Pas facile de se déconnecter de son travail et d’Internet… Surtout d’Internet !

« Pour certains salariés, loin de repré­senter un soulagement, la déconnexion représenterait une nouvelle contrainte »

Pour des millions de Français, les va­cances d’été approchent. Arriveront-ils pour autant à faire véritablement relâche et à se déconnecter de leur travail ? Un récent sondage, réalisé par la plateforme internet de recherche d’emploi Qapa.fr, incite à en douter (1). Quelque 61 % des personnes in­terrogées estiment en effet que “le travail est plus présent qu’avant pendant leurs congés”.

Addiction généralisée à la connexion

Cette difficulté croissante à maintenir une frontière entre vie privée et vie profes­sionnelle est bien sûre en grande partie liée aux nouveaux outils numériques qui nous permettent de rester joignables en toutes circonstances : le soir comme le week-end et bien sûr en vacances. “Selon différentes études, près de huit cadres sur dix affirment rester connectés en dehors de leurs horaires de bureaux. Ils sont presque aussi nombreux à considérer que cela augmente leur charge de travail, perturbe leur vie pri­vée et leur qualité de vie”, observe Cécile Désaunay, directrice d’études chez Futu­ribles (2).

Dès lors pourquoi décident-ils de rester connectés ? Pourquoi ne font-ils pas valoir leur “droit à la déconnexion”, récemment réaffirmé par la loi El Khomri mais déjà établi de longue date par la jurisprudence. Après tout, comme le rappelle Maître Lu­cien Flament dans Management, “en droit, les congés payés impliquent un repos effectif. Un salarié est donc fondé à refuser les solli­citations professionnelles pendant ses congés. Et si celles-ci lui sont néanmoins imposées, il peut réclamer la restitution des jours de congé entamés. (3)”

L’explication tient probablement à notre rapport addictif aux outils numériques. “Dans notre société, vivre hors connexion semble impensable. Nous sommes toujours en quête de virtuel, nous brûlons de savoir ce qui se passe à l’endroit où nous ne sommes pas”, déplore le médecin psychiatre Dan Véléa, médecin psychiatre et coauteur d’un ou­vrage sur les addictions à Internet. Si bien que, pour certains salariés, loin de repré­senter un soulagement, la déconnexion représenterait une nouvelle contrainte. “Cette obsession de la déconnexion est un leurre puisque nous n’en avons même pas envie. C’est au contraire une source de stress supplémentaire qui peut complétement gan­grener nos vacances ! Aujourd’hui nous avons besoin de garder le fil, de savoir ce qu’il se passe au boulot…”, s’insurge un journaliste économique du Figaro (5).

Un sujet d’avenir

Une récente enquête réalisée par Kan­tar-TNS pour Orange permet de prendre la mesure de l’évolution des usages (6). Elle établissait que si 83 % des Français assurent “vouloir se déconnecter de leurs téléphones por­tables pendant les vacances”, 92 % “emportent en vacances, au moins un appareil permettant de se connecter à Internet” et 50 % “prennent en considération la connexion à internet pour choisir leur lieu de vacances”…

Preuve est ainsi apportée que les muta­tions comportementales induites par le numérique débordent largement le cadre professionnel Pour autant ce n’est cer­tainement pas une raison pour que les entreprises se désintéressent du sujet. Selon une récente enquête réalisée pour Harmonies Mutuelles, 53 % des salariés et 60 % des dirigeants considèrent que “le droit à la déconnexion représente un enjeu important dans leur propre entreprise” (7). On peut donc parier que ce sujet est appelé à prendre une importance croissante en management et en prévention des risques. Inutile toutefois de le traiter illico comme chacun le fait du premier courriel venu. Vous avez mieux à faire : déconnecter !

  1. Consultable sur www.qapa.fr . (2) Revue Hygiène et sécurité du travail, n° 247, juin 2017. (3), (4) Management, juillet 2017. (5) Le Figaro 09/07/17. (6) Consultable sur www.tns-sofres.com. (7) Observatoire Entreprise et Santé Via­voice-Harmonies Mutuelles 2017.