Une étude dévoile les causes professionnelles des pensées suicidaires

Si les chômeurs sont beaucoup plus sujets aux pensées suicidaires que les actifs, ces derniers ne sont cependant pas épargnés.

Selon une étude de Santé publique France, en 2017, 3,8 % d’entre eux affirment en avoir eues, mais des écarts significatifs existent selon le sexe, le statut, le revenu et le secteur d’activité.

En 2017, quelque 4,7 % des Français affirmaient avoir eu des pensées suicidaires au cours des 12 derniers mois. Preuve que l’emploi contribue globalement au bien être, chez les personnes actives ce taux est de 3,8 %. En revanche, signe que tout n’est pas rose au travail, entre 2010 et 2014, le pourcentage des personnes actives occupées attribuant des motifs professionnels à leurs pensées suicidaires est passé de 37,1 à 44,8 %.

Des disparités selon le sexe, le statut, le revenu et le secteur d’activité.

Les données recueillies auprès d’un échantillon représentatif de 14 536 actifs disposant d’un emploi ont permis de mettre en évidence de fortes disparités en fonction de divers critères.

Ainsi, “le taux de prévalence des pensées suicidaires était significativement plus élevé chez les femmes (4,5 %) que chez les hommes (3,1 %)”. Le statut semble également jouer un rôle important, “les hommes à leur compte étant plus fréquemment sujets aux pensées suicidaires que les salariés (4,3 % contre 2,8 %)”.

C’est également le cas du revenu : “Les pensées suicidaires sont plus présentes chez les personnes ayant des revenus inférieurs à 1 500 euros par mois (7,7 % chez les femmes et les 4,8 % chez les hommes)”.En revanche, la catégorie socioprofessionnelle ne semble pas un critère déterminant même si, chez les femmes, “un gradient social croissant allant des cadres aux ouvrières semblait exister dans la population des femmes salariées, les cadres étant moins touchées (3,9 %) que les ouvrières (5,1 %).” Enfin, le secteur d’activité a également une influence.

“Les hommes travaillant dans les secteurs de l’hébergement et de la restauration (6,8 %), des arts et spectacles (6,3 %), de l’enseignement (5,0 %) et de la santé humaine/action sociale (4,5 %) présentent les taux de prévalence les plus élevés. Chez les femmes, les secteurs les plus concernés par les pensées suicidaires au cours de l’année étaient les arts et spectacles (7,5 %), l’enseignement (7,5 %), l’information communication (6,8 %) et l’hébergement restauration (6,8 %)”, observe l’étude.

La part des conditions de travail

Ces pensées suicidaires ont-elles pour autant une origine professionnelle ? Ce n’est pas toujours le cas. “Pour 45 % des hommes actifs, les raisons professionnelles sont les premières invoquées. ”Chez les hommes non salariés cette prééminence des motifs professionnels est encore plus marquée : elle concerne 85,4 % des agriculteurs exploitants et plus de la moitié des artisans, commerçants et chefs d’entreprise. En revanche, chez les femmes, ce sont les professions intermédiaires qui invoquent le plus le plus souvent leurs pensées suicidaires à des raisons professionnelles (44,7 %).

L’étude a enfin permis de mettre en évidence les éléments déclencheurs des pensées suicidaires liées au travail. Sans grande surprise, les actifs ont cité le fait d’avoir été victime de “menaces verbales, d’humiliations ou d’intimidations de la part de leurs collègues ou de leur hiérarchie”. Mais ces événements pèsent infiniment peu par rapport à… la peur de perdre son travail. Si bien que les pensées suicidaires liées au travail exprimeraient davantage l’attachement que le rejet.

Pour aller plus loin :“Pensées suicidaires dans la population active occupée en France en 2017”, par P. Delézire V. Gigonzac, L.Chérié-Challine, I. KhireddineMedouni, BEH n° 3-4, 05/02/19, librement consultable sur www.invs.santepubliquefrance.fr.