Selon une étude récemment publiée par la Revue française de gestion, quelque 17,5 % des patrons de PME seraient exposés au risque de burn-out (1).

Pour ses auteurs, chercheurs en gestion de l’université de Montpellier, la santé des dirigeants d’entreprise représente un double enjeu, à la fois sanitaire et économique.

Depuis de nombreuses années, l’impact du travail sur la santé a fait l’objet de nombreuses études. Mais, comme le remarquent Olivier Torrès et Charlotte Moysan-Kinowski, les dirigeants de PME sont le plus souvent exclus de ses recherches, pour la simple raison que, n’étant fréquemment pas salariés, ils ne sont pas suivis par la médecine du travail. Pour remédier à cette lacune, ces chercheurs à l’université de Montpellier ont lancé une vaste enquête visant à déterminer leur risque de faire un burn-out.

35 % des artisans menacés de burn-out

Près de 6.000 patrons de PME de tous secteurs et de diverses tailles ont répondu aux questions de l’échelle BMS-10 (Burn-out Mesure Short version) utilisée pour détecter les cas de burn-out. Le choix de cet outil s’explique par le fait qu’il se penche plus particulièrement sur le critère de l’épuisement. Or, un consensus se dégage parmi les experts pour voir dans l’épuisement émotionnel, mental et physique “le premier signe d’un burn-out à venir”. Ce questionnaire est donc particulièrement adapté pour détecter les travailleurs qui risquent le burn-out sans avoir encore basculé.

Or, les résultats recueillis démontrent que, contrairement à un cliché répandu, le burn-out n’est pas réservé aux travailleurs en situation de subordination hiérarchique. En effet, 17,5 % des patrons de PME interrogés présentaient un risque de burn-out. Et des niveaux alarmants sont relevés chez les artisans (35,3 %), les agriculteurs (35,2 %) et les experts-comptables (30,2 %). Ils s’expliquent parfois par des facteurs spécifiques à certains métiers. L’étude souligne ainsi les effets délétères de “l’agri-bashing” pour les agriculteurs et des “évolutions de la législation” pour les experts-comptables. Un exemple : parmi les experts-comptables et commissaires aux comptes d’Ile-de-France, plus de 70 % déclarent se sentir menacés par “l’instabilité législative”.

Un enjeu économique majeur

Olivier Torrès et Charlotte Moysan-Kinowski considèrent que le stress des patrons de PME “doit devenir un enjeu de santé publique car l’impact d’un burn-out du chef d’entreprise sur sa propre entreprise et sur les emplois afférents est colossal”. Plus de 99 % des entreprises françaises étant des PME, “ce sont des centaines de milliers de chefs d’entreprise qui sont directement concernés et des millions d’emplois salariés qui, indirectement, peuvent être fragilisés”.

Comment relever ce défi ? Président d’Impact Prevention (2), une société spécialisée dansla prévention des risques pyschosociaux, Philippe Mège estime que ce problème exige avant tout un effort de formation des personnes concernées. “La plupart des dirigeants et des managers sont hélas incapables de détecter les signes avant-coureurs d’un épuisement professionnel ni pour eux-mêmes ni pour leurs collègues parce qu’ils n’ont pas été sensibilisés à ces questions”, déplore-t-il.

Cette situation est d’autant plus regrettable que le simple fait d’aborder ces questions avec des professionnels peut conduire à une prise de conscience salvatrice. Ainsi, 65,7 % des patrons de PME ayant participé à l’étude ont affirmé qu’à l’issue de celle-ci, ils avaient “modifié le regard qu’ils portent sur leur santé”. Plus spectaculaire encore : 39,8 % des dirigeants employant au moins un salarié admettent “avoir aussi changé de regard sur la santé de leurs salariés”.

(1) “Dépistage et prévention du risque de burn-out des chefs d’entreprise. D’une recherche académique à une valorisation sociétale”, par Olivier Torrès et Charlotte Moysan-Kinowski, Revue française de gestion, n° 284, octobre 2019.

(2) www.impactprevention.fr.

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