Santé des dirigeants de PME Un livre pour sortir du déni

“Malgré plus de 20 millions d’entreprises en Europe, il y a plus de statistiques sur la santé des baleines bleues que sur celle des entrepreneurs”, s’insurge Olivier Torrès.

Pour remédier à cette lacune, cet enseignant à l’université de Montpellier a créé un Observatoire de la santé des dirigeants de PME et piloté un ouvrage sur ce sujet encore tabou.

Comment expliquer que la santé des patrons de PME reste un sujet tabou ? Pour Oli­vier Torrès, plusieurs causes y concourent. Il y a d’abord une cause historique : les pionniers de la santé professionnelle, au XIXe et au début du XXe siècle se sont d’abord intéressés à d’autres catégories de travailleurs présentant alors une santé bien plus dégradée, comme les ouvriers. Mais il faut aussi compter avec le déni des chefs d’entreprise eux-mêmes. “Sous l’emprise de l’idéo­logie du leadership laissant peu de place aux mani­festations de faiblesse, ils évoquent rarement leurs problèmes de santé”, déplore-t-il. D’où un “dia­logue entre sourds et muets”.

Pourtant, comme le démontrent ses travaux, les patrons sont loin d’être épargnés par les risques professionnels et en présentent même de spéci­fique. Surtout lorsqu’ils dirigent des PME. Ainsi, comment ne pas évoquer le risque de surme­nage lorsque l’on sait qu’en moyenne ceux-ci ne dorment en moyenne que 6 h 30 par nuit et tra­vaillent 55 heures par semaine contre 38 heures pour l’ensemble des Français actifs ! D’autant que ces heures n’ont évidemment pas la même intensité que pour d’autres dirigeants. Lire la suite

L’inquiétant surmenage des blouses blanches

“L’anxiété affecte 66 % des sondés, la dépression 28 %, les idées suicidaires 24 % dont 6 % dans le mois précédant l’enquête”.

À l’initiative de l’Intersyndicat national des internes (ISNI), plusieurs syndicats repré­sentant les jeunes et futurs médecins ont réalisé une enquête auprès de 21 768 étu­diants, internes et des chefs de clinique. Or, comme le relève, dans le quotidien La Croix (04/07/17), la neurochirurgienne hospita­lière Anne-Laure Boch, les résultats sont in­quiétants. “L’anxiété affecte 66 % des sondés, la dépression 28 %, les idées suicidaires 24 % dont 6 % dans le mois précédant l’enquête”.

Comme expliquer ce profond malaise ? “Il y a certainement des causes essentielles, qui tiennent au contact quotidien avec des per­sonnes en détresse physique, morale ou sociale. Malgré les immenses gratifications apportées par l’exercice de la médecine, la fréquentation de la souffrance peut induire chez les soignants une douleur morale”, admet cette praticienne hospitalière.

Toutefois d’autres facteurs, comme la dégra­dation des conditions d’exercice de la méde­cine jouent certainement aussi. Un exemple : “Parmi les facteurs possibles, l’enquête pointe en particulier la surcharge horaire, responsable de fatigue, voire d’épuisement. 46 % des internes et chefs de clinique ne peuvent pas respecter le repos de sécurité après leurs gardes. Plus de 40 % d’entre eux déclarent travailler entre 49 et 60 heures par semaine, 28 % entre 61 et 80 heures et 5 % plus de 80 heures.” Ces données démontrent que, pour évaluer les risques professionnels, il ne faut jamais s’en tenir à la consultation des fiches de poste mais examiner le travail réel des acteurs de l’organisation.

Pour aller plus loin : Enquête Santé mentale Jeunes médecins, consultable sur le site internet de l’ISNI : www.isni.fr

Focus sur les entrepreneurs, leur profil psychologique… et leur stress !

La dernière livraison de Constuctif, revue d’idées et de débat de la Fédération française du bâtiment (FFB), s’est penchée sur les entrepreneurs avec l’ambition d’en “restituer l’identité profonde, au-delà de la diversité de leurs profils”.

