Absences pour raisons de santé – Le rôle prépondérant des conditions de travail

Depuis longtemps, l’absentéisme a fait l’objet d’intenses recherches, alimentées par de nombreuses données statistiques, souvent motivées par la volonté de le réduire, chacun ayant conscience qu’il représente un coût aussi bien pour les salariés que pour les entreprises et pour la société tout entière. Dans cette somme d’études, l’une d’entre elles, réalisée en 2013 par la direction de la recherche (Dares) du ministère du Travail, a fait date en démontrant le fort impact des conditions de travail sur le nombre de salariés absents pour raisons de santé.

Traditionnellement, l’analyse des causes de l’absentéisme passe par la prise en compte de nombreuses variables démographiques, sociales, etc. L’étude réalisée en 2013 par la Dares n’y fait pas exception en questionnant le rôle joué par l’âge, le sexe, la situation familiale, le secteur d’activité, la catégorie socio-professionnelle, etc.

Le statut familial plutôt que le sexe.

Elle a ainsi permis de confirmer le rôle joué par l’âge des travailleurs. En effet, parmi les 20-24 ans, 2,9 % des salariés sont absents pour des raisons de santé tandis que cette proportion atteint 5,4 % parmi les 55-59 ans. D’autres observations sont moins intuitives : ainsi, malgré “la présence d’un jeune enfant dans le foyer, les femmes en couple n’ont pas une propension plus importante que les hommes à s’absenter pour maladie”. Lire la suite

La prévention des risques professionnels, premier antidote à l’absentéisme

“Selon une récente étude réalisée par l’institut BVA, le taux d’absentéisme des salariés français aurait augmenté de 39 % entre 2014 et 2018.”


Avec la fin des vacances d’été, bureaux et ateliers se sont rapidement repeuplés… Mais il est fort à parier qu’au fil de l’année, nombre de salariés manqueront malheureusement à l’appel. Deux récentes enquêtes alertent en effet sur la forte augmentation du taux d’absentéisme des salariés français au cours des cinq dernières années. Selon une étude réalisée par le courtier en assurances Gras Savoye, ce taux aurait augmenté de 3,6 % entre 2017 et 2018, soit une hausse de 16 % depuis 2014(1), tandis qu’une enquête pilotée par BVA pour le cabinet Réhalto pointe carrément une augmentation annuelle de 6,85 % sur la même période(2).

Forte augmentation de l’absentéisme depuis 2014

Pour expliquer cette progression inquiétante, Julien Vignoli, directeur général délégué de Gras Savoye pointe prioritairement la question de l’engagement des salariés : “L’adhésion des salariés est en déclin, et peut être une explication à l’absentéisme.(3)” Or, si ce facteur joue certainement un rôle dans l’augmentation des absences comptabilisées, il ne faudrait toutefois pas qu’il en vienne à masquer la grande masse des absences provoquées par les accidents du travail et les maladies professionnelles. Lire la suite

Emmanuel Pochet : “Le document unique permet de concentrer les efforts de prévention sur les premiers facteurs d’absentéisme.”


Emmanuel POCHET

Emmanuel Pochet est gérant de Point Org Sécurité, société spécialisée dans l’accompagnement des entreprises en matière de prévention des risques et formateur en évaluation des risques professionnels. Il décrypte ici les enjeux de la lutte contre l’absentéisme au regard de son expérience et des évolutions constatées sur le terrain.

À l’occasion de récentes enquêtes consacrées à l’absentéisme, certains commentateurs attribuaient sa hausse actuelle au désengagement des salariés. Partagez-vous cet avis ?

Il est certain que le rapport au travail a changé. Aujourd’hui, le travail est bien sûr toujours un moyen de gagner sa vie. Mais il est de plus en plus envisagé aussi comme un moyen de la réussir. Nos contemporains ont à l’égard de leur travail de nouvelles exigences. Davantage qu’auparavant, ils souhaitent s’y sentir bien, s’y épanouir. Dès lors l’engagement des salariés est plus difficile à obtenir car il ne résulte plus de la simple transaction “travail contre salaire”. Toutefois, dans le même temps, ce discours me gêne un peu car il peut laisser croire que la cause principale de l’absentéisme résiderait dans un changement des mentalités. La focalisation sur le désengagement peut ainsi favoriser un certain fatalisme voire… un désengagement des employeurs dans la lutte contre l’absentéisme !

Vous pensez donc qu’il est possible d’en finir avec l’absentéisme ?

