Conditions de travail : l’anti-modèle américain

« La dégradation des conditions de travail provoquerait, aux États-Unis 120.000 morts par an, dont 50.000 liées à l’absence d’assurance-maladie, 35.000 liées au chômage et 30.000 à l’insécurité de l’emploi ».

Dans un récent ouvrage, Jeffrey Pfeffer, professeur de management à l’université de Stanford dresse un tableau alarmant de la dégradation des conditions de travail résultant aux États-Unis des nouvelles formes d’organisation du travail. En soulignant les coûts exorbitants qui en résultent pour l’économie américaine, il souligne, par effet de contraste, les vertus du modèle économique et social européen. Un ouvrage à lire pour s’interroger sur la pertinence de certains virages à l’œuvre de ce côté de l’Atlantique.

Aux États-Unis, la dégradation des conditions de travail pèse à la fois sur la santé des employés et sur la performance des entreprises. Telle est la thèse défendue par Jeffrey Pfeffer, reconnu comme l’un des meilleurs théoriciens du management contemporain, dans son dernier ouvrage.

120.000 morts par an

Contempteur des “faits et foutaises dans le management” dont il avait déjà dénoncé la toxicité dans un précédent livre, ce professeur de Stanford dénonce cette fois les “pollutions sociales” que représentent le culte du résultat à court terme, l’extension du travail précaire ou encore l’empiétement croissant de la sphère professionnelle sur la sphère privée. Mixées aux lacunes du système de protection sociale américain, ces lubies managériales auraient des conséquences dramatiques. Lire la suite

Les Européens sous-estiment les risques de la sédentarité pour la santé

Les Européens passent en moyenne 7 h 26 assis par jour et les Français, 7 h 24. C’est ce qu’a établi une étude récemment réalisée pour l’association Attitude Prévention créée par les Assureurs français pour mener des actions de sensibilisation aux risques.

Des risques sous-estimés par 72 % des Européens

En effet, la sédentarité – définie comme le fait de rester assis plus de 7 heures par jour – comporte de nombreux risques pour la santé. Mais, selon l’enquête, ils sont mal connus. Interrogés sur les risques de santé associés à la sédentarité, seuls 28 % des Européens savent que la sédentarité a une incidence sur des pathologies telles que l’obésité, les maladies cardiovasculaires, le diabète, la dépression, l’anxiété, et les cancers. 72 % des Européens ignorent un ou plusieurs des risques cités. Le plus souvent, les risques méconnus par les Européens sont ceux liés au cancer, ou dans une moindre mesure ceux liés aux troubles psychologiques (dépression, anxiété) et au diabète. L’effet de la sédentarité sur l’obésité et les maladies cardiovasculaires est, en revanche, mieux identifié.

Des jeunes plus sédentaires que leurs aînés

De façon surprenante, les 18-35 ans passent plus de temps assis chaque jour : 8 h 19 contre 6 h 53pour les plus de 50 ans. Une situation qui résulte probablement de leur goût plus prononcé pour les écrans. Concernant les activités privilégiées, 50 % des plus jeunes citent le fait de “regarder un film, une émission ou une série”, tandis que les personnes âgées de 50 ans et plus se distinguent par une préférence plus marquée pour la lecture mais aussi… la promenade.

Pour aller plus loin : “Sédentarité et activité physique en Europe”, juin 2018, consultable sur : www.attitude-prevention.fr

Les horaires de travail atypiques en hausse

Rapport Pénibilité 26 mai 2015 “Travailler le soir, la nuit, le samedi ou le dimanche – en horaires dits ‘atypiques’ en comparaison des horaires standards en journée, du lundi au vendredi – ne constitue pas des situations marginales”, observe une récente étude de la Dares.