Une première définition de l’entrepreneur est donnée par Alain Fayolle, professeur EM Lyon Business School. : “Dans la majorité des cas, il s’agit d’un individu passionné, convaincu, s’ap­puyant sur des motivations solides, qui s’engage dans des situations et des processus qui vont le révéler, le transformer à travers de multiples apprentissages, et l’amener à développer des comportements appro­priés à des contextes d’action et de décision carac­térisés par le changement et l’incertitude.” Il rejoint ainsi Alain Chanut, président de la FFB, lorsque ce dernier observe qu’au final “être entrepreneur relève bien davantage d’un état d’esprit que d’un statut, et beaucoup plus de la psychologie que de l’économie”.

Les dirigeants de PME en première ligne face au stress

Cet état d’esprit n’est d’ailleurs pas neutre s’agissant de l’exposition des entrepreneurs aux risques psychosociaux. Dans une contribu­tion consacrée à cette question, le psychiatre Patrick Légeron déplore “le déni de nombreux dirigeants vis-à-vis de leur propre stress”. Une atti­tude d’autant plus regrettable que, “le stress les concerne tout autant que leurs salariés” et parfois même dans des proportions très importantes. “Sont particulièrement concernés les dirigeants de PME, plus que ceux de grands groupes, tout comme les managers de proximité encadrant de petites équipes sont plus victimes de stress que les cadres dirigeants. Les effets néfastes et pathologiques du stress n’épargnent donc pas les entrepreneurs et les chefs d’entreprise. Ils se manifestent par l’apparition de maladies cardiovasculaires (hypertension arté­rielle, infarctus du myocarde ou AVC) ou le dévelop­pement de maladies psychiques (dépression, épui­sement et burn-out), qui peuvent mener jusqu’au suicide”, précise le psychiatre. D’où sa conviction que la gestion du stress doit être désormais considérée comme une véritable “compétence entrepreneuriale”.

Pour aller plus loin : Dossier “Les entrepreneurs”, in Constructif n° 47, juin 2017, consultable sur http://www.constructif.fr.

Repérage et prise en charge du burn-out

Burn-out : une “fiche mémo” de la Haute Autorité de santé (HAS)

En réponse à une saisine du ministère de la Santé, la Haute Autorité de santé (HAS) a rendu publiques ses recommandations sur le repérage et la prise en charge cliniques du burn-out. Destinée aux médecins généralistes et aux médecins du travail, cette “fiche mémo” peut toutefois être également consultée par les managers tant elle donne des pistes utiles pour dépister cette pathologie professionnelle et adopter la bonne attitude face à une personne atteinte.

Un dépistage complexe malgré de nombreux signes précurseurs

Certes, repérer un burn-out n’est pas facile car ses manifestations varient selon les individus et s’installent insidieusement. Néanmoins, une démarche de diagnostic est possible et nécessaire, pour caractériser la sévérité du trouble.

La HAS liste ses principales manifestations, émotionnelles (anxiété, tristesse, irritabilité, absence d’émotion, etc.), cognitives (troubles de la mémoire, de la concentration, etc.), comportementales ou interpersonnelles (repli, agression, addictions, etc.), motivationnelles (baisse de motivation, dévalorisation, etc.), ou non spécifiques (asthénie, troubles musculosquelettiques, troubles du sommeil, etc.). Lire la suite

Brown-out : la maladie du travail absurde

Brown-out

Brown-out

À l’instar du burn-out et du bore-out, le brown-out frappe les personnes qui ne trouvent plus de sens à leur travail, notamment parce qu’elles ne peuvent y valoriser leurs compétences et leur talent.

Vous connaissiez déjà le burn-out et le bore-out. Il va maintenant falloir aussi compter avec le brown-out ! Comme le précise un récent article du site Cadremploi, “cette expression anglaise empruntée au do­maine de l’électricité désigne, pour les appareils électriques, une baisse volontaire ou involontaire de l’intensité pour éviter la surchauffe. Pour les êtres humains, elle exprime une baisse de l’en­gagement” (1).

Pas de quoi paniquer toutefois car, comme le souligne la revue Le Cercle Psy, “ces phé­nomènes relèvent un peu de la même constella­tion : le travail dépourvu de sens menant soit à l’épuisement, soit à un sentiment de vacuité ou d’absurdité” (2). Lire la suite