Risques professionnels et conditions de travail – Divergences persistantes entre hommes et femmes

Depuis une dizaine d’années, un nombre croissant d’études portent sur l’influence du genre sur les conditions de travail. La dernière en date, réalisée par l’Insee, démontre sans surprise qu’il existe bel et bien des “métiers d’hommes” et des “métiers de femmes”.

De façon plus surprenante – et plus opérationnelle pour les professionnels de la prévention -, elle révèle aussi qu’au sein d’un même métier, les risques divergent fortement entre les hommes et les femmes.

1 – Des “métiers d’hommes” et des “métiers de femmes”

Les différences de conditions de travail entre hommes et femmes s’expliquent d’abord par la persistance de métiers dans lesquels un sexe ou l’autre sont significativement prédominants. En effet, si les hommes ou les femmes ne sont, individuellement, prédestinés à aucune carrière, un grand nombre de métiers restent toutefois fortement masculins ou féminins.

Ainsi, pour ne prendre que quelques exemples, certains métiers du service sont très féminisés. C’est notamment le cas des agents d’entretien (71 % de femmes), des aides à domicile et des aides ménagères (95 %). De même, les femmes sont surreprésentées parmi les enseignants (66 %), les aides-soignants (90 %) ou encore, dans certains métiers de bureau : 97 % des secrétaires sont des femmes.

À l’inverse, d’autres métiers accueillent une faible proportion de femmes. Sans surprise, c’est le cas des ouvriers de la construction et de l’agriculture qui ne comptent que 8 % de femmes, des ouvriers de l’industrie et du tertiaire (23 %), ainsi que de certaines professions de bureau comme les ingénieurs de l’informatique (18 %) ou encore les ingénieurs et cadres techniques de l’industrie (26 %). Il existe aussi des métiers mixtes, dans lesquels hommes et femmes sont représentés à parité, comme les cadres des services administratifs, comptables et financiers (53 %de femmes) ou les cadres de la fonction publique de catégorie A (50 %) mais, ils ne représentent que 21 % des emplois.


“Les hommes sont davantage présents dans les métiers les plus soumis à la pénibilité physique, tandis que les femmes sont plus exposées aux risques psychosociaux.”

À chaque métier ses risques professionnels

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Exposition aux rayonnements ionisants : une tendance à la stabilité

Le domaine des activités médicales et vétérinaires restant majoritaire, suivi de l’industrie nucléaire. Les travailleurs de ce dernier secteur et les personnels navigants exposés à la radioactivité naturelle (rayonnement cosmique) présentent les valeurs de dose moyenne les plus élevées (jusqu’à 1,2 mSv en moyenne, dans le secteur du nucléaire).

Après une tendance à l’augmentation, entre 2015 et 2019, le bilan 2020 de la surveillance des expositions professionnelles aux rayonnements ionisants pour l’effectif suivi (près de 390 000 travailleurs) et celui de la dose individuelle moyenne affichent une diminution.

Si la baisse de cette dernière est essentiellement due à la crise sanitaire, pendant laquelle certaines activités ont été reportées voire annulées, la part de l’effectif exposé est relativement stable depuis 2018. Cet effectif comprend principalement des travailleurs des activités civiles et des installations et activités intéressant la Défense, dans le secteur public ou privé. Il concerne aussi des travailleurs exposés à la radioactivité naturelle. L’Institut de radioprotection et de sûreté nucléaire (IRSN) constate que la répartition des effectifs entre les domaines d’activité est globalement stable par rapport aux années précédentes, le domaine des activités médicales et vétérinaires restant majoritaire, suivi de l’industrie nucléaire. Les travailleurs de ce dernier secteur et les personnels navigants exposés à la radioactivité naturelle (rayonnement cosmique) présentent les valeurs de dose moyenne les plus élevées (jusqu’à 1,2 mSv en moyenne, dans le secteur du nucléaire).
Rappelons qu’une surveillance de l’exposition des travailleurs aux rayonnements ionisants est mise en œuvre dès lors que ceux-ci sont susceptibles d’être exposés au-dessus d’un certain seuil de rayonnements ionisants d’origine naturelle ou artificielle (articles R.4451-1 et suivants du Code du travail). Préalablement à l’affectation au poste de travail, l’employeur doit évaluer l’exposition individuelle des travailleurs (article R.4451-52).

Pour en savoir plus : https://expro.irsn.fr

Retrouvez cet article dans le numéro 440 de la revue d’information et d’analyse PREVENSCOPE : «La Prévention des Risques en Entreprise »



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Télétravail et travail hybride – Conseils aux TPE-PME pour relever le défi d’une mutation du travail

« Le télétravail n’est pas une simple transposition à domicile du travail autrefois effectué dans les locaux de l’entreprise. Plus profondément, il représente en effet un bouleversement des repères spatio-temporels qui permettaient à chacun de se situer dans son travail et de se positionner par rapport à ses collègues. »

Considérablement dopé par la crise sanitaire et les mesures prises pour y faire face, le télétravail n’est certainement pas une mode passagère. Selon une récente étude de l’Association pour l’emploi des cadres (APEC), au sein des entreprises françaises, une forme de consensus se dessine pour souhaiter l’instauration d’un rythme d’1 à 2 jours de télétravail par semaine. À l’issue du télétravail contraint, le modèle plébiscité est celui d’un travail dit “hybride” conciliant, pour les postes le permettant, travail en présentiel et travail en dehors des murs de l’entreprise. Or, comme le souligne l’Agence nationale pour l’amélioration des conditions de travail (ANACT), “aucune entreprise ne peut trouver la bonne organisation mixant présentiel et distance du premier coup !”. De fait, comme le rappelle Carole Gouiran, psychologue du travail exerçant au sein de Point Org Sécurité, “le télétravail n’est pas une simple transposition à domicile du travail autrefois effectué dans les locaux de l’entreprise.”. Voilà pourquoi, il est nécessaire de rappeler que, pour réussir la mutation organisationnelle que représente la mise en place du télétravail, il est nécessaire de suivre quelques recommandations permettant de garantir que chacun y trouve un surcroît de bien-être et d’efficacité.

