fardeau beaucoup trop lourd. La seconde est le constat incontestable de l’allongement de la durée de vie. D’où la tendance, dans tous les pays à la population vieillissante, à reculer l’âge de la retraite de façon à contribuer à l’équilibre du système.

Sur le papier, cette solution apparaît aussi logique que juste et efficace. Toutefois, comme le rappellent les agents de la Dares, l’âge légal de la retraite, – le fameux “âge pivot” -, n’est qu’un âge théorique : en effet si, comme aujourd’hui, nombre de travailleurs qui n’ont pas atteint cet âge quittent leur emploi pour des raisons de santé alors, en pratique, rien n’aura changé. Lors d’une campagne de sensibilisation lancée en 2016, l’Agence européenne pour la sécurité et la santé au travail faisait la même analyse(2). “D’ici à 2030, observait-elle, les travailleurs âgés de 55 à 64 ans devraient constituer 30 % ou plus de la main-d’œuvre dans de nombreux pays européens. L’âge de départ à la retraite augmentant dans de nombreux États membres, nombre de travailleurs sont susceptibles de connaître un allongement de leur vie professionnelle.” Mais elle précisait  que  ce  défi  impliquait  de “consentir des efforts afin de garantir des conditions de travail sûres et saines tout au long de la vie professionnelle.”

Réduire la pénibilité tout au long de la vie professionnelle

Le terme important est ici “tout au long de la  vie  professionnelle”. En effet, une erreur fréquente consiste à croire que la réponse passe avant tout par des mesures d’aménagement spécialement dédiées aux séniors, par exemple en termes d’horaires ou de postes de travail. Or, si cela est bien sûr crucial, il ne faut pas pour autant négliger les politiques globales de santé et de sécurité au travail, seules à même de réduire les facteurs de pénibilité pour tous les salariés, y compris les plus jeunes. En effet, comme le précise l’étude “Les seniors, l’emploi et la retraite” réalisée par France Stratégie, “les personnes de 50 à 59 ans qui ont été durablement exposées à des pénibilités physiques sont moins souvent en bonne santé et également moins souvent en emploi après 50 ans, notamment quand elles ont cumulé plusieurs facteurs de pénibilité”(3).

On en saurait mieux souligner que, dans un contexte de population active vieillissante, la solution durable à l’équilibre de notre système de retraite (et aux enjeux de recrutement des entreprises) passe inévitablement par l’accentuation des efforts déjà accomplis pour combattre les risques professionnels et améliorer les conditions de travail.

  • Santé & Travail (www.sante-et-travail.fr), 16/01/20. (2) www.healthy-workplaces.eu. (3) “Les seniors, l’emploi et la retraite”, par Emmanuelle Prouet Julien Rousselon, France Stratégie, octobre 2018.