« Les démarches de QVT consistent, ni plus ni moins, à s’inspirer de la façon dont le travail est traditionnellement pratiqué et organisé dans les meilleures des TPE et PME »

Du 20 au 24 juin derniers, l’Agence nationale pour l’amélioration des conditions de travail (Anact) a organisé une nouvelle édition de la Semaine de la qualité de vie au travail (QVT). À cette occasion, il est apparu que, malgré un intérêt croissant, les démarches de QVT suscitent encore une certaine réticence parmi les dirigeants de TPE-PME. En effet, ceux-ci y voient volontiers un gadget coûteux destiné aux grandes entreprises qui seules auraient les moyens financiers de se l’offrir. Ce malentendu est regrettable car la QVT vise justement à valoriser les atouts naturels des entreprises à taille humaine par rapport aux grandes firmes !

En effet, la QVT trouve ses fondements dans les années 50 lorsque des chercheurs et des manager constatent que l’organisation scientifique du travail, le fameux “taylorisme”, provoque une série d’effets négatifs qui finissent par impacter gravement la productivité des grandes entreprises. Ces limites sont maintenant bien connues : monotonie du travail, démotivation des travailleurs, déclin de l’esprit d’initiative, etc.

C’est à cette époque que le chercheur en psychologie sociale, Eric Lansdown Trist fonde le mouvement “Qualité de vie professionnelle” avec la conviction que la performance des entreprises dépend avant tout du libre engagement de ses membres. Ses préconisations sont un réquisitoire contre le travail déshumanisé qui prévaut dans les grandes firmes où le travail a été, comme on le sait, divisé en une infinité de tâches minuscules ne nécessitant aucune initiative ni aucun véritable savoir-faire de la part des travailleurs.
Or, pour résoudre cet écueil d’un travail vidé de son sens, le chercheur propose une série de préceptes permettant de retrouver les vertus du travail tel qu’il est justement pratiqué par les artisans et les petites entreprises. Ils font largement écho à “la quête de sens au travail”, thème retenu pour l’édition 2022 de la Semaine de la QVT :

  • “faire comprendre aux travailleurs la nature et l’intérêt du travail qu’ils effectuent” ;
  • “favoriser l’apprentissage durant le processus du travail” ;
  • “autoriser un certain degré de liberté et d’initiative dans l’accomplissement des tâches” ;
  • “reconnaître socialement les travailleurs et l’utilité de leur travail” ;
  • “leur permettre de situer leur travail par rapport aux objectifs de l’organisation”.

Autrement dit, les démarches de QVT consistent, ni plus ni moins, à s’inspirer de la façon dont le travail est traditionnellement pratiqué et organisé dans les meilleures des TPE et PME. Autant dire que celles-ci ne doivent pas se laisser impressionner par un concept qui ne vise qu’à renforcer leur ADN et à valoriser les traits qui sont, dès à présent, leurs meilleurs atouts compétitifs.

Emmanuel Pochet
Directeur de Point Org Sécurité