Mettre à jour son Document unique

Comme chacun a pu le constater lors du confinement de mars 2020, le passage au télétravail représente un bouleversement profond des habitudes de travail. Le télétravail nécessite donc une mise à jour du document unique d’évaluation des risques professionnels de l’entreprise. En effet, selon l’article R4121-2 du Code du travail, cette mise à jour est requise “lors de toute décision d’aménagement important modifiant les conditions de santé et de sécurité ou les conditions de travail”. Pour Emmanuel Pochet, directeur de Point Org Sécurité, cette démarche n’est pas de pure forme car “le déploiement du télétravail modifie les risques auxquels sont exposés les salariés. Certains risques, comme les accidents de trajet, vont évidemment décroître drastiquement, tandis que d’autres, comme ceux liés à l’utilisation d’écrans, vont augmenter.”
Une rapide mise à jour du document unique permet d’avoir une vision précise des risques effectivement présents dans l’entreprise. Comme cette évaluation porte aussi sur des risques liés à l’organisation du travail, elle permet généralement de choisir des règles de fonctionnement plus sûres pour les travailleurs et plus efficaces pour l’entreprise. “La mise à jour du document unique lors du passage au télétravail, permet d’éviter l’improvisation. Dans une période trop souvent placée sous le signe de l’urgence, elle permet de prendre le temps de la réflexion et de prendre les bonnes décisions”, ajoute Emmanuel Pochet. Lire la suite

Conseils aux télétravailleurs

1 – Bien choisir son espace de travail

Le confinement de mars 2020 l’avait démontré : face au télétravail, tous les salariés ne sont pas égaux, notamment en raison du niveau de confort des domiciles appelés à devenir leurs lieux de travail. Cela n’invalide toutefois pas la nécessité d’aménager le mieux possible son espace de travail à domicile, en essayant évidemment de choisir un lieu isolé où l’on sera le moins souvent dérangé. “L’essentiel est d’installer une frontière physique et symbolique entre la vie professionnelle et la vie privée, pour éviter qu’elles ne se confondent trop. Une pièce dédiée est idéale, mais, à défaut, cela peut aussi être un simple meuble dans lequel on boucle ses affaires à la fin de sa journée de travail”, explique Lucie Czap, ergonome au sein du groupe Pôle Prévention.

2 – Bien aménager son bureau

L’espace de travail choisie devra aussi répondre à des règles de confort et d’ergonomie puisque le télétravailleur va désormais y passer des journées de travail entières. Pour rappel, il est préférable d’être installé les pieds à plat sur le sol, la table à hauteur des coudes, le bord supérieur de l’écran au niveau des yeux, d’éviter les reflets sur l’écran, etc. Autant de critères qu’il est évidemment plus facile d’atteindre avec un mobilier professionnel (bureau et siège réglables) mais qui peuvent être obtenus de façon transitoire avec un peu de bon sens. Mieux vaut ainsi ne pas se placer dos à une fenêtre pour éviter les reflets de lumière sur son écran. Et rien n’empêche de placer quelques livres sous celui-ci pour le rehausser. En revanche, si le télétravail est appelé à perdurer, le salarié est invité à demander à son employeur le matériel nécessaire pour réaliser les aménagements qui lui permettront de travailler avec tout le confort requis.

3 – Organiser et planifier son travail

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Polyexpositions aux risques : tous concernés !

Une étude menée conjointement par l’Anses, Santé publique France et la Dares a établi que 97 % des salariés français étaient simultanément exposés à au moins deux facteurs de risques professionnels au cours de leur carrière (1). Or, ces polyexpositions peuvent avoir des effets spécifiques sur la santé des travailleurs concernés.

◊ Identifier les polyexpositions auxquelles sont soumis les travailleurs représente un enjeu majeur en matière de prévention des risques professionnels. En effet, le cumul des expositions joue un grand rôle dans le déclenchement de certaines pathologies.

Risques aggravés

Comme le relève la revue Travail & Sécurité, “l’exposition concomitante à des contraintes organisationnelles génératrices de stress et à des contraintes physiques est susceptible d’augmenter le risque de troubles musculosquelettiques (TMS), le travail à la chaleur et à un rythme soutenu accroît le risque d’accident cardiaque, l’exposition cumulée au bruit et à certaines substances chimiques accentue les risques de perte d’audition” (2).

12 profils identifiés

Afin de donner un tour plus pratique à leur exploration des polyexpositions, les auteurs de l’étude ont établi 12 profils types de travailleurs polyexposés classés selon les types de risques qu’ils cumulent. Du profil “A” se distinguant par “un travail peu exposé et un faible soutien social” au profil “L caractérisé par “une exposition délibérée à des agents biologiques et risques chimiques”, l’étude propose un panorama raisonné des risques professionnels.

Contraintes relationnelles

Par-delà la variété des situations résultant des caractéristiques de chaque métier, Clémence Fourneau, coordinatrice d’expertises scientifiques à l’Anses et pilote de cette étude, remarque que “les contraintes relationnelles et surtout organisationnelles affectent l’ensemble des salariés”. Elle confirme ainsi que l’évaluation et la prévention des risques professionnels exige de prendre en compte les spécificités de chaque entreprise.

(1) “Profils homogènes de travailleurs  polyexposés”, consultable sur www.anses.fr.
(2) Travail & Sécurité, n°833, janvier 2022.