François Sidos : “La gestion du risque routier doit être globale, conjuguer prévention volontariste et protection juridique.”

François Sidos

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François Sidos : “La gestion du risque routier doit être globale, conjuguer prévention volontariste et protection juridique.”

François Sidos est spécialiste en méthodologie d’évaluation des risques. Il a assuré pendant 12 ans l’animation du réseau d’intervenants de Point Org Sécurité, avant de participer en 2013 à la création du groupe Pôle Prévention, dont il est actuellement président. Fort de son expérience, il souligne que la gestion du risque routier exige d’associer aux actions de prévention, des mesures de protection juridique visant à assurer, en toutes circonstances, la continuité du fonctionnement de l’entreprise.

AS – Une récente enquête a établi que seuls 18 % des patrons de TPE/PME savent que le risque routier figure au premier rang des risques professionnels. Comment expliquez-vous cette erreur de perception ?

François Sidos – Ce résultat reflète certainement la persistance d’une vision obsolète de la prévention des risques professionnels. En effet, jusqu’en 1991, l’analyse des accidents du travail se réalisait a posteriori et par poste de travail. Cette méthodologie, très liée à une organisation fordiste du travail, tendait à faire l’impasse sur les risques professionnels présents en dehors du cadre restrictif du seul poste de travail. En caricaturant à peine, cela signifie que le risque routier n’était envisagé que pour les travailleurs dont le métier consiste à conduire un véhicule. D’où une sous-estimation du risque routier professionnel et, hélas, souvent aussi un investissement plus limité dans sa prévention. Lire la suite

Évaluation des risques : plus une entreprise est petite plus elle a besoin d’aide !

ment-unique-mise-a-jourParmi les entreprises comptant de 1 à 9 salariés, 53,5 % admettent ne pas avoir de DUER récent.

Le niveau de sensibilisation aux risques professionnels et à la nécessité de les évaluer et les prévenir dépend fortement de la taille des entreprises. C’est ce que confir­ment les résultats de l’enquête “Conditions de travail” réalisée auprès des employeurs par la direction de l’animation de la recherche, des études et des statistiques (DARES) du minis­tère du Travail.

Ainsi, plus l’entreprise est de petite taille, moins elle dispose d’un document unique d’évaluation des risques (DUER) mis à jour. Parmi les entreprises de 1 à 9 salariés, 53,5 % admettent ne pas avoir de DUER récent. Une lacune qui concerne 31,1 % des entreprises de 10 à 49 salariés, 17,8 % de celles qui comptent 50 à 249 salariés, 8,9 % de celles qui ont 250 à 499 salariés et seule­ment 5,8 de celles ayant des effectifs de 500 salariés ou plus.

Signe que cette défaillance provient avant tout des difficultés de l’évaluation, les petites entreprises sont également celles qui re­courent le plus souvent à des compétences externes pour coordonner la réalisation de leur document unique. C’est le cas de 28,5 % des entreprises de 1 à 9 salariés, de 27,1 % de celles ayant de 10 à 49 salariés, mais seu­lement de 14,4 % des entreprises de 500 salariés et plus. Lire la suite

Performance de l’entreprise : 7 effets positifs de l’évaluation et de la prévention des risques

prevention-des-risques-professionnelsLongtemps, la prévention des risques professionnels a été envisagée comme une obligation légale ou morale ayant un coût impactant négativement la productivité du travail et la compétitivité de l’entreprise. Comme en témoigne une récente étude de l’INRS réalisant un “panorama des points de vue sur les liens entre prévention et performance de l’entreprise”, cette vision n’est plus de mise. Les professionnels de la prévention mais aussi du management et de la gestion s’accordent désormais avec la plupart des chefs d’entreprise pour affirmer que l’évaluation et la prévention des risques ont des effets bénéfiques non seulement sur la santé des salariés mais également sur celle de l’entreprise.

Voici une recension non exhaustive de ces bienfaits pour la performance.

1 – Réduction de la désorganisation liée aux accidents ou à la maladie

Le premier effet de la prévention des risques est bien sûr de contribuer à réduire les accidents du travail qui génèrent inévitablement une désorganisation plus ou moins longue du fonctionnement de l’entreprise. “Dans sa grille d’appréciation du coût non assuré d’un accident, la Carsat Alsace Moselle prend en compte le temps perdu (par la victime et ses collègues), les coûts immédiats (sécurisation, nettoyage), le temps et les dépenses de gestion de l’évènement (enquête, réunions), le temps et le coût de réparation des dommages (équipements…), de remplacement (organisation…), et de perte de production”. La prévention des risques protège les salariés mais aussi le fonctionnement de l’entreprise.

