Management. Le grand retour du réel.

En 2008, tout un monde d’illusions s’est dissipé, révélant les béances d’une crise non seulement financière mais aussi économique, sociale, politique et morale. Le réel a fait son grand retour”, écrit Philippe Schleiter.

Consultant spécialisé depuis 15 ans dans la conduite du changement et les projets de trans­formation, il puise dans son expérience profes­sionnelle pour remettre en cause nombre des poncifs managériaux à la mode. Ainsi, s’agissant du « bonheur professionnel”, il mène une charge salutaire contre le “maternalisme” qui conduit nombre d’entreprises à “chouchouter” leurs employés en leur proposant salles de sport, conciergeries et autres ca­fétérias design… Des initia­tives certes sympathiques, mais qui ne sauraient se substituer aux vrais ingré­dients du bien-être pro­fessionnel que sont, par exemple, l’autonomie, les marges de manœuvres, la possibilité de prendre des initiatives et d’acquérir de nouvelles compétences.

De la sorte, il rejoint l’expérience de nombre de professionnels de la prévention des risques qui, comme lui, remarquent les ravages provo­qués par la promotion sans discernement de recettes toutes faites sans lien avec le fonction­nement subtil des communautés humaines que sont les entreprises.

Par Philippe Schleiter, VA Press novembre 2017, 200 p., 18 €.

Aider les maires à “faire mieux avec moins de moyens”

“Faire mieux avec moins de moyens !”

Cette gageure bien connue des managers privés résume désormais le quo­tidien de nombreux maires de France. De la sorte, ces élus de terrain ne pointent pas seulement la chute de leurs ressources, durement impactées par la crise et par la réduction, souvent drastique, de la dotation globale de financement (DGF) versée par l’État. Ils soulignent aussi la profonde évolu­tion de leur fonction.

“On doit en permanence monter en compé­tences” confiait récemment Nathalie Frier, maire sans étiquette de Saint-Fons (Rhône) au quotidien La Croix (20/11/17), avant d’af­firmer qu’elle consacrait ses samedis matin à décortiquer les nouveaux décrets relatifs à la gestion des collectivités territoriales. De fait, à l’instar des organisations privées, les municipalités évoluent dans un environne­ment juridique de plus en plus complexe, marqué par une augmentation constante des règles et normes à respecter. Même dans les petites communes, le “métier” de maire est devenu beaucoup plus technique qu’autrefois.

 Dans ce mouvement global, les obligations qui incombent aux municipalités en matière de prévention des risques tiennent une part non négligeable. En effet, comme le rappelle Émilie Noël, Directrice Technique Prévention au sein de Point Org Sécurité, à la différence des entreprises, “les maires ne doivent pas seulement prévenir les risques concernant leurs employés mais également ceux qui concernent leurs administrés”. Lire la suite

Mieux gérer les changements pour réduire leur impact négatif sur la santé mentale des salariés

stress au travail Plongées dans un environnement extrêmement instable, les entreprises sont contraintes de s’adapter continuellement à des mutations de toutes natures : économiques, technologiques, commerciales, juridiques, etc. Or, comme le rappelle une récente étude de la Dares, ces changements organisationnels incessants aggravent considérablement le risque dépressif chez les salariés concernés.Les dirigeants et managers disposent toutefois d’une parade efficace : l’information, la consultation et la participation des salariés aux changements envisagés.

Le sentiment d’insécurité, premier facteur de stress au travail

Selon une enquête d’opinion réalisée pour le compte de l’Agence européenne pour la santé et la sécurité au tra­vail (EU-OSHA), le premier facteur de stress au travail en Europe est “la réorgani­sation du travail ou l’insécurité de l’emploi”, loin devant “la charge de travail” ou “le harcè­lement” (1). En raison de l’in­certitude et de l’instabilité qui caractérisent désormais le monde économique, 24 % des salariés disent “craindre pour leur emploi dans l’année qui vient” tandis que 21 % affirmaient “vivre des changements imprévi­sibles et mal préparés” dans leur travail”. Les salariés contemporains sont donc confron­tés à un vif sentiment d’insécurité.

