Philippe Mège est Directeur Technique chez Point Org Sécurité et Président d’Impact Prévention, une société spécialisée dans la prévention des risques psychosociaux (RPS) et la promotion de la Qualité de vie au travail (QVT).

Altersécurité – Les premiers résultats de l’enquête Sumer 2017 font état d’une exposition croissante des salariés aux risques psychosociaux depuis 20 ans. Comment expliquez-vous cette tendance ?

Philippe Mège – Cette augmentation résulte d’une multitude de facteurs qui tiennent à la mutation qu’a connue le monde du travail dans un contextemarqué par la mondialisation des échanges, l’accroissement de la concurrence, la financiarisation de l’économie et l’essor des technologies numériques. Les entreprises évoluent désormais dans un environnement “volatil, incertain, complexe et ambigu” qui les a conduites à mener de profondes transformations organisationnelles qui, lorsqu’elles sont imparfaitement maîtrisées, provoquent une augmentation significative de la charge mentale pesant sur les travailleurs.

L’enquête Sumer révèle ainsi que 57,8 % des salariés doivent fréquemment interrompre une tâche pour en faire une autre non prévue. À la source des risques psychosociaux, il y a souvent des dysfonctionnements qui affectent aussi bien la santé des salariés que la performance de l’entreprise.

Altersécurité – Cependant, il semble que le management ait fait des progrès puisque “les comportements hostiles sur le lieu de travail” ont fortement baissé entre 2010 et 2017…

Philippe Mège – Il est certain qu’une prise de conscience a lieu : plus personne ne pense que la souffrance professionnelle relève d’un effet de mode. L’immense majorité des entreprises savent qu’elles sont plus performantes avec des salariés heureux dans leur travail. On ne peut ainsi que saluer les initiatives prises pour favoriser la Qualité de vie au travail (QVT) lorsqu’elles ne se résument pas à des gadgets du genre “installation d’un baby-foot” ou ne dégénèrent pas en une “injonction au bonheur” aux effets délétères. La chute des comportements hostiles rapportés par les salariés vient aussi mettre un terme au mythe du petit chef autoritaire et pervers.

Ce mythe a fait beaucoup de mal parce qu’il détournait le regard des causes profondes de la souffrance professionnelle et parce qu’il mettait injustement en accusation les managers alors même que ceux-ci sont parmi les plus exposés aux RPS. Pour notre part, nous considérons depuis toujours que les managers et notamment les managers de proximité ne sont pas le problème mais la solution !

Altersécurité – Quel conseil donneriez-vous à une entreprise soucieuse de lutter contre les RPS et d’améliorer la QVT de ses collaborateurs ?

Philippe Mège – La première initiative à prendre est de réaliser un diagnostic RPS qui permettra de dresser un état des lieux de façon à pouvoir prendre ensuite des mesures adaptées à la situation réelle de l’entreprise. Enfin, je crois nécessaire aussi de sensibiliser les collaborateurs aux RPS à commencer par les managers et les représentants du personnel qui, en pratique, se retrouvent toujours en première ligne face à l’expression d’une souffrance professionnelle.

Comme le démontre l’enquête Sumer, les risques psychosociaux sont intrinsèquement liés à des mutations économiques, sociales et technologiques qui ne sont pas arrivées à leur terme. Dès lors, la capacité à prévenir et gérer les RPS va s’imposer progressivement comme une compétence indispensable au bon fonctionnement de l’entreprise.

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