Santé des dirigeants de PME Un livre pour sortir du déni

“Malgré plus de 20 millions d’entreprises en Europe, il y a plus de statistiques sur la santé des baleines bleues que sur celle des entrepreneurs”, s’insurge Olivier Torrès.

Pour remédier à cette lacune, cet enseignant à l’université de Montpellier a créé un Observatoire de la santé des dirigeants de PME et piloté un ouvrage sur ce sujet encore tabou.

Comment expliquer que la santé des patrons de PME reste un sujet tabou ? Pour Oli­vier Torrès, plusieurs causes y concourent. Il y a d’abord une cause historique : les pionniers de la santé professionnelle, au XIXe et au début du XXe siècle se sont d’abord intéressés à d’autres catégories de travailleurs présentant alors une santé bien plus dégradée, comme les ouvriers. Mais il faut aussi compter avec le déni des chefs d’entreprise eux-mêmes. “Sous l’emprise de l’idéo­logie du leadership laissant peu de place aux mani­festations de faiblesse, ils évoquent rarement leurs problèmes de santé”, déplore-t-il. D’où un “dia­logue entre sourds et muets”.

Pourtant, comme le démontrent ses travaux, les patrons sont loin d’être épargnés par les risques professionnels et en présentent même de spéci­fique. Surtout lorsqu’ils dirigent des PME. Ainsi, comment ne pas évoquer le risque de surme­nage lorsque l’on sait qu’en moyenne ceux-ci ne dorment en moyenne que 6 h 30 par nuit et tra­vaillent 55 heures par semaine contre 38 heures pour l’ensemble des Français actifs ! D’autant que ces heures n’ont évidemment pas la même intensité que pour d’autres dirigeants.

Le second grand danger qui menace le patron de PME est en effet sa solitude opérationnelle mais aussi émotionnelle. Comme l’expliquait récemment Olivier Torrès au quotidien Les Échos, “la charge émotionnelle d’un licenciement est par exemple considérable dans une PME. Le chef d’entreprise prend et exécute seul la décision, qui concerne en général un collaborateur qu’il connaît personnellement. À l’inverse, dans les grands groupes, les décisions importantes sont souvent prises à plu­sieurs. Cela permet de se libérer psychiquement.”

À l’issue de ce premier panorama, la nécessité de mieux étudier et prendre en compte les risques spécifiques auxquels sont exposés les patrons de PME s’impose comme une évidence.

Pour aller plus loin : La santé du dirigeant. De la souffrance patronale à l’entrepreneuriat salutaire. Sous la direction d’Olivier Torrès, Éditions de Boeck (seconde édition), mai 2017, 256 p., 22,50 €.