Entreprise : lutter contre les violences internes

Lutte contre les violences internes : traiter d’abord les causes organisationnelles

AltercationComment agir contre les violences entre membres de l’entreprise ? Dans une étude publiée par la revue Hygiène et sécurité du travail, Marc Favaro, chercheur à l’INRS, suggère aux managers de se concentrer sur les causes organisationnelles qui relèvent de leurs prérogatives. Une approche qui a aussi l’avantage d’engager une démarche de progrès bénéfique à la performance de l’entreprise.

« Fait culturel, économique, historique, psychologique dépassant largement le seul périmètre du monde du travail, la violence est partout, qu’il s’agisse du monde de l’entreprise ou d’autres espaces sociaux », affirme d’emblée Marc Favaro, chercheur au département « Homme au travail » de l’Institut national de recherche et de sécurité (INRS).*

Universalité de la violence

Est-ce à dire que l’entreprise doit s’accommoder de la violence et reconnaître son impuissance à agir sur ce terrain ? Certes non ! Pour Marc Favaro, s’il convient de ne pas « entretenir l’illusion qu’il serait envisageable d’éradiquer définitivement la violence du terrain des organisations de travail », le constat de « l’universalité de la violence » conduit, en revanche, à privilégier « une perspective plus réaliste » consistant à agir d’abord sur les causes organisationnelles des irruptions de violence.

Pour les individus chargés de la prévention – qu’ils soient préventeurs en titre, managers ou dirigeants -, la priorité consiste à comprendre la spécificité des risques de violences par rapport aux risques physiques. En effet, les violences internes « tendent à s’entretenir selon le principe du cercle vicieux : X agit vers Y, qui réagit face à X, qui à son tour réagit, etc. Ce qui signifie que la personne chargée de la prévention des risques ne peut guère comprendre et agir sur ce type de situation en appliquant un schéma d’analyse traditionnelle de relations de cause à effet linéaires ». Pour gérer ces risques, il faut saisir leur caractère dynamique.

Causes psychologiques et organisationnelles

Autre écueil possible : privilégier une approche exclusivement psychologique des situations de violence. Ce travers s’explique aisément car les traits de caractères des protagonistes sont toujours plus visibles que les causes diffuses qui se nichent dans le mode de management ou les types d’organisation du travail. Or si les traits de personnalités des salariés impliqués dans les violences internes jouent nécessairement un rôle, ils ne sont certainement pas seuls en cause et, de surcroît, ne peuvent être véritablement traités. Comme l’écrit Marc Favaro, « agir sur le caractère des personnes impliquées n’est ni techniquement très réaliste ni éthiquement très légitime ».

« Identifier les causes organisationnelles de la violence permet d’identifier des dysfonctionnements préjudiciables à la performance de l’entreprise.

Pour les dirigeants et les managers soucieux de lutter contre les violences, mieux vaut donc se concentrer sur les causes sur lesquelles ils peuvent agir en cherchant à repérer « les mécanismes organisationnels de formation des violences internes au travail ». Comme l’explique Marc Favaro, « le principe gouvernant cette approche revient à considérer que l’accumulation progressive d’incidents techniques (pannes, erreurs de conception, etc.), de mauvaise compréhension (de règles de travail, de documents d’information, etc.) et, plus généralement, d’événements perturbateurs divers détériore, si rien n’est fait, les relations de travail entre les personnels confrontés à ces problèmes répétés ».

Prévention et bonne gestion

Cette démarche a un autre avantage : en visant à identifier les causes organisationnelles de la violence, elle permet aussi d’identifier des dysfonctionnements préjudiciables à la performance de l’entreprise. Preuve est ainsi à nouveau faite que les actions de prévention relèvent bel et bien de la bonne gestion.

Pour aller plus loin : « Violence interne : derrière les conflits, l’organisation du travail en question », par Marc Favaro, Hygiène et sécurité du travail, n°240, septembre 2015.