2 – Baisse durable de l’absentéisme

L’amélioration des conditions de travail permise par la prévention des risques permet de réduire durablement l’absentéisme. Selon une étude de la Dares, “l’absentéisme augmente fortement avec le niveau d’exposition aux contraintes physiques et psychosociales. En ce qui concerne l’exposition aux contraintes physiques, seuls 2,5 % des salariés non exposés à ces risques connaissent une absence totale ou partielle pour cause de maladie ou accidents, contre 5,5 % des salariés cumulant 3 contraintes ou plus. La différence est encore plus marquée dans le cas de l’exposition aux contraintes psychosociales : seulement 2,5 % des salariés non exposés s’absentent pour des raisons de santé contre 7,5 % parmi les salariés exposés à trois contraintes psychosociales ou plus”. La prévention des risques est le premier levier dont dispose les entreprises pour réduire l’absentéisme. Lire la suite

Document unique : de l’obligation administrative à la prévention active

document unique

Document unique

“Le document unique est trop souvent considéré comme un document purement administratif. Pour preuve, la réalisation d’un plan d’action est trop souvent omise, alors même que c’est le plus important !”

Quelque 80 % des artisans du BTP ont réalisé leur document unique d’évaluation des risques professionnels (DUER). C’est ce qui ressort d’une ré­cente enquête réalisée conjointement par la Confédération de l’Artisanat et des Petites Entreprises du Bâtiment (CAPEB) et la Chambre Nationale des Artisans des Travaux publics et du Paysage (CNATP).

Le document unique se diffuse de plus en plus

Comme le souligne Michel Ledoux, avocat et associé fondateur du cabinet éponyme dans les colonnes de BatiActu.com, “même si on peut toujours espérer mieux, je trouve que ces ré­sultats ne sont pas si mau­vais. Le document unique se diffuse de plus en plus au sein des entreprises, et c’est une bonne chose : il constitue la colonne ver­tébrale de la politique de prévention d’une entre­prise. C’est la première chose qu’un inspecteur du travail demande à voir.”

Faire des choix dans un monde de ressources limitées

Pour autant il reste d’importantes marges de progression. Ainsi, la même enquête établit que seulement 53 % des sondés ont présenté le DUER à leurs salariés, 41 % ne le mettent pas à jour régulièrement et seuls 34 % ont réalisé un plan d’action à partir de celui-ci. Ce dernier chiffre est révélateur d’une mauvaise compréhension de la nature du document unique. “Le DUER est trop souvent considéré comme un docu­ment purement administratif. Pour preuve, la réalisation d’un plan d’action est trop souvent omise, alors même que c’est le plus impor­tant !”, déplore Michel Ledoux. Lire la suite

Le document unique pour faire émerger une culture de la sécurité

Document unique« Le document unique permet de passer du monde abstrait des normes au monde concret des risques existant vraiment dans l’entreprise. »

Pour promouvoir la santé et la sécurité au travail, les entreprises, comme du reste les pouvoirs publics, ont tendance à privilégier les consignes, les conseils, les contraintes et bien sûr les contraventions en cas de manquement avéré. Or comme le souligne la dernière livraison du maga­zine canadien Prévention au travail, cet arsenal nor­matif et répressif “peut servir à redresser une situa­tion, mais il n’éduque pas”, si bien qu’il n’a “qu’un effet mitigé sur l’adoption de comportements sécuritaires par les individus”.

Préférer la responsabilisation à la simple obéissance

Pour transformer plus en profondeur les comportements humains, la psychologue québécoise Renée Cossette propose de “troquer ce paradigme autoritaire pour une vision plus respectueuse de l’humain” et de “favoriser le savoir-être et la communication plutôt que l’obéissance” afin de favoriser l’émergence d’une véritable culture de la prévention. Ses préconisations sont issues de son expérience de terrain : “Lorsque j’ai commencé à travailler dans les entreprises, en 1990, je voyais qu’on faisait beaucoup appel à l’obéissance, ce qui était normal. Je me suis dit qu’on pourrait pourtant emprun­ter un autre chemin, avoir une approche non répressive, et donner de la formation pas pour performer, mais pour transformer”, explique-t-elle. En d’autres termes, il s’agit donc de privilégier la responsabilisation à la seule obéissance qui souvent se traduit par un simple respect formel des normes imposées par une autorité extérieure à l’individu ou à l’entreprise. Lire la suite