“Pour 40 % des salariés français, le bruit et les nuisances sonores au travail entraînent une perte de productivité. »

L’édition 2019 de l’enquête “Bruit, santé auditive et qualité de vie au travail” réalisée par l’Ifop pour l’association JNA confirme que la gêne causée par le bruit sur le lieu de travail représente  un  phénomène  massif.  Trop  souvent  négligées, les nuisances sonores représentent un authentique risque professionnel aux effets délétères pour la santé des travailleurs et la performance des entreprises.

Le BTP et l’industrie pas seuls concernés

Dans l’imaginaire collectif, les nuisances sonores concernent avant tout les travailleurs de l’Industrie et du BTP… L’enquête de l’Ifop bat en brèche ce préjugé : tous secteurs confondus, six salariés sur dix déclarent être “personnellement gênés par le bruit et les nuisances  sonores  sur  leur  lieu  de  travail”. Les différences portent plutôt sur la source de la gêne : tandis que, pour 33 % des ouvriers, elle provient d’abord des matériels utilisés, ce n’est le cas que pour 20 % des salariés dans leur ensemble. De même, 26 % des cadres et professions intellectuelles supérieures se disent “avant tout gênés par les conversations téléphoniques”, alors que ces dernières ne sont citées en premier que par 13 % de l’ensemble des travailleurs.

Le bruit, enjeu majeur de santé et de sécurité

Pour les travailleurs, l’exposition excessive au bruit représente un véritable enjeu de santé. Ils estiment qu’elle provoque “de la fatigue, de la lassitude et de l’irritabilité” (54 %),du “stress”(46 %),de la “gêne auditive”(34 %),des “troubles du sommeil”(32 %),des “acouphènes” et de la “souffrance psychologique”(25 %),des “surdités et de l’hypertension  artérielle” (19 %).Pour 8 %,elle provoque aussi des accidents du travail, notamment en raison d’une “perte de vigilance ou de risques psychosociaux”. Preuve de la réalité du phénomène, 14 % des salariés signalent que le bruit et les nuisances sonores “ont entraîné des arrêts de travail dans leur entreprise” tandis que 7 % y voient la cause de démissions.

De graves conséquences sur la performance

L’enquête souligne aussi les effets délétères du bruit sur le bon fonctionnement des organisations. Les salariés estiment que le bruit est à l’origine “d’incompréhensions avec les personnes qui les encadrent”(36 %), “d’agressivité dans les échanges”(32 %), “de tensions ou conflits au sein de leur équipe de travail”(31 %) et de “comportements de repli sur soi”(28 %).Si bien que, pour 40 % des salariés, le bruit est responsable d’une “perte de productivité”. Ces résultats sont convergents avec le rapport Coût social des nuisances sonoresréalisé par le Conseil National du Bruit (CNB) et l’ADEME, qui estimaient, voici quelques années, que “19,2 milliards d’euros seraient perdus par l’exposition au bruit en milieu de travail : 18 milliards dans le secteur tertiaire au titre de la perte de productivité ; 1,2 milliard pour le coût des accidents du travail et de la surdité professionnelle”.

Un seuil légal d’exposition inadapté ?

Les entreprises ne restent heureusement pas inactives face à cet enjeu, d’autant que plusieurs articles du Code du travail fixent des seuils d’exposition au bruit des travailleurs. Ainsi, la plupart des employeurs n’ignorent pas qu’ils doivent agir sur les conditions et l’organisation du travail (choix des équipements, etc.), ainsi que former les salariés sur les risques et leur fournir des Protecteurs individuels contre le bruit (PICB) à partir de 80 décibels (dB) d’exposition. Mais, pour de nombreux experts, ce seuil légal, visant à éviter les seules lésions physiques, n’empêche pas les conséquences psychologiques et sociales du bruit. “Le seuil de 80 décibels de niveau sonore n’est pas adapté au monde du travail actuel, notamment quand on sait que le bruit qui génère du stress et de la souffrance psychologique peut être largement en dessous de ce chiffre (entre 55 et 60 dB) et n’est en fait pas traumatisant pour l’oreille”, précise Jean-Luc Puel, directeur de recherche à l’Inserm et président de l’association JNA.

Saisir l’opportunité du Document unique pour agir

Pour agir contre le fléau des nuisances sonores, les membres de JNA recommandent aux entreprises de faire de la réduction du bruit l’une des priorités de leurs programmes de Qualité de vie au travail (QVT) et un “axe stratégique” de leurs démarches RSE. Plus concrètement, ils suggèrent aussi de “saisir l’opportunité que représente la réalisation du document unique d’évaluation des risques professionnels (DUERP)” pour lancer des programmes d’action cohérents et adaptés à la situation spécifique de chaque établissement concerné.

Pour aller plus loin : “Bruit, santé auditive et qualité de vie au travail”, enquête auprès des actifs exerçant une activité professionnelle, édition 2019, librement consultable sur www.ifop.com. Voir aussi : “Le bruit au travail : un fléau sur lequel les managers peuvent agir”, Courrier Cadres, 11/10/19.