Ne rêvons pas ! Une part de l’absentéisme est incompressible et s’explique par des causes extérieures à l’entreprise sur lesquelles il lui est difficile d’agir. Le pic hivernal d’absence provoqué par les épidémies de grippes ou de gastro-entérites en est un bon exemple. Mais une part considérable d’absences est générée par des causes endogènes à l’entreprise, sur lesquelles elle a prise. Toute activité comporte nécessairement des risques, les fameux “risques du métier” qui existent mais qu’il faut s’attacher à réduire, voire à faire disparaître, par des mesures appropriées. Comme le souligne le statisticien et ergonome Serge Volkoff dans une récente livraison du magazine Santé & Travail“ bien des contraintes ou nuisances en milieu de travail constituent des facteurs d’accroissement des arrêts maladies. C’est le cas évidemment pour les facteurs d’accidents du travail et de maladies professionnelles, ces derniers représentant un gros quart des indemnités journalières versées pour des absences liées à l’état de santé, hors maternité”. Préserver la santé et la sécurité des travailleurs n’est pas seulement, pour l’entreprise, une obligation légale et morale, c’est le plus sûr moyen d’agir sur l’absentéisme. Lire la suite

Le coût caché de l’absentéisme au travail : 108 milliards d’euros !

“Le coût de l’absentéisme n’est jamais comptabilisé, ni dans les comptes de résultat, ni dans les budgets. C’est un coût caché”,

Les économistes Laurent Cappelletti et Henri Savall ont récemment réalisé une étude portant sur “les coûts cachés de l’absentéisme au travail” pour notre pays. Leurs résultats donnent le vertige : selon leurs calculs, la facture s’élèverait en effet à quelque 108 milliards d’euros, soit 4,7% du PIB… “C’est presque l’équivalent du budget du ministère de l’éducation nationale qui part en fumée tous les ans”, s’alarment-ils en recommandant aux employeurs d’adopter un management plus soucieux des conditions de travail. “Le coût de l’absentéisme n’est jamais comptabilisé, ni dans les comptes de résultat, ni dans les budgets. C’est un coût caché”, déplorent Henri Savall et Laurent Cappelletti, chercheurs à l’Institut de socio-économie des entreprises et des organisations (Iséor). Grâce à leur récente étude, ce coût est maintenant connu : il s’élèverait, chaque année, à environ “108 milliards d’euros qui manquent aux entreprises, à l’État et, en bout de course, à la croissance française.”  

L’absentéisme n’est pas une fatalité

Or, selon leurs travaux, cette facture pour le moins salée ne relèverait nullement de la fatalité. Certes, il existe bien une part d’absentéisme incompressible : “Par exemple, les épidémies de grippes sont d’inévitables facteurs d’absentéisme dans les organisations. Prendre des mesures contre cet absentéisme aux causes exogènes est inutile pour les organisations” admettent-ils. Mais cette part ne représenterait qu’un tiers de l’absentéisme global. Reste donc deux tiers d’absence sur lesquels il est possible d’agir avec succès. Les auteurs ont la conviction que “l’absentéisme évitable a pour cause, dans le privé comme dans le public, dans 99 % des cas, des défauts de management” provoquant une dégradation de la qualité de vie au travail. Leur solution ? Utiliser tous les leviers à disposition pour améliorer celle-ci, en commençant bien sûr par l’amélioration des conditions de travail. Salutaire rappel : veiller à la sécurité, à la santé et au bien-être de ses salariés n’est pas un coût, mais un investissement potentiellement très rentable.

Pour aller plus loin : “Le coût caché de l’absentéisme au travail”, novembre 2018, librement téléchargeable sur www.institutsapiens.fr

L’absentéisme au travail- De l’analyse à l’action

Pour bien résoudre un problème, il faut d’abord le cerner dans toutes ses dimensions. Partant de ce constat, Denis Monneuse, chercheur en Ressources Humaines et sociologue spécialisé dans les questions de santé au travail, propose un état des lieux complet de l’absentéisme en France. Après avoir défini le phénomène et passé en revue ses diverses causes – aussi bien endogènes qu’exogènes au monde du travail -, il propose une méthodologie pour combattre ce phénomène ruineux. Au cœur de sa démarche, figure la conviction qu’un absentéisme supérieur à la norme est toujours “une cocréation de l’entreprise”. Une affirmation qui bien sûr ne vise pas à mettre en accusation mais à rompre avec tout fatalisme. Pour Denis Monneuse, les solutions existent, à condition de porter un regard neuf sur les erreurs commises en matière d’ergonomie, d’organisation et de conditions de travail.

 L’absentéisme au travail- De l’analyse à l’action, par Denis Monneuse, Éditions Afnor, février 2015, 180 p., 28 €.



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