“Selon les travailleurs, les nuisances sonores peuvent être à l’origine d’incompréhensions avec les personnes qui les encadrent (44 %), d’agressivité dans les échanges (43 %), de tenions dans leur équipe de travail (41 %), et de comportements de repli sur soi (38 %).”

Selon une enquête récemment publiée, près d’un actif français sur deux (49 %) se dit gêné par le bruit et les nuisances sonores sur son lieu de travail. Les employeurs devraient s’en préoccuper car un bruit excessif est à la fois néfaste pour la santé des travailleurs et délétère pour la performance de l’entreprise. Et contrairement à une idée reçue, tous les secteurs d’activité sont concernés…

À l’occasion de la Semaine de la santé auditive au travail, l’as sociation Journée nationale de l’audition (JNA) a demandé- à l’IFOP de réaliser une étude sur la façon dont les travailleurs français ressentent le bruit dans le cadre de leur activité professionnelle. Les résultats recueillis permettent de mieux cerner le phénomène et de contrer quelques idées reçues.

Tous concernés par le bruit au travail !

Ainsi, il faut en finir avec l’image d’Épinal selon laquelle l’exposition au bruit serait l’apanage de certains métiers ou de certaines catégories socioprofessionnelles. En effet, si les ouvriers sont, sans surprise, la catégorie professionnelle la plus victime du bruit au travail, six ouvriers sur dix (62 %) déclarant en souffrir, c’est aussi le cas de 49 % des cadres. De même, si l’industrie est le secteur où les travailleurs signalent le plus une gêne due au bruit (67 %), le commerce (58 %) et le secteur BTP-construction (53 %) ne sont pas épargnés. Enfin, en matière de bruit, l’égalité entre en hommes et femmes est presque parfaite, la moitié des hommes (50 %) et près d’une femme sur deux (48 %) déclarant subir une gêne causée par le bruit. En revanche, on note une certaine disparité en fonction de l’âge : les 25-34 ans seraient les plus affectés (54 %), alors que les 50 ans et plus seraient les moins touchés (46 %).

Une sensibilité accrue des télétravailleurs

De même, l’enquête souligne une sensibilité au bruit plus importante chez les 35 % d’actifs qui expérimentent le télétravail.
Quelque 59 % des actifs en télétravail 2 à 3 jours par semaine disent souffrir du bruit au travail alors que ce n’est le cas que de 46 % des travailleurs continuellement présents sur site. L’enquête ne permet pas de déterminer les causes de cette différence de perception. Plusieurs hypothèses peuvent toutefois être formulées. La première résulte du fait que les télétravailleurs se seraient habitués à bénéficier, à domicile, d’un environnement de travail plus calme et silencieux. En effet, selon l’enquête, 47 % des actifs en télétravail estiment que le bruit les gêne davantage en présentiel qu’en télétravail tandis que seuls 17 % pensent le contraire. Si bien que, 30 % des personnes de retour sur site après avoir télétravaillé, notamment pendant les périodes de confinements, estiment que leur sensibilité au bruit et aux nuisances sonores a augmenté. D’autres facteurs peuvent toutefois jouer. Ainsi, il n’est pas exclu que les salariés en télétravail partiel soient davantage exposés au bruit lors de leurs jours de présence sur site, notamment en raison de leur affectation plus fréquente à des espaces de travail partagés, généralement plus bruyants que les bureaux individuels.

Un impact très négatif sur la santé et le bien-être professionnel

L’enquête permet aussi de vérifier que les nuisances sonores ont un impact très négatif sur le bien-être des travailleurs. Ceux-ci estiment en effet qu’elles provoquent chez eux de la fatigue, de la lassitude et de l’irritabilité (60 %), du stress (55 %), des troubles du sommeil (43 %), ainsi qu’une gêne auditive, notamment une diminution momentanée de compréhension de la parole (43 %).
Plus grave : des effets sur la santé physique proprement dite sont également rapportés par les travailleurs : acouphènes (38 %), surdités (33 %), hypertension artérielle (32 %). Preuve que tout cela n’est pas anodin, nombre de travailleurs concernés ont effectué ou envisagent d’engager des démarches médicales en lien avec les nuisances sonores : 21 % ont réalisé un test auditif et 27 % envisagent de le faire, 20 % ont consulté un médecin (26 % l’envisagent). Enfin, 11 % ont demandé un arrêt de travail (20 % envisagent).

