Le Document Unique : un vecteur de cohésion

“Les perceptions des salariés et de leur employeur convergent davantage lorsque des dispositifs de prévention des risques sont déployés”.

Après s’être livrés à une analyse comparée des volets “salariés” et “employeurs” de l’enquête Conditions de travail 2013, des experts du Ministère du Travail ont mis en évidence, dans une récente étude, que salariés et employeurs ont une vision significativement divergente des risques professionnels existant dans leur entreprise(1).

Des divergences, sources de tensions

“Les perceptions divergent pour les risques physiques comme psychosociaux, les employeurs ayant tendance à sous-estimer ces risques par rapport à la perception qu’en ont les salariés”, écrivent les auteurs. À titre d’exemple, “16 % des salariés se déclarent exposés à des produits chimiques dangereux alors que leur employeur ne déclare aucun salarié exposé au cours des 12 derniers mois”.

En revanche, “les écarts de perceptions entre les employeurs et leurs salariés sont moindres pour le travail de nuit et le travail en équipes alternantes”, probablement parce que ces risques sont définis par des critères légaux aisés à caractériser.

Or, ce n’est pas toujours le cas. Comme le notent les auteurs, “même quand on le vit en tant que travailleur, le risque professionnel n’est pas systématiquement perçu par le salarié lui-même comme un risque en tant que tel. Il peut, par exemple, ignorer le risque sanitaire du travail de nuit.” De même, certains employeurs peuvent être conduits à ignorer certains risques pris par leurs salariés. Pour ne prendre qu’un exemple, les commerciaux qui passent des appels téléphoniques au volant en violation du “règlement mobilité” de leur entreprise ne s’en vantent pas, même si, de leur point de vue, cette infraction est le seul moyen d’atteindre les objectifs qui leur ont été fixés par leur hiérarchie. L’étude du Ministère du Travail n’a donc pas pour objet d’accuser les uns ou les autres de mauvaise foi. En revanche, elle pointe les conséquences néfastes qui résultent de ces écarts de perception sur le fonctionnement de l’entreprise et son climat social. Les auteurs soulignent ainsi que “la grève peut être supposée liée à des représentations concernant les risques sanitaires : les salariés font grève parce qu’ils jugent a priori que leurs conditions de travail sont mauvaises”.

Le Document Unique , vecteur de cohésion

Se pose alors la question des moyens dont dispose l’entreprise pour se prémunir du poison que représentent ces écarts de perception. L’étude souligne, à ce titre, que “les perceptions des salariés et de leur employeur convergent davantage lorsque des dispositifs de prévention des risques sont déployés”. La remarque vaut bien sûr aussi pour les actions d’évaluation des risques qui en constituent le socle. Elle souligne ainsi un bienfait trop souvent oublié du document unique d’évaluation des risques professionnels (DUER) lorsqu’il s’appuie sur une méthodologie éprouvée. En effet, grâce à la réalisation d’un DUER, les risques professionnels sont évalués de façon objective et non plus subjective. Tenu à disposition de l’ensemble des acteurs de l’entreprise, ce document est une référence commune qui facilite la convergence des points de vue et la mobilisation conjointe sur des objectifs partagés de prévention et d’amélioration des conditions de travail. Sur des sujets souvent vecteurs d’émotions et de tensions, le Document Unique se révèle ainsi un précieux outil de rationalisation et de cohésion.

(1)“L’exposition aux risques du travail : quels écarts de perception entre les salariés et leurs employeurs ?”, Document d’études de la Dares, n°230, avril 2019, librement consultable sur www.dares.travail-emploi.gouv.fr.