Un risque fortement accru de dépression

Or, comme le souligne la Dares, “l’insécu­rité de l’emploi et du travail est associée à un risque accru de dépression”. Parmi les salariés n’ayant pas de crainte pour leur emploi et ne vivant pas de changements imprévi­sibles, seuls 7 % présentent un symptôme dépressif contre 28 % parmi ceux qui vivent à la fois la crainte pour leur emploi et des changements imprévisibles. “Toutes choses égales par ailleurs, les personnes confrontées à la crainte pour leur emploi couplée à des chan­gements imprévisibles et mal préparés ont un risque 2,8 fois supérieur de présenter un symp­tôme dépressif que ceux qui ne connaissent pas cette insécurité. Ce risque est multiplié par 1,6 pour les personnes qui vivent des chan­gements imprévisibles mais ne craignent pas pour leur emploi et par 1,5 pour celles qui craignent pour leur emploi sans vivre de chan­gements imprévisibles”, écrivent les analystes de la Dares. Lire la suite



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Hyper-connexion – Un problème de comportement plus que de droit

Hyper-connexion« Il serait bien naïf de croire que l’hyperconnexion est la triste conséquence d’un droit bafoué…. »

“Salariés connectés en dehors des heures de bureau, réponse à un courriel pro­fessionnel en soirée… Afin de mieux respecter les temps de repos et de congé mais aussi la vie personnelle et familiale des salariés, l’article 55 de la loi du 8 août 2016 dite ‘loi Travail’ a introduit un droit à la déconnexion. Les par­tenaires sociaux sont dans l’obligation, depuis le 1er janvier 2017, d’abor­der ce thème dans le cadre des négociations annuelles sur la qualité de vie au travail.” C’est ainsi que le Service-Public.fr, le site officiel de l’admi­nistration française présente le droit à la déconnexion.

78 % des cadres connectés lors de leurs temps de loisir

L’intention était bien sûr louable. Mais les résultats se font hélas attendre. Comme le révèle une récente enquête de l’Ifop (1), quelque “78 % des cadres français consultent leurs communications professionnelles telles que leurs emails, sms ou appels pendant leur temps de loisirs, c’est-à-dire pendant les week-ends et les vacances”. Un chiffre presque stable par rapport à celui de l’année der­nière mais qui s’accompagne d’une intensi­fication des consultations. Désormais 37 % des personnes interrogées les consultent en effet “souvent” contre 31 % auparavant. Pour le dire autrement : les cadres accrocs aux terminaux numériques le sont de plus en plus. Lire la suite

La concurrence des sentiments. Une sociologie des émotions

« Le bonheur pro­fessionnel dépend grandement des émo­tions que l’on ressent au travail. »

Par Julien Bernard, Éditions Métaillé, mai 2017, 253 p. 20 €.

Longtemps, les émotions sont restées à la porte de l’entreprise. Ou plutôt, on souhaitait qu’elles y restent, parce qu’on les jugeait dangereuses pour la belle mécanique des organisations. Heureuse­ment, cette vision erronée s’efface pro­gressivement à mesure que l’on admet que l’entreprise est avant tout une com­munauté humaine. Désormais, on tend plutôt à considérer les émotions et les passions comme de potentielles alliées. C’est notamment l’idée que développe Julien Bernard, enseignant et chercheur à l’université Paris Nanterre, dans sa récente “sociologie des émotions”, en sou­lignant notamment que le bonheur pro­fessionnel dépend grandement des émo­tions que l’on ressent au travail.

Ces observations ne sont pas neutres pour les entreprises qui souhaitent agir pour la qualité de vie au travail. Elles sou­lignent en effet que le bien-être profes­sionnel de leurs membres dépend aussi de la capacité de l’organisation à “diver­sifier les sources de satisfaction au fil du temps” car “au fur et à mesure de la socia­lisation professionnelle, on découvre que les situations d’émotions positives fortes pour lesquelles on s’était engagé sont rares et que le métier a bien d’autres facettes moins amusantes, administratives par exemple”. Avec pour conséquence, un sentiment d’ennui, signe précurseur d’un désenga­gement progressif.