Les journées de travail à rallonge augmentent le risque d’AVC

Une récente étude médicale démontre que s’imposer régulièrement des journées de travail de plus de 10 heures augmente significativement le risque d’être victime d’un accident vasculaire cérébral (AVC). Un constat qui sonne comme une mise en garde pour les patrons de TPE-PME, coutumiers des journées à rallonge…

S’il est établi que les personnes ayant un emploi sont généralement en meilleure santé que celles qui en sont dépourvues, encore faut-il ne pas travailler trop. C’est ce que souligne une récente étude ayant établi une corrélation entre les trop longues journées de travail et l’augmentation du risque d’AVC(1)

Le risque d’AVC, 29 % plus élevé au-delà de 10 h de travail par jour

Après avoir suivi une cohorte de près de 150 000 personnes, les chercheurs ont en effet constaté que le risque de faire un AVC est supérieur de 29 % chez les personnes travaillant plus de dix heures par jour, au moins 50 jours par an. Pis :lorsque cette situation perdure au-delà de dix ans, le risque augmente carrément de 45 % ! “Il ne s’agit pas pour autant d’être alarmiste. Le risque demeure faible :il passe de 0,8 à 0,93 %”, tempère le Pr Alexis Descatha, spécialiste des pathologies liées au travail à l’hôpital Raymond-Poincaré à Garches et coauteur de l’étude(2).

L’hygiène de vie dégradée des gros travailleurs

Pour expliquer ces résultats, les chercheurs pointent notamment les effets du travail de nuit sur la physiologie humaine. “Physiologiquement, la nuit, la pression artérielle diminue de 10 à 20 %.Cette fonction protectrice est alors perturbée par la modification du rythme veille-sommeil”, explique le professeur Yannick Bejot, Professeur de Neurologie à l’UFR Sciences Santé de l’Université de Bourgogne(3). Toutefois, au-delà des conséquences directes d’un travail excessif, les auteurs incriminent les mauvaises habitudes qui, souvent, l’accompagnent. En effet, les personnes surengagées dans le travail ont tendance à négliger leur hygiène de vie : les gros travailleurs mangent de façon moins régulière et saine, dorment moins bien, consomment davantage de tabac… Autant qu’une cause, les journées de travail à rallonge seraient ainsi le symptôme d’un dérèglement plus général lié à un certain surmenage professionnel.

Les patrons de TPE-PME en première ligne

Si tous les salariés sont potentiellement concernés, les entrepreneurs sont particulièrement concernés. La seconde édition du baromètre santé et qualité de vie des dirigeants de TPE/PME réalisé par Malakoff-Médéric a ainsi établi que 39 % d’entre eux travaillent 50 heures ou plus par semaine et 17 % plus de 60 heures par semaine. De même, 2 sur 3 prennent moins de cinq semaines de congé par an(4). Enfin, pour travailler plus, les dirigeants dorment peu : 32 % dorment moins de six heures par nuit et 19 % ont des troubles réguliers du sommeil. Autant d’observations qui devraient inciter les patrons de PME à inclure leur propre situation dans l’évaluation et la prévention des risques professionnels.

(1)“Association Between Reported Long Working Hours and History of Stroke in the CONSTANCES Cohort”, Stroke (www.ahajournals.org/journal/str, 01/07/19. (2), (3) Le Figaro, 02/07/19. (4) “2e baromètre santé et qualité de vie des dirigeants”, décembre 2017, consultable sur www.lecomptoirmm.com.