En 2017, en France, quelque 44 % des salariés, soit 10,4 millions de personnes sont, au cours d’un mois, soumis à au moins un horaire de travail atypique. Le travail le samedi est le plus répandu avec 35 %des salariés concernés. Mais le travail dominical n’est pas non plus exceptionnel : 19 % des salariés ne sont pas systématiquement en repos le dimanche. Enfin, 9 % des salariés, soit 2,2 millions de personnes, travaillent de nuit. L’étude souligne aussi que les travailleurs non-salariés sont encore plus exposés aux horaires atypiques. “Au total, au cours du mois considéré, 76 % des non-salariés sont soumis à au moins un des quatre horaires atypiques”. Ces données ne sont pas neutres en termes de risques professionnels. En effet, selon l’enquête Conditions de travail – Risques psychosociaux de 2016, “les salariés soumis à au moins un horaire atypique ont une organisation de leurs horaires de travail plus contraignante que les autres salariés. Leurs horaires sont davantage contrôlés par un dispositif (pointeuse, badge, fiche horaire…). Ils sont plus souvent astreints dans leur organisation quotidienne (9 % ont une journée de travail morcelée en deux périodes séparées par 3 heures ou plus) et hebdomadaire (24 % ne disposent pas de 48 heures consécutives de repos au cours de la semaine).”

Pour aller plus loin : Dares Analyses, n° 30, juin 2018

Impact des outils numériques sur les conditions de travail

Plus que l’outil c’est son usage qui compte

Depuis la fin des années 1990, les technologies de l’information et de la communication (TIC) se sont progressivement généralisées dans les entreprises. Ainsi, en 2013, 71,1 % des salariés utilisaient déjà à un matériel informatique ou un réseau numérique dans son travail quotidien, soit une augmentation de 11,4 points depuis.

Ambivalence des outils numériques

Cet essor a bien sûr modifié en profondeur nos façons de travailler si bien que leur impact sur les conditions de travail fait débat. En effet tandis que certains experts mettent en avant le surcroît d’autonomie et de communication permis par ces outils, d’autres estiment qu’ils renforcent l’exposition des travailleurs à plusieurs risques psychosociaux comme, par exemple, le travail dans l’urgence, la surcharge informationnelle, le débordement de la vie professionnelle sur la vie privée. Afin d’éclairer ce débat, les experts de la Direction de l’animation de la recherche, des études et des statistiques (DARES) du Ministère du Travail s’est plongée dans les nombreuses données recueillies par l’enquête

Conditions de travail de 2013. Leur analyse aboutit à distinguer les situations vécues par cinq grands types d’utilisateurs des outils numériques : “les utilisateurs non connectés, les utilisateurs mobiles, les utilisateurs connectés peu intensifs, les utilisateurs connectés modérés et les utilisateurs connectés intensifs”. Cette typologie souligne que l’impact sur les conditions de travail diffère sensiblement selon les matériels et selon l’usage qui en est fait. Lire la suite

Le plaisir au travail – Du savoir-faire à l’aimer-faire

“Choisissez un travail que vous aimez et vous n’aurez pas à travailler un seul jour de votre vie”, conseille une maxime attribuée à Confucius.

C’est également ce que propose Francis Boyer, expert en management et ressources humaines dans son dernier ouvrage. Avec une nuance : plutôt que d’y voir une démarche personnelle des travailleurs, il suggère d’en faire une politique managériale portée par les dirigeants.

Son ouvrage part d’un constat : concilier performance et épanouissement devient un enjeu majeur pour les entreprises et confier un travail qui procure du plaisir, la clef de voûte. Mais, si les managers sont conscients de ce que leurs collaborateurs savent faire, ils ignorent souvent ce qu’ils aiment ou aimeraient faire. D’où des choix inefficaces. “Suffit-il de motiver une personne pour qu’elle aime son travail ?

Pensez-vous sincèrement qu’un baby-foot ou des séances de massage soient les solutions ?”, s’amuse l’auteur.

Plutôt que ces gadgets, Francis Boyer prône une nouvelle approche managériale. Au traditionnel “management par les compétences”, il propose d’adjoindre un “management par les appétences”. Une solution qui, au-delà des éventuelles difficultés de mise en œuvre, a l’immense mérite de rappeler que le véritable bonheur au travail ne peut résider que dans le travail lui-même, celui que, nous professionnels de la prévention des risques, appelons “le travail réel”.

Par Francis Boyer, Éditions Eyrolles, juin 2018, 192 p., 24 €.