NUMERO 7

MARS 2006

       
       
 
   
       
       

Jour après jour, les spécialistes de Point Org Sécurité scrutent l'actualité éditoriale en vue de présenter aux lecteurs internautes d'ALTERSECURITE un large panorama de ce qui se publie autour des pôles d'intérêt qui sont les nôtres. Ces recensions constituent de simples éclairages destinés à mieux appréhender les motivations des scientifiques, des universitaires, des chercheurs et des journalistes qui s'intéressent de près ou de loin aux délicates questions de la santé et de la sécurité au travail.

Ces publications constituent un baromètre signalant les orientations, les motivations, les préoccupations et les tendances du moment. La dimension psychologique ne doit pas être ignorée en un temps où les angoisses et les peurs ressurgissent avec une puissance inavouée dans un monde inquiet, en quête de sens et de repères.

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"Les 100 mots de l'économie", par Jean-Paul Betbèze, PUF – Que sais-je ? – 127 p., 8 €. Ou comment s'y retrouver dans la jungle des mots savants et moins savants de l'économie. Et à tout seigneur, tout honneur, qu'est-ce donc que l'entreprise ? "L'entreprise est l'organisme qui traite, pour décision et action, les informations qui viennent des acheteurs effectifs et potentiels. Cette "action" est la production de biens et services destinés à être vendus. Plus précisément, comme un bien ou un service ne se définit jamais par une seule caractéristique, il s'agit plutôt d'un ensemble de prestations destinées à être réunies puis vendues". Et le capital tant décrié, quelle est sa définition ? "Le capital, c'est l'argent que l'entrepreneur réunit pour lancer son opération. L'histoire de toutes les entreprises commence avec des ressources monétaires. Cet argent est ensuite mobilisé pour satisfaire les besoins solvables et rentables, et les étendre, au moyen d'outils d'information et d'une série de décisions. C'est ce qu'on appelle "entreprendre"". Embaucher ? "C'est recourir aux services de salariés, pour produire, vendre, analyser, communiquer, transporter… C'est savoir détecter et mobiliser leurs capacités. Ces employés apportent chacun leur travail à l'entreprise. En pratique, ils acceptent d'obéir, un temps donné, aux demandes de leur hiérarchie en contrepartie d'une rémunération. Le contrat de travail est un contrat de moyens, pas de résultat". Et investir alors ? "C'est transformer du capital monétaire en capital réel, matériel ou immatériel". On y trouve aussi la définition de termes très en vogue dont on ne cerne pas toujours très bien les contours : altermondialisme ? "Ce mot récent, qui entoure la date de la chute du mur de Berlin, reflète la globalisation de notre économie et une réaction par rapport à cette évolution jugée trop néo-libérale". Gouvernance ? "Très vieux mot français du XII° siècle, repris le siècle suivant pour définir l'art de gouverner". Et pour finir, n'oublions pas une définition lapidaire de ce qu'est, au bout du compte, l'économie : "C'est la façon de faire au mieux avec ce dont on dispose. Voilà tout ce dont il s'agit"…

"L'économie sociale de A à Z", collectif, Alternatives économiques, hors-série pratique n° 22, 232 p., 9,50 €. "Les manuels d'économie réduisent le plus souvent l'économie à deux secteurs : d'un côté, une économie marchande, dominée par les entreprises de statut capitaliste ; de l'autre, une économie publique, où l'Etat et les collectivités locales offrent les biens et les services que le marché est incapable de produire. Cette image ne correspond pas à la réalité. Au sein de l'économie marchande, de nombreuses entreprises poursuivent d'autres objectifs que d'enrichir des actionnaires. Coopératives de production, banques mutualistes et coopératives, mutuelles d'assurance ou de santé sont certes tenues d'équilibrer leurs comptes pour assurer leur pérennité, mais leur réussite ne se mesure pas au niveau de leurs résultats. Leur but premier est de satisfaire leurs adhérents, associés ou sociétaires. Elles montrent en actes que la force du nombre peut se révéler plus forte que le pouvoir du capital. Elles font pénétrer du collectif, du "public" dans le "privé"". Ainsi les auteurs présentent-ils ce dossier, au demeurant bien construit, sur une face de l'économie mal connue. Rédigés par des spécialistes sous forme de notules simples et précises, les articles de ce mémento permettent de mieux saisir tout à la fois l'esprit et le fonctionnement de l'économie sociale, apportant ainsi "la preuve que notre société n'est pas une collection d'individus à la recherche de leur seul intérêt individuel, sous l'autorité d'un Léviathan bienveillant qui veillerait sur l'intérêt général"…

"CRM – La gestion de la relation client", par Stanley Brown, éditions du Village mondial, 368 p., 30 €. Le CRM – Customer Relationship Management – ou en français, gestion de la relation, est une stratégie d'organisation transversale de l'entreprise entièrement tournée autour du comportement de ses clients. Quels en sont les principes de base ? Comment s'élabore et se met en œuvre une stratégie clients ? Comment mettre en place concrètement une stratégie canaux et produits, comment activer une stratégie infrastructure ? Le livre ne se borne pas à une présentation théorique et universitaire de cette démarche. On y trouve également de nombreux exemples concrets puisés dans de grandes entreprises et soigneusement disséqués.

