Depuis longtemps, l’absentéisme a fait l’objet d’intenses recherches, alimentées par de nombreuses données statistiques, souvent motivées par la volonté de le réduire, chacun ayant conscience qu’il représente un coût aussi bien pour les salariés que pour les entreprises et pour la société tout entière. Dans cette somme d’études, l’une d’entre elles, réalisée en 2013 par la direction de la recherche (Dares) du ministère du Travail, a fait date en démontrant le fort impact des conditions de travail sur le nombre de salariés absents pour raisons de santé.

Traditionnellement, l’analyse des causes de l’absentéisme passe par la prise en compte de nombreuses variables démographiques, sociales, etc. L’étude réalisée en 2013 par la Dares n’y fait pas exception en questionnant le rôle joué par l’âge, le sexe, la situation familiale, le secteur d’activité, la catégorie socio-professionnelle, etc.

Le statut familial plutôt que le sexe.

Elle a ainsi permis de confirmer le rôle joué par l’âge des travailleurs. En effet, parmi les 20-24 ans, 2,9 % des salariés sont absents pour des raisons de santé tandis que cette proportion atteint 5,4 % parmi les 55-59 ans. D’autres observations sont moins intuitives : ainsi, malgré “la présence d’un jeune enfant dans le foyer, les femmes en couple n’ont pas une propension plus importante que les hommes à s’absenter pour maladie”.

En effet, s’agissant des absences, le critère déterminant n’est pas le sexe du salarié mais sa situation de famille car “les personnes des deux sexes vivant seules avec un enfant en bas âge s’absentent beaucoup plus, celles-ci ne pouvant sans doute pas avoir de relais lorsque leurs enfants sont malades”. L’étude valide ainsi l’impact des grandes évolutions sociétales, telles l’explosion du nombre de divorces et la recrudescence des familles monoparentales, sur le niveau d’absentéisme au travail.

Dépasser la fracture public-privé

Les auteurs invitent aussi à dépasser le préjugé selon lequel les fonctionnaires auraient une propension plus élevée à l’absentéisme que les salariés du privé. En effet, sur la période 2003-2011, “la proportion de salariés absents était de 3,9 % parmi les titulaires de la fonction publique et de 3,7 % parmi les salariés disposant d’un CDI depuis plus d’un an, mais de seulement 2,6 % parmi les salariés en contrat précaire (CDD, intérim) ou recrutés en CDI depuis moins d’un an”. Davantage que le statut public ou privé, les critères déterminants seraient donc “le degré de sécurité de l’emploi” et “les droits au maintien du revenu en cas d’absence”. Si bien qu’“à principales caractéristiques équivalentes, les taux d’absentéisme des salariés en CDI de plus d’un an et des fonctionnaires ne diffèrent pas significativement”.

Focus sur les conditions de travail

Mais l’apport principal de l’étude concerne le rôle joué par les conditions de travail.

Afin de le déterminer, les auteurs ont croisé les données portant sur l’absentéisme avec celles relatives aux contraintes physiques (exposition aux poussières, au bruit, aux vibrations, port de charges lourdes, etc.) et psychosociales (risque d’agression physique ou verbale, obligation de se dépêcher, etc.). Or les résultats sont saisissants. “En ce qui concerne les contraintes physiques, seuls 2,5 % des salariés non exposés à ces risques connaissent une absence totale ou partielle pour cause de maladie ou accidents, contre 5,5 % des salariés cumulant 3 contraintes physiques ou plus. La différence est encore plus marquée dans le cas de l’exposition aux contraintes psycho-sociales : seulement 2,5 % des salariés non exposés s’absentent pour des raisons de santé contre 7,5 % parmi les salariés exposés à trois contraintes psychosociales ou plus”, écrivent les auteurs.

Preuve du rôle prépondérant des conditions de travail, ils précisent que “la prise en compte de celles-ci réduit fortement l’impact de la catégorie socio-professionnelle sur l’absentéisme et rend non significatif les différences sectorielles”.

Disons-le de façon plus pratique et directe : la prévention des risques professionnels représente le principal moyen à disposition des entreprises pour réduire les absences pour raisons de santé.

Pour aller plus loin :

Dares Analyse n°009, février 2013