Des conséquences délétères sur la performance des entreprises

Le bruit n’est donc pas sans conséquence sur le fonctionnement des entreprises. Les travailleurs interrogés par l’Ifop relatent avoir déjà rencontré des difficultés auditives de compréhension de la parole lors d’échange entre collègues au téléphone (70 %), ou en visioconférence (70 %). Et en présentiel, ce n’est pas parfait non plus, loin de là ! Les actifs français estiment que le bruit et les nuisances sonores sur leur lieu de travail peuvent être à l’origine d’incompréhensions avec les personnes qui les encadrent (44 %), d’agressivité dans les échanges (43 %), de tensions et conflits dans leur équipe de travail (41 %) ainsi que de comportements de repli sur soi (38 %). Au final, le bruit apparaît donc comme un puissant facteur de dysfonctionnement des organisations.

Fatalisme et lassitude des travailleurs face aux nuisances sonores

Pourtant, dans le même temps, il semble que le bruit et les nuisances sonores soient encore assez largement considérés comme des fatalités. Parmi les principaux freins s’opposant à la réduction du bruit au travail, les salariés interrogés citent le sentiment que le bruit fait partie de l’environnement de travail et du dynamisme collectif (35 %), l’idée qu’on ne peut pas y faire grand-chose (32 %), le manque d’informations sur les impacts du bruit sur la santé (29 %), la conviction que la lutte contre le bruit entraîne des contraintes supplémentaires pour les salariés, comme le fait de parler moins fort ou de limiter des conversations personnelles (21 %).

Un risque professionnel à évaluer et à prévenir

Quelque 28 % des salariés pointent aussi le manque de savoir vivre et de solidarité chez certains collaborateurs. Une remarque certainement justifiée au regard de la hausse des comportements inciviques au sein des entreprises mais qui révèle toutefois une approche trop exclusivement individuelle de la question. En effet, pour venir à bout du bruit excessif, il est illusoire de s’en tenir à la seule amélioration des comportements individuels. Comme tout risque professionnel, le bruit excessif doit faire l’objet d’une approche globale comprenant son évaluation lors de la réalisation du document unique et la mise en œuvre d’un plan d’actions de prévention (voir les recommandations ci-dessous). En effet, contrairement au sentiment dominant, les nuisances sonores ne sont pas des fatalités : de nombreuses initiatives peuvent être prises pour les supprimer, les réduire ou, à défaut, en protéger davantage les salariés. Le jeu en vaut la chandelle car en protégeant ses salariés contre le bruit, l’entreprise contribuera aussi à améliorer son fonctionnement et sa performance.


Quelques idées simples pour réduire le bruit et les nuisances sonores au bureau :

Contrairement à une idée reçue, réduire les nuisances sonores au bureau n’est pas nécessairement très compliqué ou onéreux. Voici une liste de conseils faciles à mettre en œuvre pour retrouver un environnement de travail plus apaisant et propice à la concentration :

  1. Limiter autant que possible le nombre de personne par bureau ou par open-space, si nécessaire, installer dans celui-ci des cloisons absorbant le bruit
  2. Éloigner des lieux de travail les matériels bruyants : imprimante, machine à café, etc.
  3. Dédier des espaces au silence et d’autres au bruit, en prévoyant, par exemple, un espace où les salariés peuvent échanger ou téléphoner à distance de leur collègue.
  4. Permettre un accès informel aux salles de réunion ou de restauration pour les salariés qui souhaitent s’y retrouver pour échanger, etc.
  5. Régler les sonneries de téléphone et les alertes sonores des ordinateurs sur un niveau raisonnable.
  6. Recourir à des matériaux absorbant le bruit, au sol bien sûr (moquette ou revêtement dans les zones de circulation) mais pas seulement : des bibliothèques garnies de livres, des fauteuils en cuir ou en tissu, des plantes vertes contribuent aussi à absorber le bruit.
  7. Protéger les espaces de travail des bruits provenant de l’extérieur : installation de double vitrage, etc.