"L'efficacité sans stress", par Marie-Claude Nivoix et Philippe Lebreton, éditions d'Organisation, 230 p., 22 €. Ou comment mobiliser au mieux ses émotions pour réussir. Bref, annoncent les auteurs, il s'agit ici pour chacun d'entre nous d'inventer un futur qui lui ressemble. Car il importe d'abord de savoir ce que l'on veut, ce que l'on cherche réellement à accomplir, autrement dit de formuler clairement les objectifs poursuivis. A partir de là, on peut mobiliser au mieux nos ressources, pas forcément clairement identifiées au départ, mais qu'il nous faut décrypter afin d'optimiser nos chances de réussite. Les auteurs invitent à un véritable apprentissage visant à piloter nos émotions, à sortir du carcan de nos pensées, à modifier notre relation au temps.

"Devenir entrepreneur", par Alain Fayolle et Louis Jacques Filion, éditions du Village mondial, 272 p., 28 €. Etre entrepreneur, c'est d'abord un état d'esprit, que l'on possède naturellement ou que l'on se forge peu à peu au cours de l'existence et des expériences acquises. En ce sens, c'est aussi un enjeu de société. C'est aussi la raison pour laquelle les auteurs envisagent la question de l'entrepreneuriat à trois niveaux, individuel, organisationnel et sociétal, puis proposent des démarches et des outils concrets universels à mettre en œuvre pour faciliter la réalisation des projets d'entreprise. Quelles que puissent être les facultés naturelles inhérentes à chacun, il y a un certain nombre de recettes à connaître et de leçons à tirer des expériences vécues.

"Devenir un bon manager", Enjeux les Echos, n° de février 2006, 106 p., 3 €. Nous n'avions pas pris le temps le mois dernier de commenter ce numéro spécial management 2006 d'Enjeux les Echos, c'est aujourd'hui chose faite. "Entre exigence d'efficacité et besoin de reconnaissance, la vie du manager n'est pas un long fleuve tranquille. Il doit aussi résister au stress, tout en veillant à l'épanouissement de ses troupes". Il lui faut donc tout à la fois "être reconnu : équilibrer le souci d'efficacité avec le désir d'être apprécié", "tirer parti de l'erreur : s'affranchir de la loi du silence pour apprivoiser les défaillances", "manager la diversité : développer ce qui rassemble une équipe, limiter ce qui la divise", "savoir durer : éviter les deux écueils d'une carrière, le stress et la routine". On y trouve aussi quelques recettes utiles pour manager son équipe au jour le jour. Regorgeant d'anecdotes et d'exemples de terrain, ce numéro est – comme toujours pourrait-on dire – bien fait, tout à la fois profond et d'abord agréable.

"Le manager entrepreneur", par Olivier Basso, éditions du Village mondial, 256 p., 25 €. Dans la même veine que précédemment, voilà un ouvrage pratique de référence à l'usage des managers pour les aider à trouver leur pleine dimension d'entrepreneur. D'où le sous-titre, "Entre discours et réalités, diriger en entrepreneur". Pour ce qui est du discours, il s'agit d'abord d'éclaircir un certain nombre de mots-clé et de concepts, ou encore de déchiffrer les langues de bois pour trouver le vrai sens des mots, démarche qui permettra de comprendre les véritables motivations de l'entreprise. Puis les auteurs passent à la vitesse supérieure et s'efforcent de mesurer le degré de dynamique de l'entreprise dans son environnement, d'estimer et mesurer les capacités du manager à remplir ses objectifs et à en déceler puis atteindre de nouveaux.

"Les nouveaux défis du leadership", par Annie McKee et Richard Boyatzis, éditions du Village mondial, 300 p., 30 €. "L'intelligence émotionnelle au travail", le premier livre de R. Boyatzis et A. McKee s'efforçait de répondre à la question : "Comment devient-on leader ? Sur quoi repose le leadership ?". Aujourd'hui, ils poursuivent sur leur lancée : "Comment fait-on pour entretenir son leadership" ? De fait, dans un monde de plus en plus complexe, où la pression se fait de plus en plus forte, il s'agit pour le manager de résister à la pression croissante et de préserver sa capacité d'être en accord avec soi-même et avec autrui, c'est-à-dire prioritairement ses équipes.

