Bruit au travail : tous concernés !

Près de 6 actifs sur 10 déclarent être gênés à cause du bruit et des nuisances sonores sur leur lieu de travail.

“Quand on évolue dans un milieu bruyant, il est plus compliqué de comprendre les autres, de saisir les consignes… Cela demande un effort de concentration, ce qui est épuisant. Et quand on est fatigué, on est irritable, on supporte beaucoup moins ses collègues, ça crée des conflits, les relations entre les salariés et la hiérarchie se détériorent.”

Selon une récente enquête, réalisée par l’Ifop pour la Journée nationale de l’audition, près de six actifs sur dix affirment souffrir des nuisances sonores au travail. En effet, loin de ne concerner que les usines ou les chantiers de BTP, le bruit provoque aussi des dégâts au sein des bureaux et de commerces. Toutes les entreprises, sans distinction de secteurs, sont concernées, si bien que la prévention des nuisances sonores s’impose comme un moyen efficace d’améliorer la santé des travailleurs et la performance de l’entreprise.

➤ 59 % des actifs gênés par le bruit au travail

“Près de 6 actifs sur 10 déclarent être gênés à cause du bruit et des nuisances sonores sur leur lieu de travail (59 %)”, établit une enquête réalisée par l’Ifop auprès d’un échantillon représentatif des actifs français. Sans surprise, cette gêne atteint ses plus hauts niveaux chez les personnes travaillant dans l’industrie (69 %), la construction (67 %). Mais, contrairement à une idée reçue, “une nette majorité des actifs du secteur des services (54 %) et des administrations (60 %) sont également concernés”.

➤ Des conséquences néfastes sur la santé physique et psychologique

Les travailleurs s’estimant gênés par le bruit sont parfaitement conscients que celui-ci représente un véritable risque professionnel.

Quelque 57 % d’entre eux considèrent qu’il peut provoquer “l’apparition de troubles auditifs” tels que “des bourdonnements d’oreilles, de l’hypersensibilité au bruit, ou des surdités”. Pour 69 %, il est susceptible de “perturber l’équilibre général de leur santé” avec l’apparition de somnolences, de maux de tête et d’anxiété. Enfin, pour 84 %, le bruit et les nuisances sonores ont des répercussions négatives telles que “la fatigue, la nervosité, l’agressivité ou encore la lassitude”.

➤ Des effets négatifs sur la performance individuelle et collective

Bien entendu, un bruit excessif a aussi un impact sur le fonctionnement de l’entreprise. 72 % des personnes interrogées considèrent que les nuisances sonores “ont des effets négatifs sur la qualité de leur travail”. Rien d’étonnant car “le bruit occasionne des difficultés de compréhension de la parole ”lors d’échange sur le poste de travail (49 %) ou lors de conversations téléphoniques (48 %), voire lors de réunion de travail (33 %). “Quand on évolue dans un milieu bruyant, il est plus compliqué de comprendre les autres, de saisir les consignes… Cela demande un effort de concentration, ce qui est épuisant. Et quand on est fatigué, on est irritable, on supporte beaucoup moins ses collègues, ça crée des conflits, les relations entre les salariés et la hiérarchie se détériorent”, résume Jean-Luc Puel, professeur à l’université de Montpellier et président de la Journée nationale de l’audition.

➤ Les coûts sociaux prohibitifs du bruit

Les dysfonctionnements induits par le bruit ont un coût prohibitif pour la société. Selon le rapport Coût social des nuisances sonores réalisé par le Conseil National du Bruit (CNB) et l’ADEME, “19,2 milliards d’euros seraient perdus par l’exposition au bruit en milieu de travail : 18 milliards dans le secteur tertiaire au titre de la perte de productivité ;

1,2 milliard pour le coût des accidents du travail et de la surdité professionnelle”. Et encore, comme le précise le site Santé auditive au travail, “cette estimation ne prend pas en compte la perte de productivité dans le secteur de la production industrielle”

➤ Des actions réelles mais trop focalisées sur le seul respect de la loi

Les entreprises ne restent heureusement pas inactives face à cet enjeu, d’autant que plusieurs articles du Code du travail fixent des seuils d’exposition au bruit des travailleurs et instaurent une valeur limite d’exposition. Ainsi, la plupart des employeurs n’ignorent pas qu’ils doivent agir sur les conditions et l’organisation du travail (choix des équipements, etc.), ainsi que former et informer les salariés sur les risques et leur prévention et de fournir des Protecteurs individuels contre le bruit (PICB) à partir de 80 décibels (dB) d’exposition.

➤ Intégrer la lutte contre le bruit au travail à une démarche de progrès global

Pour les experts de l’association Journée nationale de l’Audition, “cette législation a toutefois le tort de laisser croire qu’en deçà des seuils réglementaires, le problème n’existe pas”. Or, comme le démontre l’enquête de l’Ifop, les nuisances sonores ont des effets néfastes sur la santé des individus et la performance des organisations, même lorsqu’elles sont inférieures aux seuils réglementaires… Les initiateurs de la Journée nationale de l’audition recommandent donc d’intégrer la lutte contre le bruit à une démarche globale d’amélioration des conditions de travail, en saisissant notamment “l’opportunité que représente la réalisation du document unique d’évaluation des risques professionnels (DUERP)”.

Pour aller plus loin : Les résultats de l’enquête sont consultables sur le site de l’association Journée Nationale de l’Audition : www.journee-audition.org