"La gestion de projet par étapes – L'analyse des besoins", par Hugues Marchat, éditions d'Organisation, 226 p, 35 € (avec un CD-Rom). L'auteur, spécialisé dans le conseil et la formation en conduite de projet, est aussi enseignant au CNAM et à l'École Centrale de Paris, et intervient en entreprise pour mettre en place des solutions de conduite de projet. Il propose ici 25 outils permettant d'analyser et mesurer la nature de vos besoins, et 25 documents prêts à l'emploi pour établir le cahier des charges au plus près des besoins recensés. Pour l'auteur, la réussite d'un projet passe prioritairement par une approche fine de cette phase initiale, qui conditionne la réussite "dans la mesure où elle définit les besoins réels de ceux qui vont utiliser le résultat final.
Phase de communication et d'échange, elle est souvent le reflet du résultat final. Nécessitant rigueur et méthode, c'est une des phases les plus difficiles de la conduite de projet". Ce livre est le premier d'une série de 4 pour réussir à chaque étape de la conduite de projet : l'analyse des besoins ; l'analyse technique et la réalisation ; les tests et la mise en service ; la gestion d'un portefeuille de projets, des études préalables et des études de faisabilité.

"La fabrique des meilleurs", par Patrick Fauconnier, Seuil, 282 p., 20 €. "Soyons clairs, sur une génération de 750.000 jeunes, 150.000 sortent sans diplôme. Et aujourd'hui, dans une France adepte de la "diplômite", sans diplôme, on n'est rien. On est exclu. Tout simplement". "La fabrique des meilleurs" est un livre sorti il y a déjà quelques mois qui vaut d'être réétudié du fait de l'actualité du dossier CPE. Fondateur du magazine économique Challenges, l'auteur est aussi grand reporter au Nouvel Observateur, chargé des questions touchant la formation professionnelle et l'entreprise. Il avait déjà publié en 1996 un essai remarqué, "Le talent qui dort. La France en panne d'entrepreneurs". "Toute communauté qui confisque du savoir, du travail et de la considération, crée une somme équivalente de rancœur et donc de violence. Notre culture de gouvernement, héritée de Louis XI, Colbert et Napoléon, est élitiste, centralisatrice et par conséquent arrogante et suffisante. Elle répugne à se remettre en cause. Satisfaite d'elle-même, foncièrement conservatrice, elle éprouve les plus grandes difficultés à intégrer les changements qui marquent l'évolution de la planète. Elle s'est révélée remarquablement efficace pour agréger et souder la nation en des temps de péril aux frontières. Mais face à l'ouverture des échanges et du commerce, à l'irruption de nouvelles technologies sans frontières, à l'accueil dans le pays de nouvelles cultures, elle se révèle très figée et inadaptée, générant des peurs irrationnelles qui font le lit de l'extrême gauche comme de l'extrême droite".

"De Sénèque à Lévi-Strauss – Ils racontent la mondialisation", anthologie de Laurent Ferri préfacée par Laurent Joffrin, éditions Saint-Simon, 274 p., 12 €. "Cruelle déception pour les penseurs de la nouveauté : la réflexion sur la mondialisation, source de tant d'essais modernes, est une activité vieille… comme le monde. Il a fallu la suffisance de notre temps sans mémoire pour effacer cette réalité première. Depuis qu'un navire a mis pour la première fois le cap sur l'horizon, depuis que la première caravane a disparu dans la poussière lointaine, l'homme sait qu'il y a un monde au-delà de son monde et qu'un jour les voyageurs, les savants et les guerriers en auront fait le tour, l'auront mis dans leur main. Depuis que le monde est monde, donc, on discute de mondialisation" Cette anthologie est d'une simplicité désarmante, et nous fait voyager à travers les siècles sur un mode pédagogique. A chaque fois, trois-quatre pages extraites d'une œuvre d'un auteur célèbre mettent en évidence les interrogations que suscite l'ouverture sur le monde. Au bout du compte, un petit livre assez drôle et facile à lire.

"L'autorité en crise", Enjeux les Echos, n° de mars, 138 p., 3 €. Petit florilège des têtes de chapitre qui en disent long sur la déliquescence des pouvoirs dans notre société :"Dans l'entreprise, à l'école, dans la vie politique, les transgressions se multiplient et les élites sont contestées. Avant un retour brutal de l'autorité ?". "Parents, professeurs, managers, prêtres, policiers, médias : ils incarnent le pouvoir, la morale et la loi. Mais leur influence est partout remise en cause. Parfois violemment". "Remis en cause, les détenteurs du pouvoir économique ou politique travaillent à restaurer leur légitimité. Les nouvelles générations cherchent une autre façon de s'engager". "Les transgressions se multiplient et l'absence de toute limite favorise le retour de l'autoritarisme. Mais c'est souvent en brisant les tabous que l'on fait progresser l'humanité". Un numéro spécial qui fait un large tour d'horizon d'une question dont on n'a pas fini de débattre. Dans le même esprit, mais sur un mode plus théorique, voir "Le pouvoir des commencements – Essai sur l'autorité", par Myriam Revault d'Allonnes, Seuil, 267 p., 21 €.